Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 Juillet 2026 à 18:34:03
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Journal d'un randonneur

Auteur Sujet: Journal d'un randonneur  (Lu 3156 fois)

Hors ligne Corbac

  • Tabellion
  • Messages: 25
Journal d'un randonneur
« le: 11 Décembre 2013 à 19:05:36 »
Je vis dans les Pyrénées, non loin de la frontière espagnole. Quand les trépidations du quotidien m'insupportent, je passe de l'autre côté, vers la lumière, la chaleur. À pied, à vélo, parfois en canoë, j'arpente inlassablement les paysages ibériques. Jamais je ne vais sur les rivages méditerranéens surpeuplés, bétonnés, mais toujours en direction des terres intérieures brûlées par le soleil et battues par les vents.
Ici l'homme est rare, la nature souveraine. Dans les cieux planent les ombres immenses des vautours.
 
La vie en société accapare totalement notre attention, dès qu'il n'y a âme qui vive l'environnement se manifeste dans toute son ampleur. Je ne connais pas d'endroit capable d'apaiser autant mon esprit, aucun autre lieu si austère qu'il en abolit la pensée. L'écrasante présence des éléments la renvoie à ce qu'elle est d'abord : une abstraction.
Emportés par la houle des pinèdes, les mots se perdent dans l'immensité des mesetas. Le verbe devient inutile, impuissant à retranscrire ce qui n'est plus que sensation, perception aiguë d'un mouvement perpétuel. Seule, isolée, la conscience se débarrasse des représentations du langage pour s'ouvrir aux palpitations du roc, de l'arbre ou de la fourmi. Quand l'humain perd sa suprématie sur les choses, la raison dépose ses artifices pour laisser la place au primitif. Nous redevenons animaux.

Ce serait une erreur de croire que la nature est accueillante ; elle reste dure et insensible. Malheur à celui qui vient chercher du réconfort ici, il repartira bien vite se réfugier dans les bras douillets de la civilisation ! La souffrance et la mort sont omniprésentes, chaque être vivant combat férocement pour sa survie. Et si beauté il y a, elle ne se mesure qu'à l'ingratitude des conditions d'existence.

Quand il pleut, le moral est au plus bas. Quand il fait froid, le corps ne peut trouver le repos. Et quand le feu crépite à la tombée de la nuit – minuscule lueur perdue dans la sierra – la peur s'insinue.
Près de ma tente, je ne suis plus qu'une créature aux aguets avec l'impression que des milliers d'yeux m'observent, dissimulés dans le noir. L'obscurité m'enveloppe en même temps qu'une  désarmante solitude. Au-dessus de ma tête des branches se balancent comme des membres décharnés.
Reprenant ses pleins droits, la forêt commence à parler. D'abord des hululements lointains de chouettes qui se répondent, comme des échos, puis le bref aboiement d'un chevreuil. Là, c'est le glapissement d'un renard en chasse qui me fait sursauter. Tard dans la nuit, je sais que j'entendrai le passage bruyant des hardes de sangliers, jamais rassurant.
J'ai peur, comme à chaque fois, une angoisse qui remonte du fond des âges. Il faut reprendre le contrôle de ses émotions, se persuader que le plus dangereux des prédateurs - l'homme - est absent de ces contrées reculées. L'indispensable fiole du voyageur solitaire aide à me rassurer, me tient compagnie. Il y a quelque chose de tragique à boire seul sous les étoiles. Pourtant l'engourdissement des sens atténue les menaces de la forêt et je finis par m'endormir à poings fermés dans mon fragile abri de toile.

À l'aube, c'est la résurrection. Des quatre coins de la clairière de nouveau inondée de lumière retentissent les joyeux trilles des pinsons. L'herbe scintille de rosée. Des panaches de vapeur s'en élèvent en même temps que l'apparition rayonnante du soleil. Avec l'arrivée du jour les inquiétudes de la nuit s'évaporent totalement.   
Par toute la surface de ma peau je frémis des espaces sauvages qui m'appellent,  j'entends la vie qui bouillonne furieusement à l'intérieur de mes veines. Moment tant attendu où je me sens réellement exister, où l'élan vital prend enfin toute sa signification.

Sans perdre un instant, je reprends mon chemin vers l'infini.




Hors ligne Pirouli

  • Calliopéen
  • Messages: 589
  • la vie est une pirouette
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #1 le: 11 Décembre 2013 à 21:20:36 »
J'adore ce texte!  :coeur: Très très bien écrit, c'est un vrai régal Corbac. En deux textes, je suis tombée amoureuse de ton écriture. As-tu déjà été publié ?
Il vaut mieux être ivre que con, ça dure moins longtemps.

Hors ligne vinksdarkso

  • Troubadour
  • Messages: 386
  • Porte un masque pour mieux s'exhiber l'âme
    • Les chroniques d'Evkins Darkso
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #2 le: 11 Décembre 2013 à 22:28:42 »
Effectivement, un très beau texte! Tu dépeins avec maestra le tableau d'une nature farouche, mais qui à le mérite de nous ramener à notre propre condition de fourmis humanoïdes.

Une profondeur certaine, et un gout pour la philosophie non dissimulé, sans trop de lourdeurs cependant, car bien dit.

Voilà, rien de bien constructif, mais un désir latent de te relire de nouveau.

Ah si, une seule critique, le titre est un peu bidon selon moi, manque de profondeur contrairement au texte, cela dit, ça peut être un choix de ta part, mais je penses que tu pourrais mieux vendre ton texte.

Bravo l'artiste !

« Modifié: 11 Décembre 2013 à 23:57:11 par vinksdarkso »
"La fiction, c’est la part de vérité qu’il existe en chaque mensonge." Stephen King

Hors ligne HeryJaylhe

  • Tabellion
  • Messages: 28
    • M.A. ST-Pierre
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #3 le: 12 Décembre 2013 à 02:55:19 »
Bonjour à toi Corbac.

J'ai tu ton texte et je dois dire que j'ai bien aimé ton style d'écriture. Fluide, posé et une certaine touche de poésie (de par les émotions véhiculés et la manière que c'est présenté).

Tout ça me fait penser un peu au film "Instinct" que j'ai adoré. Ça me rappel le docteur avec ses gorilles. La manière qu'il décrit comment il a vécu son expérience au psychiatre est semblable à ton texte (les mots choisis et au niveau du feeling je crois, mais je ne saurais dire si c'est exactement ça). C'est inspirant je dois dire et je suis d'accord avec vinksdarkso, on y voit là un message, une pensée philosophique. Comme lui, je n'ai décelé aucune lourdeur. Au contraire, ça coulait comme un ruisseau sous mes yeux. Je te dis franchement bien joué. Tu me sembles bien maîtriser ton œuvre.

Au plaisir de te relire de nouveau,
Hery
« Modifié: 12 Décembre 2013 à 03:25:49 par HeryJaylhe »
"La vie en elle-même n'a pas de nom, pas de visage. Elle n'est pas différence et n'est pas composée de haine. Les frontières qui nous séparent les uns des autres, c'est nous-seuls qui les créons." (de moi-même)

* Cydartha - Tome 1 - Terminé, corrigé et publié
* Cydartha - Tome 2 - Terminé à 30%

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #4 le: 12 Décembre 2013 à 08:03:25 »
Bonjour Corbac,
coté écriture, je rejoins les précédents commentaires.
Pour être un peu plus concret.
un chevreuil brame rée ou rait, je ne sais si son cri est aboiement!
Quand on est une contrée sauvage, tous les sens sont sollicités, la vue, l'ouïe, le toucher... Mais je n'ai ressenti aucune odeur.
D'un autre coté lorsqu'on recherche, comme le personnage, un refuge dans la nature pourquoi devrait-il se plaindre de solitude et éprouver de la crainte? N'était ce pas son objectif premier, rappeler ces instincts pour se souvenir de la bête cachée en lui?
J'ai lu avec plaisir.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne HeryJaylhe

  • Tabellion
  • Messages: 28
    • M.A. ST-Pierre
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #5 le: 12 Décembre 2013 à 17:32:13 »
Je ne pense pas que le personnage cherchait la solitude en soi, mais plutôt à s'évader de la pression qu'exerce la vie en société. Enfin, c'est comme ça que je l'ai compris, mais ça se peut que je sois complètement dans le champ aussi... Le mieux est donc de laisser l'auteur s'expliquer je pense^^

Pour l'odeur, c'est vrai que ça aurait été bien par contre.
« Modifié: 12 Décembre 2013 à 17:34:41 par HeryJaylhe »
"La vie en elle-même n'a pas de nom, pas de visage. Elle n'est pas différence et n'est pas composée de haine. Les frontières qui nous séparent les uns des autres, c'est nous-seuls qui les créons." (de moi-même)

* Cydartha - Tome 1 - Terminé, corrigé et publié
* Cydartha - Tome 2 - Terminé à 30%

Hors ligne Corbac

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #6 le: 13 Décembre 2013 à 18:18:58 »
Merci beaucoup de vos réponses. C'est mon premier texte ici et vos retours, plutôt positifs, m'encouragent à poursuivre.
Non Pirouli, je n'ai jamais été publié. En fait je suis dans la rédaction d'un recueil de nouvelles que j'espère finir en début d'année prochaine mais je n'écris pas très vite.
Aussi étrange que celà puisse paraître Babather, les chevreuils ont un cri similaire à un aboiement ! Pour en avoir souvent entendu, je suis sûr de ce que j'avance. C'est le cerf qui brame, je ne sais pas vraiment ce qu'on dit pour le chevreuil.

Le désir de  solitude, le regard sur soi, l'amour des espaces sauvages ont essentiellement guidé cet écrit.

Hors ligne Thérébentine

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 069
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #7 le: 15 Décembre 2013 à 14:33:34 »
J'ai trouvé la lecture agréable, ça m'a donné envie d'y être.
Ça c'est pour le fond, et pour la forme c'est très bien écrit, très " propre", juste ce qu'il faut.
Préviens-nous quand tu sortiras ton recueil surtout! :)
"Faites des bêtises, mais faites les avec enthousiasme" Colette

Hors ligne MayWind

  • Aède
  • Messages: 211
  • Drarry-fanfikeuse =P
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #8 le: 15 Décembre 2013 à 14:45:06 »
Wow. Magnifique.

Mon avis rejoint incontestablement celui de mes prédécesseurs.
Ma lecture était accompagnée d'Ennio Morricone, Once upon a time in the west, ce qui n'a fait que sublimer ton texte  :coeur:

J'adore ce texte!  :coeur: Très très bien écrit, c'est un vrai régal Corbac. En deux textes, je suis tombée amoureuse de ton écriture. As-tu déjà été publié ?

Donc il y a d'autres textes ailleurs... Je file les lire  ;)

Edit :  :o Je ne sais pas où Pirouli a trouvé ton second texte... ( :'()
« Modifié: 15 Décembre 2013 à 14:47:36 par MayWind »
Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. - Goethe

Hors ligne Pirouli

  • Calliopéen
  • Messages: 589
  • la vie est une pirouette
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #9 le: 18 Décembre 2013 à 08:57:11 »
Citation de: Pirouli le 11 décembre 2013 à 21:20:36
J'adore ce texte!  :coeur: Très très bien écrit, c'est un vrai régal Corbac. En deux textes, je suis tombée amoureuse de ton écriture. As-tu déjà été publié ?

 May Wind "Donc il y a d'autres textes ailleurs... Je file les lire  ;)

Edit :  :o Je ne sais pas où Pirouli a trouvé ton second texte... ( :'()"


Après recherche, je me suis aperçue qu'il ne s'agissait pas d'un texte de Corbac mais de Jake07 "Hey" (page 4 dans les textes courts), tout aussi intéressant à lire. Je rends à César ce qui est à César. ;)
Il vaut mieux être ivre que con, ça dure moins longtemps.

Hors ligne inesd

  • Aède
  • Messages: 245
  • Faute d'orthographe bonjour!
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #10 le: 18 Décembre 2013 à 19:13:38 »
Bonsoir:)

Ah le premier passage qu'on publie! Moi aussi c'était y'a pas longtemps! Verdict (roulement de tambour... ;))La description du paysage. Un pur plaisir à la lecture! On y serait vraiment qu'on serait presque déçut. Le réel est souvent moins attrayant que l'image qu'on se représente, n'est-ce pas?! Ton style, en particulier la manière de nous livrer les informations et les détails du décors est très plaisant! J'adore! Continu! J'ai hâte de lire un nouveau passage!

Inès

Hors ligne Bachman

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #11 le: 02 Janvier 2014 à 22:10:05 »
Salut,

Alors le texte est comme l'on dit mes prédécesseurs, très bon, si je peut cependant donner mon avis critique, le voici:

Je trouve la mode de taper sur la civilisation un peu facile, je m'explique, simplement dire dans son texte :

"il repartira bien vite se réfugier dans les bras douillets de la civilisation !"
etc. (j'avouerais ne pas avoir eu le courage de ré-écumer le texte à la recherche d'autres exemples.

Donc comme je disais, simplement dire cela dans son texte est un peu facile et finalement apporte peu non ?
Quel est le but ici ? dénigrer ceux qui se complaisent dans l'inaction et s'endorment dans les bras de la "civilisation" ?

Les deux premiers paragraphes était déjà assez pour le faire dans ce cas, pas la peine d'en rajouter une couche, laisse nous plutôt profiter de ce que tu vois, sens, touche...

Pour finir je trouve que tu es un peu avare en terme de détails, je m'explique là encore, par exemple à la fin du texte au réveil du protagoniste il aurait peut être été sympathique (afin de nous sentir dans sa peau) de savoir comment il se lève, a-il mal au dos ? de la terre sèche sur le jean ? les mains tailladées par son voyage ? les oreilles qui bourdonnent ? etc.

Voilà j'espère avoir aidé, c'est ici mon 3ème commentaire concernant un texte, j'espère ne pas être trop antipathique, le but étant d'aider.
De même je suis très friand des détails parceque je pense que c'est ça qui fait un bon texte, j'ai peut-être (sûrement ?) tord. Et si le but était plus de décrire la grandeur etc. du paysage et de ne pas s'attarder sur ce qui entoure le protagoniste alors je m'excuse.

Bonne chance pour la suite :)

Hors ligne Kathya

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 271
    • Page perso
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #12 le: 03 Janvier 2014 à 18:27:22 »
Citer
dès qu'il n'y a âme qui vive
Pour mon oreille, il manque un "plus".

Citer
Et si beauté il y a, elle ne se mesure qu'à l'ingratitude des conditions d'existence.
J'ai buté sur "conditions", l'ingratitude de l'existence aurait suffi.

C'est plutôt bien écrit mais ce n'est pas ma tasse de thé, les escapades littéraires en pleine nature.  :mrgreen:

Au plaisir de te lire. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 8 764
  • Prout
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #13 le: 28 Mars 2014 à 18:50:59 »
Citer
Dans les cieux planent les ombres immenses des vautours.

Ca fait un peu grandiloquent.

Citer
La vie en société accapare totalement notre attention, dès qu'il n'y a âme qui vive l'environnement se manifeste dans toute son ampleur.

Cette phrase me semble mal construite et un peu embrouillée.

Je ne suis pas convaincu. L'écriture est sympa sans plus, le fond en lui-même ne m'a pas vraiment passionné, d'autant plus que j'ai eu l'impression de lire un certain nombre de poncifs.
Une autre fois peut-être.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Pirouli

  • Calliopéen
  • Messages: 589
  • la vie est une pirouette
Re : Journal d'un randonneur
« Réponse #14 le: 31 Mars 2014 à 11:11:04 »
C'est très bien que tu fasses remonter ce texte Loïc, même s'il ne t'a pas plu. Ça permettra à de nouveaux lecteurs de le découvrir, il le mérite. Moi, plus je le lis et plus je l'aime.
Il vaut mieux être ivre que con, ça dure moins longtemps.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.017 secondes avec 23 requêtes.