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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » le petit louveteau gris (conte à l'envers)

Auteur Sujet: le petit louveteau gris (conte à l'envers)  (Lu 1555 fois)

Hors ligne PetitAlbert

  • Tabellion
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le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« le: 01 Janvier 2014 à 17:31:21 »
bon, je vous soumets un premier texte "mi-long" ; il s'agit d'une variation du conte du Petit Chaperon Rouge, en inversant les rôle. Je suis parti au plus près du conte de Perrault, mais l'histoire s'en écarte peu à peu....Il devrait faire 3500/4000 mots  l'arrivée (presque atteinte), mais je préfère le proposer en tranches, pour faciliter la lecture et les critiques. De toute façon, tout le monde connait l'histoire, et sait comment ça finit, non ?

à vos stylos rouges !



Il était une fois un petit louveteau, le plus mignon qu'on eût pu voir ; sa mère louve en était folle, et sa mère-grand louve plus folle encore : il était né avec un pelage gris, ce qui est généralement la couleur du pelage des loups. Et ce gris lui seyait si bien, que partout on l'appelait le Petit louveteau gris. Un jour sa mère la louve ayant fait des galettes, lui dit :

-Va voir comme se porte ta Grand’louve, car on m'a dit qu'elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre.

Le petit loup gris partit aussitôt pour aller chez sa Grand’louve, qui demeurait dans une autre forêt. En passant dans une clairière, il rencontra une fillette qui gardait trois poules. La fillette, qui était maigrelette, sentit l’eau lui venir à la bouche à la vue du petit pot de beurre et de la galette ; elle rêvait, par-dessus le marché, d’un manchon en peau de louveteau gris. Car elle avait faim et le froid de l’hiver mordait cruellement ses bras nus. Mais elle n'osa pas, à cause des deux renards faméliques qui rodaient aux alentours. Même en faisant très vite pour s’emparer du pot de beurre et de la galette, sans même parler d'estourbir et de dépiauter le petit loup gris pour faire son manchon, les rouquins risquaient d'en profiter pour croquer ses trois poules.

Et on l’avait maintes fois averti : si un jour elle revenait à la ferme sans les poules, c’est elle qui finirait dans la marmite. Si le fermier n’était pas allé jusqu’à songer à l’obliger à pondre trois douzaines d’œufs par semaine à la place des poules défuntes –encore heureux- c'était plus par bêtise que par mansuétude. Et si par miracle les renards ne croquaient pas ces idiotes, il faudrait qu’elle leur sacrifie la galette (et pas que des miettes) sinon, elles la dénonceraient immanquablement au garçon vacher et au fils du boulanger qui prétendaient avoir le monopole de la farine à galette et du beurre dans le canton. Sur ces sombres pensées, la fillette demanda au louveteau où il allait.
Le louveteau, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter pour parler à une fillette, même maigre, lui dit :

- Je vais voir ma grand’louve, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère-louve lui envoie.
- Demeure-t-elle bien loin ? reprit la fillette.
- Oh ! oui, dit le Petit loup gris, c’est par-delà le bosquet que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la dernière clairière de la forêt.
- Eh bien, dit la fillette, je veux aller la voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera.

Laissant les renards veiller sur les poules, la fillette se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et le petit louveteau s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à croquer des vesces de loup, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’il rencontrait. Il faut ajouter qu’il n’était pas plus pressé que ça d’arriver, parce que, sous prétexte de lui donner une bonne éducation, Mère louve l’envoyait toujours en commissions, porter des remèdes aux vieux loups gâteux de la forêt, et qu’il trouvait qu’il n’avait pas beaucoup de temps pour s’ennuyer tout seul.
La fillette maigrelette ne fut pas longtemps à arriver à la tanière de la Grand’louve ; elle fit mine de toquer à la porte (elle savait bien que les tanières de loup n’ont pas de porte d’aucune sorte : ça n’est pas la peine, il faudrait être un peu nigaud pour essayer de se glisser dans la tanière d’un loup sans y être invité) et dit :

- Toc, toc.

La Grand’louve n’était pas là. La fillette en fut quitte pour faire les questions et les réponses :

- Qui est là ? (en prenant une grosse voix de Grand’louve)
- C’est votre louveteau, le Petit loup gris (cette fois, la fillette contrefit sa voix pour imiter le petit loup gris) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère louve vous envoie.
- je suis dans mon lit, mais tire la chevillette, la bobinette cherra. (là, avec une grosse voix de Grand’louve).

C’était par jeu, car la tanière de la Grand’louve n’avait ni chevillette, ni bobinette, puisqu’elle n’avait pas de porte (comme il a été dit plus tôt), ni lit, ni d’ailleurs aucun meuble. Mais la fillette trouva que cela sonnait bien.

Elle fit donc semblant de tirer la chevillette et attendit que la chute imaginaire de la bobinette rêvée, puis que la porte fantôme fasse semblant de s’ouvrir.
Alors la fillette se glissa dans la tanière. Un instant, elle regretta que la bête soit absente : avec un peu de chance, elle en aurait fait une capeline ; et il y avait plus de trois jours qu’elle avait froid et rêvait d’une bonne fourrure bien chaude. Puis elle se dit qu’elle aurait aussi bien, et plus probablement, servi de maigre repas à la vieille louve. Et cela lui donna à réfléchir.
….


Hors ligne Aquarelle

  • Aède
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Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #1 le: 02 Janvier 2014 à 10:30:44 »
Bonjour bonjour !

Citer
Et on l’avait maintes fois averti
avertie

Citer
Si le fermier n’était pas allé jusqu’à songer à l’obliger à pondre trois douzaines d’œufs
C'est un peu lourd comme construction : ça fait un enchaînement de 3 "à + infinitif" (à songer à l'obliger à pondre)

Citer
C’était par jeu, car la tanière de la Grand’louve n’avait ni chevillette, ni bobinette, puisqu’elle n’avait pas de porte (comme il a été dit plus tôt), ni lit, ni d’ailleurs aucun meuble. Mais la fillette trouva que cela sonnait bien.
:) Cette fameuse réplique me plongeait dans la plus grande perplexité quand j'étais petite. Je ne voyais pas du tout ce que ça voulait dire. J'aurais d'ailleurs été incapable de dire si c'était "Tire la chevillette et la bobinette cherra" ou "Tire la bobinette et la chevillette cherra". La seule chose que ça m'évoquait, c'était une sorte de bobine de fil géante. Bref, fin de ce commentaire autobiographique et inutile.

Eh bien il se lit tout seul ce petit conte :). J'ai trouvé que c'était bien écrit.
Je me suis dit que la mère-louve aurait peut-être donné autre chose qu'une galette et un pot de beurre, mais ça n'a pas d'importance. Je me demande comment ça va se terminer...

Hors ligne PetitAlbert

  • Tabellion
  • Messages: 26
    • Mes carnets paresseux
Re : Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #2 le: 02 Janvier 2014 à 10:41:52 »
Merci Aquarelle pour la lecture  : en effet, il y a des tournures un peu lourdes... je vais passer ça à la machine à émincier !

Citer
:) Cette fameuse réplique me plongeait dans la plus grande perplexité quand j'étais petite. Je ne voyais pas du tout ce que ça voulait dire. J'aurais d'ailleurs été incapable de dire si c'était "Tire la chevillette et la bobinette cherra" ou "Tire la bobinette et la chevillette cherra". La seule chose que ça m'évoquait, c'était une sorte de bobine de fil géante. Bref, fin de ce commentaire autobiographique et inutile.
pas du tout inutile, on est nombreux je crois à n'avoir jamais trop compris cette phrase !! ;))

Citer

Eh bien il se lit tout seul ce petit conte :). J'ai trouvé que c'était bien écrit.
Je me suis dit que la mère-louve aurait peut-être donné autre chose qu'une galette et un pot de beurre, mais ça n'a pas d'importance. Je me demande comment ça va se terminer...
je me suis aussi posé ces questions ! la mauvaise dentition de la Grand'louve explique le choix d'une galette bien tendre ;

et comment ça se termine ? comme ça pour l'instant (là, je pars loin d'internet jusqu'à lundi, mais n'hésitez pas à commenter sans moi !


C’était tout simplement le Petit loup gris qui arrivait enfin, et qui, par jeu, avait, lui aussi, fait semblant de heurter à la porte. Un peu surpris d’entendre une petite voix grêle à la place de la grosse voix de sa Grand’louve, il cru que son aïeule était très enrhumée et répondit :
- C’est votre louveteau le Petit loup gris, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère louve vous envoie. Mais si vous préférez, je repasserai plus tard.

Se reprenant, la fillette lui cria en durcissant sa voix :
- Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Petit loup gris se dit que la Grand’louve commençait vraiment à perdre la boule, mais, obéissant à son aïeule (sa mère louve de mère lui avait plus souvent qu’à son tour seriné le couplet sur le respect dû aux ancêtres, aïeux, voisins, connaissances et adultes de tout poil), il fit semblant de tirer la chevillette ; puis il attendit la chute fictive de la bobinette fantôme et l’ouverture de la porte imaginaire. La fillette, cachée sous les feuilles au fond de la tanière, sortit de sa poche son couteau de poche. Comme le louveteau entrait, elle lui dit :
- J’ai faim ; pas la peine de mettre la galette et le petit pot de beurre sur la huche, apportes-les et viens manger avec moi.
Le Petit loup gris était doué de beaucoup d’imagination : il mima la fermeture de la porte, puis s’avança en faisant semblant d’éviter la huche (car il n’y avait évidemment ni huche ni huchier ni huchoir, ni aucun autre meuble de cuisine dans la tanière de la Grand’louve). Il posa le panier avec la galette et le beurre sur la couverture (qu’il imagina aussi) et vint se coucher dans le lit (pareil).
Vautrés côte à côte dans les feuilles, la maigre fillette et le petit loup gris commencèrent à manger la galette. En un rien de temps, il n’en resta pas grand chose, tant ils avaient grand faim tous les deux. Pendant que le louveteau furetait à la recherche des dernières miettes, la fillette lichait les traces de beurre au fond du pot tout en affermissant sa menotte sur son couteau de poche. Elle hésitait : d’un côté, était-ce une bonne idée d’avoir laissé le louveteau manger la moitié de la galette et presque tout le pot de beurre, diminuant d’autant ses propres réserves de provisions. D’un autre point de vue, le glouton allait bientôt somnoler, emporté par la digestion. Alors, il serait moins attentif, et ce serait plus facile de le transformer en manchon !
De son côté, tout en faisant semblant de chercher les dernières miettes, le Petit louveteau gris se disait que quelque chose n’était pas comme d’habitude. Il jetait des coups d’oeil discrets vers sa Grand’louve : passent encore ses lubies de porte, de chevillette, de bobinette, de huchier… mais c’était bien la première fois qu’elle l’invitait à manger avec elle. D’habitude, il en était quitte pour attendre près de la porte, et ramener le panier et le pot vides, le ventre dans le même état : un vrai loup sait chasser, n’est-ce pas ? Alors, à lui de se trouver à manger !
Et c’était même un fier service à lui rendre que de l’obliger à s’assumer. Plus tard, il dirait merci ! A ce moment, le louveteau remarqua autre chose de troublant : qu’avait fait sa Grand’louve de son regard jaune et perçant, de son poil rêche, de ses griffes aigües et de son haleine de veille bête fauve ? Comme il allait lui poser la question, la maigre fillette lui dit en prenant une grosse voix de vieille louve :
- Petit Loup, que tu as de belles petites pattes ?

C’était à la fois pour le flatter et le distraire. C’était autant une affirmation qu’une question, mais le petit loup (qui, rappelons-le, pensait être avec sa Grand’louve) ne se douta de rien et répondit :
- C’est pour mieux courir après les lapins et les poules.
En fait, il s’en servait surtout pour mieux courir après les papillons, mais il se doutait que la Grand’louve n’aimerait pas cette réponse là. Cette dernière demanda :
- Petit Loup, que tu as de petites quenottes ?
C’était encore pour le flatter et s’assurer au passage qu’il n’était pas aussi dangereux qu’un grand méchant loup. Il répondit :
- C’est pour mieux croquer les écureuils et les merles.
En fait, il aimait surtout croquer dans les champignons et les framboises, mais il savait que sa Grand’louve préférerait l’autre réponse. La fillette reprit:
- Petit loup, que tu as un beau pelage gris.
Le petit loup qui trouvait son aïeule étonnamment gentille et attentive, hésita un instant, puis révéla son grand secret :
- C’est parce que, en cachette de maman, je mange des légumes et des fruits à la place de la viande rouge qu’elle me donne. Parce qu’en vrai, je n’aime pas beaucoup la viande, et encore moins de devoir la prendre dans un oisillon, un petit écureuil ou un lapereau qui voletait (l’oisillon) ou trottinaient (les deux autres) une minute avant….Mais il ne faudra pas le dire à maman louve, hein ? Ça serait notre secret.
A ce moment, il comprit qu’il était allé un peu loin. Avouer préférer les légumes plutôt que la viande, sa Grand’louve n’allait pas laisser passer ça !! Mais elle ne répondit que :
- C’est bien. C’est très bien, même. Ça fera un très joli manchon… heu, je veux dire ça te fait un très beau pelage.
Et, en écho de cette phrase surprenante, il entendit le clic caractéristique d’un couteau de poche qui s’ouvre … Alors, tout naïf qu’il était, il comprit que quelque chose d’anormal se passait ! Même s’il préférait les légumes, c’était un petit loup, et il avait une gueule pleine de dents pointues et quatre pattes griffues. Ses pattes s’enfoncèrent dans les feuilles, son poil se hérissa tout au long de son échine et, sans qu’il le veuille seulement, un long feulement rauque sortit de son gosier. De son côté, la fillette était peut-être maigrelette, mais déterminée et armée. Elle s’adossa à la paroi de la tanière, là où elle avait imaginé le huchier fictif, et se prépara à la lutte. De part et d’autre, on hésitait un peu à lancer l’offensive … chacun était alourdi de galette et de beurre frais, ce qui n’incite pas à la bagarre. Et puis un mauvais coup est certes vite donné, mais aussi vite pris !
Mais tandis qu’ils se toisaient ainsi, une grosse voix passablement endormie, mais sonore, grondante, caverneuse, retentit dans la tanière !


- Qui se permet de troubler mon sommeil ? Tu seras châtié de ta témérité ! 

Vous l’avez deviné, c’était la Grand’louve, qui dormait tout au fond de sa tanière et que le bruit avait réveillé en sursaut. Baillant et grommelant, elle s’extirpa du tas de feuilles et repéra les deux intrus. Pétrifiés, ces derniers fixaient les deux grands yeux jaunes qui trouaient l’obscurité. Le Louveteau ne comprenait pas ce nouveau prodige : sa Grand’louve s’était dédoublée ? Quant à la fillette maigrelette, elle  se cramponnait au petit couteau de sa poche qui tremblait dans sa main, et se disait que tout cela allait (très) mal finir…


La Grand’louve se tourna vers le louveteau et gronda :
- Ah, c'est toi ! Enfin, ce n’est pas trop tôt !  J'ai une faim de loup...Qu’est-ce que tu m’apportes ? De la galette et un pot de beurre, comme d’habitude ? Ta pauvre mère est bien gentille, mais elle n’a jamais eu beaucoup d’imagination…

Devant le silence du louveteau qui restait coi, la louve, du museau, avisa la fillette.

- Et c’est qui, là ? Tu amènes des invités chez moi, maintenant ? Et même, une invitée ! Je parie que ta mère n’est pas au courant !

Les deux petits gardant le silence, la vieille louve continua son soliloque :

- Mais j’y suis, ça n’est pas une invitée, c’est le repas que ta mère m’envoie ! Mais elle a perdu la tête ou quoi ?! C’est bien trop maigre ! Je n’en ferais même pas une bouchée…! Pauvre de moi, à mon âge, il me faut du moelleux ! Enfin… (Elle pointa la fillette) en tartine, ça passera mieux. Allez, donnes-moi le panier avec la galette  et le petit pot de beurre. Mais… ne me dis pas que le panier est vide ? Tu l’as mangé ? Et tu as partagé avec ça ? Ne me contredis pas, vous sentez tous les deux l’odeur de la galette et du beurre ! Ah vraiment, on a raison de le dire, qui mange un légume mange une galette ! D’ailleurs, après mon diner, on en reparlera de tes envies de légumes, de tes fringales végétales, petit malheureux !

La louve se tut, ouvrit une large gueule et passa sa longue langue sur ses grandes dents (rares mais pointues) comme pour mieux les aiguiser. C'est à ce moment que le petit louveteau gris dit :

- Ma Grand’louve, que vous avez de grands yeux ?

La louve s’arrêta un instant, et, lâchant la fillette du regard pour fixer le louveteau, répondit :

C'est pour mieux voir mes proies, mon loup. J'aime bien voir ce que je mange.

Le louveteau reprit :

- Ma Grand’louve, que vous avez de grandes griffes ?
- C'est pour mieux attraper la fillette maigre que tu m’as apporté, mon loup.
- Grand’louve, que vous avez de grandes pattes ?
- C'est pour mieux lui courir après s’il lui prenait l’idée stupide de s’enfuir, mon loup.
- Grand'louve, que vous avez de grandes oreilles noires et pointues ?
- C'est pour mieux t’écouter, mon loup. Mais maintenant, ça suffit, les questions, j’ai faim !

La fillette avait compris que le louveteau essayait de distraire la louve. Elle voulu l'aider, et dit, sans trop réfléchir :
- Grand’louve, que vous avez de grandes dents ?

 La louve se tourna vers elle avec un grand sourire lupin, et répondit :

- C'est pour mieux te manger, fillette.

Et en disant ces mots, elle se prépara à la croquer sans autre forme de procès. Mais avant qu’elle ait pu avancer une patte, des braises rougeoyantes tombèrent dans la tanière et roulèrent sur le tapis de feuilles mortes : aussitôt, une flamme bondit et de la fumée s’éleva ! En effet, il faut savoir que les poules, vexées d’être laissé en arrière, avaient suivies la maigre fillette afin de la dénoncer au fermier. Celui-ci, une fois averti de la cachette de la fugueuse, avait envoyé chercher le chasseur. Celui-là accourut aussitôt, et, peu soucieux d’entrer bille en tête dans une tanière de loup,  avait lancé quelques braises, qui avaient provoqué un début d’incendie.
Ainsi pris entre deux feux (c’est le cas de le dire), les deux loups et la fillette maigrelette se trouvaient en bien mauvaise posture : les premiers ne tenaient pas à affronter le chasseur, ni la fillette le fermier (bizarrement, les poules n’effrayaient personne, malgré leur effroyable caractère). Et la fumée acre qui ne tarda pas à se dégager des feuilles était presque pire que la flamme !

À ce moment précis, arrivèrent dans la clairière la Mère louve qui venait récupérer son panier et les trois renards en quête des poules. Dès lors, chasseur et fermier contre louves, dents et griffes contre haches et couteaux, poules contre renards, la mêlée fut générale…il serait trop long d’en raconter les péripéties ! Dison juste que dans la confusion, la fillette, d’un décisif coup de canif dans les fesses du fermier, fit dévier le coup de hache qui aurait haché le louveteau ; un peu plus tard, celui-ci, bousculant la fillette, lui évita les longues dents de la Grand Louve.
A la nuit tombante, chacun, plus ou moins éclopé, rentra clopin-clopant, qui dans sa ferme, qui dans sa tanière. Les poules ne revinrent pas, ni les renards qui avaient quitté le champ de bataille assez tôt, leur grande faim rassasiée et l’estomac rempli.

Manquaient aussi à l’appel le louveteau et la fillette. On pleura leur disparition et l’ingratitude des enfants qu’on s’épuise à nourrir d’écureuil ou de croutes de pains secs ; à qui il faut apprendre les ruses de la chasse aux oisillons et les trucs du ramassage des œufs ; qu’on s’échine à élever, à coups de pattes ou de trique, dans les valeurs et le respect dû aux aînés ; et qui un jour s’en vont sans même dire au revoir. Car les deux s’étaient esbignés pendant la bagarre, laissant les adultes vider leur querelle entre eux, et avait créé une association d’un genre nouveau : la fillette avait compris que, tout compte fait, un petit loup gris joueur et avec des dents pour la défendre valait bien mieux qu’un manchon en peau de bête. Le louveteau, pour son compte, trouvait qu’une fillette qui sait ouvrir la porte d’un potager était de meilleure compagnie qu’une famille de carnassiers.

Ils étaient partis loin d'ici, chercher un pays sans poule ni pot de beurre ni chêne ni moulin ni hiver ni couteau de poche ni fermier ni renard ni chasseur châtaignier ni galette.

Et nul ne les revit jamais, du moins de ce côté ci de la forêt.
 

Hors ligne Kathya

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Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #3 le: 02 Janvier 2014 à 16:24:02 »
J'ai bien aimé.

Autant je suis pas fan du conte d'origine, autant j'aime bien cette mouture déjantée.  :mrgreen:

Un bon moment de lecture. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Eléanore

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Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #4 le: 02 Janvier 2014 à 17:00:38 »
J'aime bien, c'est sympa et ça se lit facilement.
Par contre, et là ce n'est plus que mon avis subjectif, j'ai tendance à penser que tu es resté trop proche de l'histoire originale. Si ce n'est que les rôles sont intervertis, il n'y a pas grand changement, c'est dommage.

Hors ligne Aquarelle

  • Aède
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Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #5 le: 03 Janvier 2014 à 12:15:16 »
Ah, la fin !

Citer
Un peu surpris d’entendre une petite voix grêle à la place de la grosse voix de sa Grand’louve, il cru que son aïeule était très enrhumée et répondit
il crut

Citer
J’ai faim ; pas la peine de mettre la galette et le petit pot de beurre sur la huche, apportes-les et viens manger avec moi.
apporte-les

Citer
Pendant que le louveteau furetait à la recherche des dernières miettes, la fillette lichait les traces de beurre au fond du pot
léchait, non ?

Citer
d’un côté, était-ce une bonne idée d’avoir laissé le louveteau manger la moitié de la galette et presque tout le pot de beurre, diminuant d’autant ses propres réserves de provisions.
Si c'est une question, il faudrait mettre un point d'interrogation.

Citer
d’un côté, était-ce une bonne idée d’avoir laissé le louveteau manger la moitié de la galette et presque tout le pot de beurre, diminuant d’autant ses propres réserves de provisions. D’un autre point de vue, le glouton allait bientôt somnoler, emporté par la digestion. Alors, il serait moins attentif, et ce serait plus facile de le transformer en manchon !
De son côté, tout en faisant semblant de chercher les dernières miettes, le Petit louveteau gris se disait que quelque chose n’était pas comme d’habitude.
Je trouve que ça fait un peu répétition et que ça donne de la lourdeur... Peut-être que tu peux mettre un truc comme "Quant à lui" ou autre chose à la place de "De son côté".

Citer
Quant à la fillette maigrelette, elle  se cramponnait au petit couteau de sa poche qui tremblait dans sa main, et se disait que tout cela allait (très) mal finir…
"au petit couteau de poche" ? Ou "à son petit couteau de poche" ? C'est un peu curieux "au petit couteau de sa poche".

Citer
En effet, il faut savoir que les poules, vexées d’être laissé en arrière, avaient suivies la maigre fillette afin de la dénoncer au fermier.
vexées d'être laissées en arrière
avaient suivi

Citer
On pleura leur disparition et l’ingratitude des enfants qu’on s’épuise à nourrir d’écureuil ou de croutes de pains secs
croûtes

Citer
Et nul ne les revit jamais, du moins de ce côté ci de la forêt.
de ce côté-ci

Eh bien la fin se lit aussi bien que le début :)
Pour moi, les changements par rapport à l'histoire originale sont bien là, j'ai eu l'impression que tu réutilisais les étapes du conte mais différemment et en leur faisant prendre une autre orientation.

Hors ligne Zacharielle

  • Comète Versifiante
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    • au bord du littéral
Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #6 le: 04 Janvier 2014 à 10:48:51 »
Bonjour bonjour,

Citer
Il était une fois un petit louveteau, le plus mignon qu'on eût pu voir ; sa mère louve en était folle, et sa mère-grand louve plus folle encore : il était né avec un pelage gris, ce qui est généralement la couleur du pelage des loups.
si tu mets un deux points, on attend la raison pour laquelle la grand-mère louve en est folle. Or, un pelage ordinaire ce n'est pas une raison de s’enthousiasmer... sauf si tu précises que c'est par exemple la couleur du pelage des loups adultes ? Sinon j'ai peut-être mal interprété : de l'humour absurde ?

Citer
-Va voir comme se porte ta Grand’louve, car on m'a dit qu'elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre.
espace à ajouter entre le tiret de dialogue et "Va"
La Grand'louve c'est la mère-grand louve ? Si oui, tu peux pas utiliser la même formulation ?

Citer
elle rêvait, par-dessus le marché, d’un manchon en peau de louveteau gris.
j'adore "par-dessus le marché" xD

Citer
Et on l’avait maintes fois averti : si un jour elle revenait à la ferme sans les poules
hm tu as ouvert un nouveau paragraphe alors qu'on est dans la même idée. Essaye de lier les deux. Genre "Or, il était hors de question que cela arrive, on l'avait maintes fois avertie :"

Citer
Si le fermier n’était pas allé jusqu’à songer à l’obliger à pondre trois douzaines d’œufs par semaine à la place des poules défuntes –encore heureux- c'était plus par bêtise que par mansuétude.
j'aime bien l'idée mais je la trouve mal formulée. Je crois que c'est le "par bêtise" qui me gêne. Tu veux dire par là qu'il ne pense pas très loin ?

Citer
Et si par miracle les renards ne croquaient pas ces idiotes, il faudrait qu’elle leur sacrifie la galette (et pas que des miettes) sinon, elles la dénonceraient immanquablement au garçon vacher et au fils du boulanger qui prétendaient avoir le monopole de la farine à galette et du beurre dans le canton.
lol les poules dénonciatrices !! sinon je trouve que tout ce qui va après le "qui" est lourdingue. A supprimer à on avis.

Citer
Sur ces sombres pensées, la fillette demanda au louveteau où il allait.
tu peux préciser qu'ils se sont rapprochés / vus l'un l'autre parce que là pour moi la fillette était juste camouflée, en observation.

Citer
Le louveteau, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter pour parler à une fillette, même maigre, lui dit :
hihi j'aime bien le "même maigre"

Citer
Laissant les renards veiller sur les poules
mais c'est complètement illogique par rapport à tout ce qu'elle vient de réfléchir !

Citer
et à faire des bouquets des petites fleurs qu’il rencontrait.
trop mignon !

Citer
La fillette maigrelette ne fut pas longtemps
ne mit pas longtemps

Citer
(elle savait bien que les tanières de loup n’ont pas de porte d’aucune sorte : ça n’est pas la peine, il faudrait être un peu nigaud pour essayer de se glisser dans la tanière d’un loup sans y être invité) et dit :

- Toc, toc.
j'adore !

Citer
- je suis dans mon lit, mais tire la chevillette, la bobinette cherra. (là, avec une grosse voix de Grand’louve).
attention aux majuscules

C'est moi où il manque un petit truc entre les deux parties ? Genre un nouveau "toc toc" ?

Citer
il cru que son aïeule était très enrhumée et répondit :
crut

Citer
- C’est votre louveteau le Petit loup gris, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère louve vous envoie. Mais si vous préférez, je repasserai plus tard.

Se reprenant, la fillette lui cria en durcissant sa voix :
supprime l'espace entre les lignes

Citer
D’habitude, il en était quitte pour attendre près de la porte, et ramener le panier et le pot vides, le ventre dans le même état : un vrai loup sait chasser, n’est-ce pas ? Alors, à lui de se trouver à manger !
Et c’était même un fier service à lui rendre que de l’obliger à s’assumer. Plus tard, il dirait merci !
pas de retour à la ligne nécessaire

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qu’avait fait sa Grand’louve de son regard jaune et perçant, de son poil rêche, de ses griffes aigües et de son haleine de veille bête fauve ?
mdr j'adore le temps de réaction

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Comme il allait lui poser la question, la maigre fillette lui dit en prenant une grosse voix de vieille louve :
- Petit Loup, que tu as de belles petites pattes ?

C’était à la fois pour le flatter et le distraire. C’était autant une affirmation qu’une question, mais le petit loup (qui, rappelons-le, pensait être avec sa Grand’louve) ne se douta de rien et répondit :
mais là aussi je ne comprends pas pourquoi tu fais des sauts de ligne
pourquoi un point d'interrogation ? ça ne veut rien dire, il faudrait un point d'exclamation ou un point tout court à mon avis.

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mais il se doutait que la Grand’louve n’aimerait pas cette réponse là.
réponse-là (jcrois)

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Avouer préférer les légumes plutôt que la viande, sa Grand’louve n’allait pas laisser passer ça !!
un seul point d’exclamation suffit

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Alors, tout naïf qu’il était, il comprit que quelque chose d’anormal se passait !
manque un "il comprit tout de même" ou cependant parce qu'un naïf n'aurait pas compris
Il manque un liant avec la phrase suivante du genre "Alors il se prépara : même s'il préférait les légumes..."

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Mais tandis qu’ils se toisaient ainsi, une grosse voix passablement endormie, mais sonore, grondante, caverneuse, retentit dans la tanière !
attention à l'abus de points d'exclamation

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Le Louveteau ne comprenait pas ce nouveau prodige : sa Grand’louve s’était dédoublée ?
pourquoi cette majuscule soudaine à Louveteau ?
et surtout : je croyais qu'il avait compris le subterfuge ! il ne se serait pas en pleine conscience opposé de cette façon à sa mère-grand

 
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Ta pauvre mère est bien gentille, mais elle n’a jamais eu beaucoup d’imagination…
mdr

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D’ailleurs, après mon diner, on en reparlera de tes envies de légumes, de tes fringales végétales, petit malheureux !
bizarre qu'elle ait entendu si précisément le détail sur les légumes pendant son sommeil... sans pour autant se réveiller

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C'est pour mieux voir mes proies, mon loup. J'aime bien voir ce que je mange.
manque un tiret de dialogue

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En effet, il faut savoir que les poules, vexées d’être laissé en arrière,
haha j'aime bien le "il faut savoir que"

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Celui-là accourut aussitôt, et, peu soucieux d’entrer bille en tête dans une tanière de loup
peu enclin plutôt, non ?

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Ainsi pris entre deux feux (c’est le cas de le dire)
parenthèse inutile, on a compris la blague tous seuls !

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(bizarrement, les poules n’effrayaient personne, malgré leur effroyable caractère)
mdr
dommage ça fait deux mots de la famille de "frayeur" dans une même phrase, c'est beaucoup

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À ce moment précis, arrivèrent dans la clairière la Mère louve qui venait récupérer son panier et les trois renards en quête des poules.
ou la la ça fait beaucoup de monde d'un coup !

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Dison juste que dans la confusion
disons
c'est marrant j'imagine un peu ça comme la mêlée dans Robin des bois (le disney)
tout ça se passe dans la tanière ?
pour moi il y a un problème de lumière / éclairage mais ce n'est peut-être qu'un détail ^^

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A la nuit tombante, chacun, plus ou moins éclopé, rentra clopin-clopant, qui dans sa ferme, qui dans sa tanière. Les poules ne revinrent pas, ni les renards qui avaient quitté le champ de bataille assez tôt, leur grande faim rassasiée et l’estomac rempli.
euh un peu abusé, on veut en savoir un peu plus sur la fin du combat.
Ils arrêtent parce qu'ils sont à égalité ? Et fatigués ? Ils se serrent la patte en se promettant de se manger les uns les autres plus tard ?

Citer
qu’on s’échine à élever, à coups de pattes ou de trique, dans les valeurs et le respect dû aux aînés
mdr

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Ils étaient partis loin d'ici, chercher un pays sans poule ni pot de beurre ni chêne ni moulin ni hiver ni couteau de poche ni fermier ni renard ni chasseur châtaignier ni galette.
cool !

Citer
de ce côté ci de la forêt.
côté-ci



Ah ah j'ai beaucoup aimé ton conte. L'idée de l'inversion ça marche vraiment bien. Bon, il y a pas mal de maladresses dans ce texte mais une super base bien rigolote, du rythme, des personnages sympas, une fin chouette... A mon avis au niveau de la forme il faut faire attention aux sauts de ligne (ne séparer que les vrais paragraphes) et au niveau du fond, lier davantage les éléments entre eux (liens de causalité) et alléger au maximum pour rendre le texte encore plus vif et incongru.

Hors ligne PetitAlbert

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Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #7 le: 06 Janvier 2014 à 20:07:03 »
Je rentre tout juste de quatre jours sans internet ; merci de vos commentaires précis et fouillés (et... gentils ;)) )

je prends en compte tout ça et je réponds en détail d'ici demain.


Hors ligne PetitAlbert

  • Tabellion
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Re : Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #8 le: 07 Janvier 2014 à 15:22:28 »
Merci Aquarelle et Zacharielle pour les relectures pointilleuses ; j'ai suivi vos avis et repris le texte, qui suit (en italique, les passages modifiés, pour éviter de tout relire !

Je me suis en effet donné comme cadre l'histoire originale, don cavec des emprunts formels assez conséquent ; j'aime bien l'idée (j'espère que le lecteur aussi !) de recroiser par endroit des formules "déjà-lues" ; j'ai aussi rajouté des petits clins d'yeux à d'autres histoires de loup, comme les Trois petits cochons ou les fables de la Fontaine.

quelques remarques de détail sur les remaques :

lichait/léchait, non ? oui, c'est plus correct mais je laisse "lichait", forme patoisante qui me plait bien.


L'explication du nom du petit loup, c'est en effet un essai raté d'humour absurde ; j'ai un peu changé pour éviter le lien fort des "deux points".

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mais c'est complètement illogique par rapport à tout ce qu'elle vient de réfléchir !
En effet !! du coup, j'assume l'illogisme : c'est une fille, non ? ;))

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C'est moi où il manque un petit truc entre les deux parties ? Genre un nouveau "toc toc" ?

heu, je plaide coupable, votre honneur, j'avais simplement oublié un épisode de 500 mots !!

à propos du point d'interrogation des - "Petit Loup, que tu as de belles petites pattes ?" je suis d'accord, mais dans la version du conte original, il y a aussi cette forme affirmative avec un point d'interrogation...j'ai laissé, à voir !

pour la Grandlouve et les légumes, j'ai rajouté une phrase explicite dans la première tirade de la GL

oui, j'ai un peu arnaqué le récit de la grande bagarre... mais c'est l'affaire du fermier, du chasseur et des louves, pas celle de la fillette et du louveteau...bon, j'ai relocaliser la bagarre (dans la clairière) et essayé d'un peu enrichir la sauce, et de réduire les personnages (exit les renards).

pour les sauts de ligne, j'ai utilisé plusieurs ordi donc autant de traitement de texte (pas une excuse, je sais) ; je poste dans le message suivant la nouvelle version, peut être pas encore assez allégée. (la toute première version faisait 500 mots, et puis de fil en aiguille et d'explications en péripéties, l'histoire m'a un peu échappée et s'est étoffée toute seule)

Hors ligne PetitAlbert

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Re : le petit louveteau gris (conte à l'envers)
« Réponse #9 le: 07 Janvier 2014 à 15:24:30 »
Il était une fois un petit louveteau, le plus mignon qu'on eût pu voir ; sa mère louve en était folle, et sa mère-grand louve plus folle encore. Il était né avec un pelage gris, ce qui est généralement la couleur du pelage des loups, et ce gris lui seyait si bien, que partout on l'appelait le Petit louveteau gris. Un jour sa mère la louve ayant fait des galettes, lui dit :

- Va voir comme se porte ta Grand’louve (c’est ainsi qu’on appelait sa mère-grand louve), car on m'a dit qu'elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre.

Le petit loup gris partit aussitôt pour aller chez sa Grand’louve, qui demeurait dans une autre forêt. En passant dans une clairière, il rencontra une fillette qui gardait trois poules. La fillette, qui était maigrelette, sentit l’eau lui venir à la bouche à la vue du petit pot de beurre et de la galette ; elle rêvait, par-dessus le marché, d’un manchon en peau de louveteau gris. Car elle avait faim et le froid de l’hiver mordait cruellement ses bras nus. Mais elle n'osa pas, à cause des deux renards faméliques qui rodaient aux alentours. Même en faisant très vite pour s’emparer du pot de beurre et de la galette, sans même parler d'estourbir et de dépiauter le petit loup gris pour faire son manchon, les rouquins risquaient d'en profiter pour croquer ses trois poules.  Et on l’avait maintes fois averti : si un jour elle revenait à la ferme sans les poules, c’est elle qui finirait dans la marmite. Si le fermier n’était pas allé jusqu’à songer à l’obliger à pondre trois douzaines d’œufs par semaine à la place des poules défuntes –encore heureux- c'était plus par manque d’imagination que par mansuétude. Et si par miracle les renards ne croquaient pas ces idiotes, il faudrait qu’elle leur sacrifie la galette (et pas que des miettes), sinon, elles la dénonceraient immanquablement au laitier et au meunier. Ces deux là détenaient le monopole du beurre et de la farine dans le canton. Comme le louveteau passait près d’elle, la fillette chassa ces sombres pensées et lui demanda où il allait.
Le louveteau, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter pour parler à une fillette, même maigre, lui dit :

- Je vais voir ma grand’louve, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère-louve lui envoie.
- Demeure-t-elle bien loin ? reprit la fillette.
- Oh ! Oui, dit le Petit loup gris, c’est par-delà le bosquet que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la dernière clairière de la forêt.
- Eh bien, dit la fillette, je veux aller la voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera.

Certains trouveront que la décision de la fillette était bien soudaine, et en complète contradiction avec les prudents conseils et les sages recommandations que le fermier lui avait donné. C’est très vrai. Qui plus est, sa décision contredisait aussi ses propres réflexions, sombres, mais avisées. Mais quelle fillette, maigre ou pas, ne prend jamais de décision irréfléchie ? Et donc, laissant les renards veiller sur les poules, la fillette se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et le petit louveteau s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à croquer des vesces de loup, à courir après des papillons et à faire des bouquets des petites fleurs qu’il rencontrait. Il faut ajouter qu’il n’était pas plus pressé que ça d’arriver, parce que, sous prétexte de lui donner une bonne éducation, Mère louve l’envoyait toujours en commissions, porter des remèdes aux vieux loups gâteux de la forêt, et qu’il trouvait qu’il n’avait pas beaucoup de temps pour s’ennuyer tout seul. La fillette maigrelette ne fut pas longtemps à arriver à la tanière de la Grand’louve ; elle fit mine de toquer à la porte (elle savait bien que les tanières de loup n’ont pas de porte d’aucune sorte : ça n’est pas la peine, il faudrait être un peu nigaud pour essayer de se glisser dans la tanière d’un loup sans y être invité) et dit :

- Toc, toc.

La Grand’louve n’était pas là. La fillette en fut quitte pour faire les questions et les réponses :

- Qui est là ? (en prenant une grosse voix de Grand’louve)
- C’est votre louveteau, le Petit loup gris (cette fois, la fillette contrefit sa voix pour imiter le petit loup gris) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère louve vous envoie.
- je suis dans mon lit, mais tire la chevillette, la bobinette cherra. (Là, avec une grosse voix de Grand’louve).

C’était par jeu, car la tanière de la Grand’louve n’avait ni chevillette, ni bobinette, puisqu’elle n’avait pas de porte (comme il a été dit plus tôt), ni lit, ni d’ailleurs aucun meuble. Mais la fillette trouva que cela sonnait bien. Elle fit donc semblant de tirer la chevillette et attendit que la chute imaginaire de la bobinette rêvée, puis que la porte fantôme fasse semblant de s’ouvrir.
Alors la fillette se glissa dans la tanière. Un instant, elle regretta que la bête soit absente : avec un peu de chance, elle en aurait fait une capeline ; et il y avait plus de trois jours qu’elle avait froid et rêvait d’une bonne fourrure bien chaude. Puis elle se dit qu’elle aurait aussi bien, et plus probablement, servi de maigre repas à la vieille louve. Et cela lui donna à réfléchir.

La maigre fillette fit semblant de fermer la porte et s’alla coucher sur un tas de feuilles sèches, dans le fond de la tanière, où elle aurait bien vu le lit de la Grand’louve si la Grand’louve avait eu un lit. Là, tout en rêvant au goût de la galette et à l’onctueux du beurre que le louveteau n’allait pas tarder à apporter, elle commença à se remémorer les différentes étapes qui devaient faire du loup naïf un chaud manchon de fourrure. Au programme : assommage, égorgeage (la fillette eut un haut-le-cœur), écorchage, dépiautage (beurk !), lavage de la peau du bestiau (il faudrait aller jusqu’à la rivière), écharnage, grattage, tannage dans l’écorce de chêne (ou de châtaigner ? elle ne se rappelait plus précisément, mais on verrait bien, selon ce qui poussait dans les environs), lavage dans la cendre (de chêne ou de châtaigner ? décidément, ça en faisait des questions), rinçage dans l’eau de la rivière (encore de la marche en perspective), séchage, brossage et enfin, couture.
Hé bien ça faisait quand même pas mal de travail, et d’un genre pas bien ragoûtant, avant d’avoir un petit manchon. En y réfléchissant, elle se rendit compte qu’en plus d’écorcer un arbre (chêne ? châtaigner ?) il faudrait broyer l’écorce pour obtenir une poudre propre au tannage. Et comment ? Est-ce qu’elle avait un moulin dans la poche, elle ? Tout ça allait prendre un temps, mais un temps ! Oublié, le goûter glouton qu’elle s’était promis : il faudrait rationner la galette et le beurre, les faire durer jusqu’à l’achèvement du manchon. Et ça ne l’empêcherait pas de devenir plus maigrelette encore, au point que le manchon pourrait bien lui faire une capeline ou une houppelande…
Et si la Grand’louve rappliquait dans l’entrefaite ? Où si la mère louve, impatiente de revoir son louveteau, pointait son museau et ses crocs ? Ni l’une ni l’autre n’avaient sans doute prévu pour leur petit loup un avenir en forme de manchon (à deux ou à quatre pattes, les gens sont si traditionalistes qu’ils n’imaginent pour leur enfant d’autre avenir que celui qu’ils ont eu). Elles risquaient bien de ne pas goûter les explications de la fillette, et de n’en faire (de la fillette) qu’une (maigre) bouchée. Bref, elle gambergeait, couchée dans le noir et les feuilles, et tout cela ne lui paraissait plus si raisonnable, ni malin. Mais d’un autre côté, à cette heure, les poules étaient soit rentrées toutes seules à la ferme, soit dans la gueule d’un renard. Même si elle l’avait voulu, il n’était plus question de retourner là-bas.
A ce moment là, la maigre fillette entendit un froissement dans les feuilles, là, dehors, devant la tanière. Elle eut un joli frisson de panique. Le bruit s’arrêta juste devant la porte. Tremblante, la fillette retint sa respiration. Dans le silence, retentit un toc-toc. Elle répondit d’un souffle, en oubliant de contrefaire sa voix :
- Qui est là ?


C’était tout simplement le Petit loup gris qui arrivait enfin, et qui, par jeu, avait, lui aussi, fait semblant de heurter à la porte. Un peu surpris d’entendre une petite voix grêle à la place de la grosse voix de sa Grand’louve, il crut que son aïeule était très enrhumée et répondit :
- C’est votre louveteau le Petit loup gris, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère louve vous envoie. Mais si vous préférez, je repasserai plus tard.
Se reprenant, la fillette lui cria en durcissant sa voix :

- Tire la chevillette, la bobinette cherra.
Le Petit loup gris se dit que la Grand’louve commençait vraiment à perdre la boule, mais, obéissant à son aïeule (sa mère louve de mère lui avait plus souvent qu’à son tour seriné le couplet sur le respect dû aux ancêtres, aïeux, voisins, connaissances et adultes de tout poil), il fit semblant de tirer la chevillette ; puis il attendit la chute fictive de la bobinette fantôme et l’ouverture de la porte imaginaire. La fillette, cachée sous les feuilles au fond de la tanière, sortit de sa poche son couteau de poche. Comme le louveteau entrait, elle lui dit :
- J’ai faim ; pas la peine de mettre la galette et le petit pot de beurre sur la huche, apporte-les et viens manger avec moi.
Le Petit loup gris était doué de beaucoup d’imagination : il mima la fermeture de la porte, puis s’avança en faisant semblant d’éviter la huche (car il n’y avait évidemment ni huche ni huchier ni huchoir, ni aucun autre meuble de cuisine dans la tanière de la Grand’louve). Il posa le panier avec la galette et le beurre sur la couverture (qu’il imagina aussi) et vint se coucher dans le lit (pareil).
Vautrés côte à côte dans les feuilles, la maigre fillette et le petit loup gris commencèrent à manger la galette. En un rien de temps, il n’en resta pas grand chose, tant ils avaient grand faim tous les deux. Pendant que le louveteau furetait à la recherche des dernières miettes, la fillette lichait les traces de beurre au fond du pot tout en affermissant sa menotte sur son couteau de poche. Elle hésitait : d’un côté, était-ce une bonne idée d’avoir laissé le louveteau manger la moitié de la galette et presque tout le pot de beurre, diminuant d’autant ses propres réserves de provisions ? Mais à la réflexion, le glouton allait bientôt somnoler, emporté par la digestion. Alors, il serait moins attentif, et ce serait plus facile de le transformer en manchon !
Quant à lui,  tout en faisant semblant de chercher les dernières miettes, le Petit louveteau gris se disait que quelque chose n’était pas comme d’habitude. Il jetait des coups d’oeil discrets vers sa Grand’louve : passent encore ses lubies de porte, de chevillette, de bobinette, de huchier… mais c’était bien la première fois qu’elle l’invitait à manger avec elle. D’habitude, il en était quitte pour attendre près de la porte, et ramener le panier et le pot vides, le ventre dans le même état : un vrai loup sait chasser, n’est-ce pas ? Alors, à lui de se trouver à manger !
Et c’était même un fier service à lui rendre que de l’obliger à s’assumer. Plus tard, il dirait merci ! A ce moment, le louveteau remarqua autre chose de troublant : qu’avait fait sa Grand’louve de son regard jaune et perçant, de son poil rêche, de ses griffes aigües et de son haleine de veille bête fauve ? Comme il allait lui poser la question, la maigre fillette lui dit en prenant une grosse voix de vieille louve :
- Petit Loup, que tu as de belles petites pattes ?
C’était à la fois pour le flatter et le distraire. C’était autant une affirmation qu’une question, mais le petit loup (qui, rappelons-le, pensait être avec sa Grand’louve) ne se douta de rien et répondit :
- C’est pour mieux courir après les lapins et les poules.
En fait, il s’en servait surtout pour mieux courir après les papillons, mais il se doutait que la Grand’louve n’aimerait pas cette réponse là. Cette dernière demanda :
- Petit Loup, que tu as de petites quenottes ?
C’était encore pour le flatter et s’assurer au passage qu’il n’était pas aussi dangereux qu’un grand méchant loup. Il répondit :
- C’est pour mieux croquer les écureuils et les merles.
En fait, il aimait surtout croquer dans les champignons et les framboises, mais il savait que sa Grand’louve préférerait l’autre réponse. La fillette reprit:
- Petit loup, que tu as un beau pelage gris.
Le petit loup qui trouvait son aïeule étonnamment gentille et attentive, hésita un instant, puis révéla son grand secret :
- C’est parce que, en cachette de maman, je mange des légumes et des fruits à la place de la viande rouge qu’elle me donne. Parce qu’en vrai, je n’aime pas beaucoup la viande, et encore moins de devoir la prendre dans un oisillon, un petit écureuil ou un lapereau qui voletait (l’oisillon) ou trottinaient (les deux autres) une minute avant….Mais il ne faudra pas le dire à maman louve, hein ? Ça serait notre secret.
A ce moment, il comprit qu’il était allé un peu loin. Avouer préférer les légumes plutôt que la viande, sa Grand’louve n’allait pas laisser passer ça ! Mais elle ne répondit que :
- C’est bien. C’est très bien, même. Ça fera un très joli manchon… heu, je veux dire ça te fait un très beau pelage.
Et, en écho de cette phrase surprenante, il entendit le clic caractéristique d’un couteau de poche qui s’ouvre … Alors, tout naïf qu’il était, il comprit tout de même que quelque chose d’anormal se passait. Alors, il se prépara : même s’il préférait les légumes, c’était un petit loup, et il avait une gueule pleine de dents pointues et quatre pattes griffues. Ses pattes s’enfoncèrent dans les feuilles, son poil se hérissa tout au long de son échine et, sans qu’il le veuille seulement, un long feulement rauque sortit de son gosier. De son côté, la fillette était peut-être maigrelette, mais déterminée et armée. Elle s’adossa à la paroi de la tanière, là où elle avait imaginé le huchier fictif, et se prépara à la lutte. De part et d’autre, on hésitait un peu à lancer l’offensive … chacun était alourdi de galette et de beurre frais (ils s’étaient tant goinfrés qu’ils avaient l’impression désagréable d’avoir des cailloux dans l’estomac), ce qui n’incite pas à la bagarre. Et puis un mauvais coup est certes vite donné, mais aussi vite pris !
Mais tandis qu’ils se toisaient ainsi, une grosse voix passablement endormie, mais sonore, grondante, caverneuse, retentit dans la tanière :

- Qui ose parler de manger des légumes dans ma tanière ? Qui se permet de troubler ainsi mon sommeil? Tu seras châtié de ta témérité !

Vous l’avez deviné, c’était la Grand’louve qui dormait tout au fond de sa tanière et que le bruit avait réveillé. Baillant et grommelant, elle s’extirpa du tas de feuilles et repéra les deux intrus. Pétrifiés, ces derniers fixaient les deux grands yeux jaunes qui trouaient l’obscurité. Le louveteau se découvrait un nouveau sujet d’inquiétude : sa Grand’louve était donc dans la tanière, et l’avait entendu parler des légumes… Quant à la fillette maigrelette, elle se cramponnait au petit couteau de poche qui tremblait dans sa main, et se disait que tout cela allait (très) mal finir…


La Grand’louve se tourna vers le louveteau et gronda :
- Ah, c'est toi ! Enfin, ce n’est pas trop tôt ! J'ai une faim de loup...Qu’est-ce que tu m’apportes ? De la galette et un pot de beurre, comme d’habitude ? Ta pauvre mère est bien gentille, mais elle n’a jamais eu beaucoup d’imagination…

Devant le silence du louveteau qui restait coi, la louve, du museau, avisa la fillette.
- Et c’est qui, là ? Tu amènes des invités chez moi, maintenant ? Et même, une invitée ! Je parie que ta mère n’est pas au courant !

Les deux petits gardant le silence, la vieille louve continua son soliloque :
- Mais j’y suis, ça n’est pas une invitée, c’est le repas que ta mère m’envoie ! Mais elle a perdu la tête ou quoi ?! C’est bien trop maigre ! Je n’en ferais même pas une bouchée…! Pauvre de moi, à mon âge, il me faut du moelleux ! Enfin… (Elle pointa la fillette) en tartine, ça passera mieux. Allez, donnes-moi le panier avec la galette et le petit pot de beurre. Mais… ne me dis pas que le panier est vide ? Tu l’as mangé ? Et tu as partagé avec ça ? Ne me contredis pas, vous sentez tous les deux l’odeur de la galette et du beurre ! Ah vraiment, on a raison de le dire, qui mange une blette mange une galette ! D’ailleurs, après mon diner, on en reparlera de tes envies de légumes, de tes fringales végétales, petit malheureux !

La louve se tut, ouvrit une large gueule et passa sa longue langue sur ses grandes dents (rares mais pointues) comme pour mieux les aiguiser. C'est à ce moment que le petit louveteau gris dit :
- Ma Grand’louve, que vous avez de grands yeux ?
La louve s’arrêta un instant, et, lâchant la fillette du regard pour fixer le louveteau, répondit :
- C'est pour mieux voir mes proies, mon loup. J'aime bien voir ce que je mange.
Le louveteau reprit :
- Ma Grand’louve, que vous avez de grandes griffes ?
- C'est pour mieux attraper la fillette maigre que tu m’as apporté, mon loup.
- Grand’louve, que vous avez de grandes pattes ?
- C'est pour mieux lui courir après s’il lui prenait l’idée stupide de s’enfuir, mon loup.
- Grand'louve, que vous avez de grandes oreilles noires et pointues ?
- C'est pour mieux t’écouter, mon loup. Mais maintenant, ça suffit, les questions, j’ai faim !
La fillette avait compris que le louveteau essayait de distraire la louve. Elle voulu l'aider, et dit, sans trop réfléchir :
- Grand’louve, que vous avez de grandes dents ?
La louve se tourna vers elle avec un grand sourire lupin, et répondit :
- C'est pour mieux te manger, fillette.

Et en disant ces mots, elle se prépara à la croquer sans autre forme de procès. Mais avant qu’elle ait pu avancer une patte, des braises rougeoyantes tombèrent dans la tanière et roulèrent sur le tapis de feuilles mortes : aussitôt, une flamme bondit !. En effet, il faut savoir que les poules, vexées d’être laissées en arrière, avaient suivi la maigre fillette afin de la dénoncer au fermier. Celui-ci, une fois averti de la cachette de la fugueuse, avait envoyé chercher le chasseur. Celui-là accourut aussitôt, et, peu soucieux d’entrer bille en tête dans une tanière de loup, avait lancé les braises qui avaient provoqué le début d’incendie.
Ainsi pris entre deux feux, les deux loups et la fillette maigrelette se trouvaient en bien mauvaise posture : les premiers ne tenaient pas à affronter le chasseur, ni la fillette le fermier (bizarrement, les poules n’effrayaient personne, malgré leur épouvantable caractère).
La fumée acre qui ne tarda pas à se dégager des feuilles était presque pire que la flamme qui mordait et roussissait les poils. Alors, la Grand’louve gonfla ses joues et souffla, souffla, souffla si fort que les feuilles enflammées s’envolèrent hors de la tanière et  se répandirent dans la clairière. Le chasseur et le fermier n’eurent que le temps de se reculer ; profitant de ce répit pour tenter le tout pour le tout, les assiégés bondirent hors de la tanière. Et, à ce moment précis, arriva dans la clairière la Mère louve qui venait récupérer son panier.

Dès lors, la mêlée fut générale : chasseur et fermier contre louve et Grand’louve, dents et griffes contre haches et couteaux et flammes contre buissons, branches et troncs d’arbres. Il serait trop long d’en raconter les péripéties ! Disons juste que dans la confusion, la fillette, d’un décisif coup de canif dans les fesses du fermier, fit dévier le coup de hache qui visait le louveteau ; un peu plus tard, celui-ci, bousculant la fillette, lui évita les longues dents de la Grand Louve. Le combat s’arrêta à la nuit tombante : l’obscurité et la fumée ne permettaient plus de savoir qui mordre ou qui hacher.  Les combattants, de part et d’autre du brasier, échangèrent encore, avec force cris et grognements, quelques  promesses de vengeance. Puis chacun, plus ou moins éclopé, le poil roussi, l'oeil poché, des bleus un peu partout, rentra clopin-clopant, qui dans sa ferme, qui dans sa tanière. Une petite pluie froide eut raison du feu qui avait dévoré la clairière. Les poules, qui s’étaient prudemment tenues à l’écart de la bataille, ne réapparurent pas. Peut-être avaient-elles rencontré les renards.


Manquaient aussi à l’appel le louveteau et la fillette. On pleura leur disparition et l’ingratitude des enfants qu’on s’épuise à nourrir d’écureuil ou de croûtes de pains secs ; à qui il faut apprendre les ruses de la chasse aux oisillons et les trucs du ramassage des œufs ; qu’on s’échine à élever, à coups de pattes ou de trique, dans les valeurs et le respect dû aux aînés ; et qui un jour s’en vont sans même dire au revoir. Car les deux s’étaient esbignés pendant la bagarre, laissant les adultes vider leur querelle entre eux, et avait créé une association d’un genre nouveau : la fillette avait compris que, tout compte fait, un petit loup gris joueur et avec des dents pour la défendre valait bien mieux qu’un manchon en peau de bête. Le louveteau, pour son compte, trouvait qu’une fillette qui sait ouvrir la porte d’un potager était de meilleure compagnie qu’une famille de carnassiers.

Ils étaient partis loin d'ici, chercher un pays sans poule ni pot de beurre ni chêne ni moulin ni hiver ni couteau de poche ni fermier ni renard ni chasseur ni châtaignier ni galette.

Et nul ne les revit jamais, du moins de ce côté-ci de la forêt.
« Modifié: 07 Janvier 2014 à 15:30:21 par PetitAlbert »

 


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