Décidément les cours de SVT sont productifs.
Un sucre, ayant pour fils trois agaçants phosphates
Se disputant, teigneux comme trois suricates,
Fut réduit au devoir de chasser l'un d'entre eux :
Il choisit le troisième, et le moins vigoureux.
Celui-ci répondit : "Chasse-moi, si tu l'oses !
Je me réfugierai chez mes tantes Trioses !"
Mais les Trioses ne voulurent pas de lui
Et le petit phosphate alla seul dans la nuit.
C'était la phase sombre, et la photosynthèse
Étendait sa chimie, éternelle genèse.
Seul, le phosphate au bord de la crise de nerf
Trouva un RH2 (tout oxydé en R).
Lui aussi, esseulé à force de chimie,
N'était pas mécontent d'une présence amie.
Cet effectif réduit mit sa force en commun
Et créa du glucose. Un effort surhumain
(ou plutôt "végétal"), la synthèse organique !
Le phosphate céda, non pas à la panique,
Mais au profond sommeil, tout allant pour le mieux.
C'était sans compter sur les rayons lumineux.
La magie fut totale : avec de la lumière,
Le phosphate revint, attiré, vers son père.
L'énergie transcendait tous les quartz de son corps,
Et le ramenait vers ses deux frères plus forts.
Premièrement surpris, nos trois petits phosphates
Se serrèrent très fort, émus, entre leurs pattes.
Puis en réfléchissant, notre atome ébahi
Eut la crainte que l'R ne se sentit trahi.
Il l'avait en effet laissé seul tout à l'heure,
Comme si l'R n'avait compté que pour du beurre.
C'est dans se sentiment de culpabilité
Qu'il retrouva, comblé, l'R réhabilité
En RH2 complet ! Il oublia sa gêne
Et embrassa l'ami parfumé d'hydrogène.
Dans le ciel, les pigments verts et chlorophylliens,
Se gorgeant d'énergie, permirent à ces liens
De par l'oxydation se former de plus belle.
Hélas ! Revint alors l'attitude rebelle
Au sein de la fratrie ; et les trois belliqueux
Reprenant leur conflit, leur papa ne put que
Les séparer encore ; à nouveau la nuit plate
Entendit résonner les sanglots du phosphate.