Voici un texte que je conseille de lire en écoutant cette musique :
http://www.youtube.com/watch?v=uObRVSXcPxA
En fait, j'ai voulu recréer l'ambiance de petites histoires qui appartiennent au jeu vidéo dont la musique ci-dessus fait partie. Bon, j'avoue avoir largement dépassé le format (les histoires du jeu se lisent en trois minutes max), mais j'ai vraiment pris plaisir à rédiger ce texte. En plus il s'inscrit dans l'univers de mes autres posts sur ce forum.
N'hésitez pas à commenter, critiquer, cracher, démembrer, manier, remanier et me faire part de vos impressions. 
Bonne lecture !---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Il existe une contrée où aucun nuage ne se ressemble. En ce beau pays, rien n'est plus distrayant que d'admirer le ciel pour y chercher quelque forme étrange. L'île de Mérida, comme on l'appelait, n' abritait seulement qu'une poignée de pauvres pêcheurs. Pourtant, c'était bien elle qui un jour verrait naître un homme au destin exceptionnel.
Parmi les habitants de l'île, il en était un pour qui la voûte céleste n'était que beauté. Fils de pêcheur au caractère rêveur, ce jeune garçon aimait s'attarder devant le soleil couchant et les constellations nocturnes. La vision des astres lui donnait la liberté qui lui manquait, coincé sur ce bout de terre perdu aux milieux des flots.
Un soir, il aperçut un nuage dont la forme lui était inconnue. Le corps céleste était marqué par une couleur grise qui semblait être celle de l'acier. En regardant mieux, l'adolescent comprit que ce qu'il avait devant les yeux relevait de l'invention humaine. La structure émettait de la lumière et n'était pas soumise aux caprices des vents. Bien qu'éloignée, on pouvait aisément deviner qu'elle était d'une taille gigantesque.
La première Cité Flottante.
C'est ainsi qu'avait été nommée cette énorme station spatiale. Lorsque la nuit eut enveloppée ce monstre de métal, le garçon se redressa. Admirant le vaisseau s'élever en direction de l'espace, il se fit une promesse. Un jour, lui aussi volerait vers l'infini.
Les années passèrent, et le garçon devint un jeune homme ambitieux. En âge de voyager par ses propres moyens, il prit alors une décision. Il choisit de quitter son foyer, l'île qui l'avait vu grandir toute sa vie durant. Le jour de son départ, il remercia chaudement sa famille et le reste du village. Il ne les reverrait jamais.
Sur une embarcation de fortune, il gagna le continent. Il désirait ce faire embaucher sur un de ces imposants navires de l'espace afin de voyager par delà l'univers. Malheureusement, un pauvre fils de pêcheur n'avait pas les qualifications nécessaires pour intégrer un équipage dont les tâches se révélaient particulièrement techniques. Le jeune homme regarda donc s'éloigner avec déception les Cités Flottantes qui suivraient celle qui avait croisé son chemin des années auparavant.
Ayant déniché un emploi sur un port, il menait une vie dénuée d'intérêt. Perdu dans un monde qui lui était étranger, il demeurait dans l'amertume et scrutait souvent les cieux avec envie.
Rentrant chez lui par un soir d'hiver, il eut la mauvaise idée d'emprunter une ruelle plongée dans l'obscurité. Tombant nez à nez avec un groupe d'individus peu fréquentables, il constata que le peu d'argent qu'il avait en sa possession attisait la convoitise de ses agresseurs. Comprenant que la situation demeurait sans issue, il ferma les yeux.
Quand il les rouvrit, il se crut l'ami de la providence. Les malfrats gisaient à ses pieds, tandis qu'une ombre se dressait dans la nuit. La silhouette encapuchonnée le fixait, immobile.
« Je... je vous remercie, dit l'ancien pêcheur encore sous le choc, mais je n'ai rien à vous offrir pour vous remercier. J'en suis navré...
- Je ne veux rien en retour, sourit l'homme, mais je pourrai en revanche te venir en aide »
L'inconnu connaissait visiblement la situation de son interlocuteur. Il proposa de lui fournir l'argent nécessaire pour intégrer une école de préparation au domaine spatial. Désespéré, l'autre accepta, en observant tout de même une condition.
« Si tu deviens membre de cette école, tu accédera à tes rêves les plus profonds. La seule chose que j'exige en retour est que, si, un jour, je viens te voir en quête d'un service, tu sois prêt à me le rendre ».
Un service ? Qu'était-ce par rapport à la promesse d'une vie heureuse ? Le jeune homme acquiesça et reçut aussitôt un sac rempli de liquide. Alors que l'inconnu faisait mine de le quitter, il parvint à lui poser une dernière question :
« Merci, merci du fond du cœur ! Mais qui êtes-vous donc ?
- Mon nom importe peu, répliqua l'autre. N'oublie pas, l'avenir est entre tes mains. »
Et l'ombre disparut comme elle était venue.
Le lendemain, le jeune homme se présenta à la plus prestigieuse école spatiale du pays. On lui découvrit bientôt un don pour toutes les disciplines qui relevaient de ce domaine. Sa passion et son engouement était telle qu'il sortit major de promotion. C'était une belle victoire pour le petit pêcheur de Mérida.
Mais la consécration restait à venir.
Après quelques années de pratique au service de flottes terrestres, ses talents furent reconnus. On lui confia alors le poste dont il avait toujours rêvé. Il fut nommé commandant de la plus importante Cité Flottante jamais construite : le Praetor.
Le jour tant attendu arriva enfin : le Praetor fut envoyé vers l'espace sidéral. Le nouvel officier franchit alors les frontières de l'atmosphère terrestre avec un pincement au cœur et une larme à l'oeil. Ses désirs étaient devenus réalité.
Plus heureux que jamais, il parcourut le système solaire en quête de liberté et d'absolu. Responsable de plusieurs milliers de visiteurs en escale sur sa station, il était au sommet de sa gloire. Sa renommée n'était plus à faire, et l'on parla de lui comme l'un des plus grands commandants de son temps.
Mais toute bonne chose a un prix. Le destin frappa finalement à la porte de sa cabine. On introduisit le visiteur en question, et le sang du commandant ne fit qu'un tour.
Devant lui se tenait l'ombre mystérieuse. L'étrange inconnu à l'origine de cette vie couronnée de succès. Le visage du revenant ne semblait pas avoir prit une ride.
« Je vois que tu as réussi. Tu as su utiliser le cadeau que je t'avais fait à bon escient.
- C'est vrai, et je vous en remercie. »
Même si tous deux gardaient une certaine froideur dans leurs propos, la discussion en vint à la question de la dette. Avec le même sourire que celui qu'il avait arboré la nuit de leur rencontre, l'inconnu exposa sa requête.
« Vois-tu, j'aimerais admirer mon pays natal depuis l'espace. Serait-il possible d'approcher la Terre pour l'apercevoir ? »
Le commandant n'hésita pas une seconde. Rien n'était plus facile que de survoler une planète, en restant toutefois à bonne distance.
Un accord fut passé. Ils se retrouveraient le lendemain dans la salle de la grande baie vitrée qui offrait un panorama hors du commun sur l'immensité de la galaxie.
Le voyage jusqu'à la Terre se déroula sans encombres. Cependant, en arrivant aux abords de l'atmosphère terrestre, l'équipage eut connaissance d'une grave nouvelle. Un imprévisible champ d'astéroïdes mouvants se dirigeait vers la trajectoire du Praetor. Totalement inattendue, cette missive déstabilisa le commandant. S'il rebroussait chemin, il n'aurait plus l'occasion de satisfaire la demande de son bienfaiteur. Or, il voulait absolument lui rendre son dû. Tourmenté, il résolut de continuer le trajet tout en attendant la venue de son invité au lieu de rendez-vous.
Mais l'inconnu ne vint jamais.
Inquiet, l'officier allait se mettre à sa recherche quand un effroyable choc secoua l'ensemble du vaisseau. Le premier astéroïde avait heurté la station.
Jeté au sol, le commandant entendit à peine ce que son second lui annonça.
« Le champ d'astéroïdes nous a rattrapé ! Les réacteurs sont endommagés, et les générateurs gravitationnels ne seront pas assez puissants pour nous maintenir en orbite ! Nous allons nous écraser ! Au fait, une capsule de sauvetage a disparu ! »
Le vieux fils de pêcheur était trop étourdi par la violence de l'impact pour comprendre ce qu'il s'était réellement passé. Encore sonné, il ne se rendit pas compte de la fourberie dont il avait été victime. En parfaite connaissance de cause, l'inconnu lui avait fait faire un détour qui précipiterait la chute de son vaisseau, mais aussi celle du genre humain. Pourquoi un acte aussi criminel ? Le commandant ne le sut jamais. Les raisons de cette catastrophe appartenaient à une machination dont il n'était qu'un simple pion parmi des dizaines d'autres.
Le Praetor, repoussé vers l'atmosphère terrestre par des collisions trop nombreuses, fut rattrapé par les lois de la gravité. Son déclin venait de commencer. A une vitesse extraordinaire, il débuta sa course qui allait l'écraser contre la planète qui l'avait engendré.
La chaleur devenait de plus en plus insupportable à mesure que les flammes se répandaient dans l'ensemble de la station. Dans la grande salle, le commandant s'était traîné jusqu'aux fenêtres de la baie vitrée. Pour la première fois, il tourna le regard vers sa planète natale et non pas vers la voûte étoilée. Sur l'azur profond de l'océan se détachait une tache verte qui lui semblait familière.
Ce jour là sur l'île de Mérida, les habitants se demandèrent quelle était cette étrange boule de feu qui tombait du ciel. Ils comprirent ensuite, mais trop tard, où elle allait toucher terre.
Non vraiment, aucun nuage ne se ressemble sur la belle île de Mérida.