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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Paul

Auteur Sujet: Paul  (Lu 3001 fois)

Jon Ho

  • Invité
Paul
« le: 23 Octobre 2013 à 11:39:14 »
Ce passage s'inscrit dans un ensemble de textes comprenant entre autre Anorexia Nervosa. On peut y suivre la vie de Paul, amnésique et alcoolique, et ses pensées/réflexions sur le monde qui l'entoure.

Bonne lecture




Je suis un pur rebelle, j'ingurgite au goulot des litres  et des litres de javel. J'aime bien les infirmières des urgences, leurs robes sexy souvent pleines de sang et les Valium qu'elles glissent en pagaille sur mes ordonnances. J'ai pas vraiment de cerveau. Je vois pas bien l'utilité de sculpter la courbe des mots dans un univers sans alphabet. Quand je m'ennuie, que la pluie cogne aux carreaux ou dans mon ciboulot, je mutile mon corps malade avec des petits bouts de vers pilés récupérés sur les cadavres de mon alcoolisme. Mon médecin ne veut plus que je picole, mais quand j'avale quelques cachetons sous une généreuse rasade de sky, le monde entier se met à fondre. Je deviens si fort, si puissant et invincible que le futur s'ouvre devant moi. J'arrive à deviner par exemple que quand ma bouteille sera vide, j'irais en racheter une. Et le plus dingue c'est que ça se produit à chaque fois.

Un peu perdu dans l'incohérence d' un trip en bad, je cours comme un taré sans jamais avancer.

J'ai parfois du mal à comprendre ce qui m'entoure et me sert d'horizon. Toute cette agitation, ce vacarme, ces mouvements de va-et-vient répétés à l'infini m'encourage dans mon inertie. J'ai, par moments, une furieuse envie de me pendre. Pas pour les délices strangulatoires du nœud coulant mais pour imprimer à mon corps un mouvement de balancier. Mon saut dans le vide et ses multiples inconnues face à vos interminables trajectoires sans surprises. En plus, ça prouverait à mon médecin que je ne suis pas un sale trouillard comme il a l'indélicatesse de me le reprocher si souvent. Oui, j'attends que le bonhomme soit vert avant de traverser, je vérifie une dizaine de fois que le gaz est bien coupé, je flippe quand le soleil transperce un nuage et projette mon ombre sur le trottoir. Mais le jour où je serais prêt, je regarderais la mort bien en face et je lui tendrais les bras.

Bien paumé dans une existence falsifiée d'onirisme, je fonce à toute allure vers mon prochain cauchemar.

Le corps médical me range dans la case cinglé. Un compartiment hermétique où des gens avalent leurs langues, se prennent pour dieu, Hitler voire les deux à la fois. Il y a aussi des groupes de fous furieux qui sont capables, en une seule nuit, de réduire à néant la population d'un petit village. Si mon Body art et mes scarifications sont perçues comme une perturbation mentale, alors soit, j'avalerais du Tranxen jusqu'aux portes du cimetière. Je me permets cependant de penser que la vraie folie est plus anodine et passe partout. Celui qui prend sur trente ou quarante ans un crédit astronomique, pour une maison clonée sur celles des voisins, dans un cheptel pavillonnaire  est à mon avis bien plus dérangé que moi. Il se noie dans la masse et pense passer inaperçu mais moi je le vois, aussi gros que le nez de Cyrano au milieu d'une figure.

Totalement largué au milieu d'un défilé métronomique, les jours passent et me dépassent.

Je tente en vain d'y imprimer les preuves de mon passage mais l'encre de ma vie est trop délébile et n'adhère pas vraiment. Quelques traces illisibles en guise de SOS, au mieux le début d'une montée d'angoisse, des pattes de mouches grotesques là où j'aurai besoin des griffes d'un aigle pour attraper les secondes et percer leurs secrets. Quand ça devient trop flou, je me sers un grand verre d'eau que j'avale sous un camaïeu de pilules neuroleptiques. Et tout de suite ça va mieux. Les infirmières à tête d'horloges cavalent après l'aiguille des heures, la rattrape et me la plante dans un bras gonflé de veines sinueuses. A chaque delta, mes fleuves sanguins accueillent une foule globuleuse venue saluer les bateaux de morphine en partance pour le cerveau. A destination il sera trop tard, mon inertie deviendra pathologique et je fermerais une nouvelle fois les yeux pour ne plus pleurer qu'à l'interieur.



« Modifié: 23 Octobre 2013 à 11:50:18 par Jon Ho »

Hors ligne Miromensil

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Re : Paul
« Réponse #1 le: 23 Octobre 2013 à 18:09:04 »
Bonjour Jon Ho,

sacré bonhomme, quand même..Ca m'a fait penser à bcp de choses. Beau lyrisme noir je trouve.

A quand des anges ébènes et un paradis infernal :p

Dsl pour le peu de pertinence de mon commentaire, mais merci pour la lecture

Jon Ho

  • Invité
Re : Paul
« Réponse #2 le: 23 Octobre 2013 à 18:39:21 »
Le paradis...
Pourquoi pas...

Merci pour ton com'

Hors ligne Murphy Yamon

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Re : Paul
« Réponse #3 le: 23 Octobre 2013 à 19:48:04 »
Une magnifique noirceur, c'est tout ce qui me vient à l'esprit après avoir lu ton texte. Ça frôle à chaque fois une certaine limite que je n'aime pas trop : celle du lyrisme "trash" ou je ne sais pas comment on peut appeler ça (peut-être as-tu une idée de ce que je veux dire) mais, pour le coup, la limite n'est jamais franchie et ça rend d'autant plus fort le tout.

Si vraiment je devais faire mon chieur, je dirais que la toute première phrase me parait bizarre. Je ne vois pas trop le lien entre tout le reste et l'idée d'être rebelle (sauf s'il faut le comprendre dans le sens "pas comme les autres"). M'enfin, c'est plus histoire d'en discuter que de faire réellement une remarque utile.  :/ D'autres qui sont plus à ton niveau auront sans doute des choses plus pertinentes à dire que moi, qui traine loin derrière pour l'instant.  :)

Jon Ho

  • Invité
Re : Paul
« Réponse #4 le: 24 Octobre 2013 à 08:33:16 »
En fait je voulais partir sur un texte racontant l'histoire de ces rébellions adolescentes pleines d'acné et de colères imbéciles. Ça s'est transformé mais j'ai voulu garder la première phrase que je trouve marrante.
Le gars est tellement rebelle que ça l'amène à faire des choses complètement débiles. Mais finalement c'est juste pour devoir subir un lavage d'estomac et aller se rincer l'œil sur les cuisses des infirmières.

Merci pour ton com´ Murphy

Hors ligne Vivi

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Re : Paul
« Réponse #5 le: 27 Octobre 2013 à 04:41:35 »
Je kiff encore et encore :coeur:

J'aime quand les mots et les idées se fondent dans un tel lyrisme. Certains passages passeraient très bien en poésie. Le petite phrase entre les paragraphes est sympa aussi, le fond et la forme sont excellents. :coeur:

Citer
Je deviens si fort, si puissant et invincible que le futur s'ouvre devant moi. J'arrive à deviner par exemple que quand ma bouteille sera vide, j'irais en racheter une. Et le plus dingue c'est que ça se produit à chaque fois.
XPTDRR  :viviane: :viviane:
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

Hors ligne Musyne

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Re : Paul
« Réponse #6 le: 27 Octobre 2013 à 06:51:43 »
Bonjour Jon,

J'ai trouvé quelques petites erreurs de temps/accords, ça te fera une première correction pour le recueil ;)

Citer
j'irais en racheter une - j'avalerais du Tranxen -  je fermerais une nouvelle fois
Tout à mettre au futur.

Citer
m'encourage
Citer
la rattrape et me la plante
Pluriel, m'sieur !

Citer
Mais le jour où je serais prêt, je regarderais la mort bien en face et je lui tendrais les bras.
Tout à mettre au futur.

Citer
où j'aurai besoin des griffes
Là, au conditionnel :D

J'ai apprécié la lecture de ce récit. Je trouve que les réflexions du personnage, alors que tu le présentes comme camé et tutti, sont très sages finalement. Sa vision parait décalée, mais si l'on excepte le filtre imposé par son état, il a tout du philosophe ;) Les images sont belles, l'écriture est fluide. C'était très chouette, merci :)

Ah si, j'ai une question :

Citer
je mutile mon corps malade avec des petits bouts de vers pilés
C'était vraiment "vers" que tu voulais mettre ou c'était "verre" ?

Jon Ho

  • Invité
Re : Paul
« Réponse #7 le: 27 Octobre 2013 à 09:30:50 »
Pour les bouts de VERS pilés, c'est sûrement que Paul est un peu poète et préfère pratiquer son art sur sa peau que sur une feuille... ;)

Hors ligne Baptiste

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Re : Paul
« Réponse #8 le: 27 Octobre 2013 à 15:14:43 »
SAlut

Citer
Je tente en vain d'y imprimer les preuves de mon passage mais l'encre de ma vie est trop délébile et n'adhère pas vraimen
J'adore


Bon c'est hyper chouette. Pas grand chose de constructif à  dire. Je crois que je suis vraiment fan de ta série "Amnesia"

Merci pour ce texte
Au plaisir

Jon Ho

  • Invité
Re : Paul
« Réponse #9 le: 29 Octobre 2013 à 07:52:19 »
Le problème avec les textes de la série Amnesia c'est que c'est tellement, à la base, bien entamé du bulbe que je vais avoir du mal à pratiquer un crescendo de démence. Paul est trop cramé pour que je lui en rajoute sur la gueule.
La seule solution serait d'écrire à l'envers, de visiter son passé.

Hors ligne PaulineC

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Re : Paul
« Réponse #10 le: 29 Octobre 2013 à 10:58:33 »
Salut!

Aloors pour commencer, je veux bien que Paul soit dément mais de là à voir ça...
Citer
J'aime bien les infirmières des urgences, leurs robes sexy souvent pleines de sang
A moins qu'on soit au milieu des années 50', les infirmières ne portent plus de robes, et contrairement à ce qu'on pense, les urgences ne sont que rarement ensanglantées... Bras cassés, bébés fiévreux... Les infirmières qui s'occupent de mecs bourrés comme ça, qui les lavent avec leurs petites mains dégoûtées, elles ne vont pas en salle d'op'.

A part ca j'aime bien le dernier paragraphe, très stylé. Les deux premiers sont moins bien, j'ai moins accroché. En fait je pense que ce qui est dur c'est qu'il manque une part d'intrigue. Si tu rajoutais par exemple un personnage secondaire, comme une infirmière à une caractéristique particulière, qu'on suivrait un peu, ça rythmerait le récit je pense. Cas le lieu, le personnage existent, on voit en gros la situation mais... "et ensuite?"

Voilou c'est mon opinion, tu maîtrises bien le style que tu choisis de développer cal dit, et c'est tout à ton honneur!

P.
*"Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre." Zola*

Jon Ho

  • Invité
Re : Paul
« Réponse #11 le: 29 Octobre 2013 à 11:30:10 »
Je suis assez d'accord avec toi concernant les infirmières dans le monde réel. C'est juste que là, dans le monde imaginaire de Paul, les infirmières ressemblent plutôt à celles de Silent Hill qu'à de vraies fées d'hôpitaux.
Dans des cas de psychose délirantes, les hallucinations sont courantes. Il faut bien faire la différence entre les choses rationnelles que tu vois et les inventions de l'esprit d'un gars comme Paul. On pense trop souvent que les hallus c'est que sous champis...
En psychiatrie, quel que soit la ville où se trouve le centre, il y a toujours un Jésus ou un Adolf. Et au delà de ce délire de personnalité, il y a les voix imaginaires, les gens qui se transforment et tout un système de perception qui se met en place pour alimenter de preuves indéniables pour le patient de la véracité de son dédoublement.

Paul est peut être même en Septembre 1955. Dans un hôpital que son imagination lui a construit, à une époque qu'il ne connait pas et qui mélange allègrement reportages télé sur l'après guerre et inventions personnelles.

C'est ce que j'aime chez les esprits "dérangés". Cette capacité presque spontanée à créer des choses insensées toujours au delà de l'absurde

Hors ligne PaulineC

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : Paul
« Réponse #12 le: 29 Octobre 2013 à 12:27:54 »
Le personnage fou, ou comment un auteur peut tout écrire sans restrictions! :)
*"Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre." Zola*

Jon Ho

  • Invité
Re : Paul
« Réponse #13 le: 29 Octobre 2013 à 12:51:18 »
C'est un peu ça... ;)

Hors ligne pierrot

  • Tabellion
  • Messages: 32
Re : Paul
« Réponse #14 le: 29 Octobre 2013 à 14:56:49 »
Citer
Quand ça devient trop flou, je me sers un grand verre d'eau que j'avale sous un camaïeu de pilules neuroleptiques
Citer
Le problème avec les textes de la série Amnesia c'est que c'est tellement, à la base, bien entamé du bulbe que je vais avoir du mal à pratiquer un crescendo de démence

C'est dommage pour l'eau ça casse le côté trash (je rigole).  Ton personnage peut encore monter en intensité. Il reste sage avec les infirmières et ne fait du mal qu'à lui même. Pourquoi pas torturer une vieille voisine, vendre des parties de son corps à un trafic d'organe pour avoir une dose, vomir sur un bébé dans un landau après une cuite ....
Je dis ça mais je n'ai pas lu la série,  juste ce texte  . La série est barrée à quel point?
Sinon j'aime bien, surtout si au départ t'as décidé de donner dans, je te cite,  "l'histoire de ces rébellions adolescentes pleines d'acné et de colères imbéciles"


"Libérez les moules du bassin d’Arcachon!"
« Modifié: 29 Octobre 2013 à 14:58:34 par pierrot »

 


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