Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

05 Juillet 2026 à 01:11:38
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » En Afrique

Auteur Sujet: En Afrique  (Lu 1210 fois)

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
En Afrique
« le: 25 Septembre 2013 à 08:01:02 »
Texte 31 !
Souvenirs du Gabon.

Elle attend.
Elle attend sous le soleil écrasant de l'après-midi.
Elle est accroupie, au bord de la route et les puissants 4 X 4, à chaque passage, soulèvent un nuage de latérite qui se prend dans ses cheveux tressés.
C'est la saison sèche : elle ne risque pas d'être éclaboussée par les conducteurs qui, derrière leurs vitres fumées, derrière leurs lunettes aux verres fumés,  ne semblent même pas l'apercevoir.
Devant elle, le plateau en fer bosselé, recouvert d'un tissu sombre au bord effrangé est posé à même le sol rouge.
Toute sa richesse du jour.
Quelques noix de cola, des arachides aussi qu'elle a achetés ce matin au marché.
Elle s'est mise en route peu de temps après l'aube. Elle a marché sur la piste pour rejoindre la grande route bitumée. Elle s'est postée sur le bord et a hélé un taxi blanc et rouge.
Elle est montée traversant le flot ralenti de voitures à l'approche du feu. Son enfant dans les bras.
Elle l'a partagé avec d'autres femmes, elles aussi mères, elles aussi vendeuses au coin de la rue.
Elle s'est assise dans la chaleur, étouffante malgré l'heure matinale, dans le vacarme de l'auto-radio et des klaxons incessants de ceux qui s'impatientent dans les bouchons. Elle a dû descendre du taxi, en reprendre un autre et à chaque carrefour, elle a regardé ceux qui s'installent sur le bord, vendeurs à la sauvette de bouteilles d'eaux, de sacs de bissap, berlingots à la couleur intense, de fruits ou de poissons. Des hommes remontent les files de voitures, agitant, au bout de leur bras tendus, leur marchandise : cartes de téléphone, journal local, paquets de mouchoirs .
Descendue en toute hâte à l'entrée du marché, se dégageant des palabres entre une veille femme et un taximan, elle s'est procuré de quoi manger : folon, poisson séché, foufou manioc et ce que contient ce petit plateau posé là, maintenant,  à ses pieds.
L'enfant était alors dans son dos. Une fillette en âge de marcher, tresses qui s'enroulent sur son crâne. L'enfant dormait malgré le chaos du marché. Malgré les cris, les ts-ts énervés des jeunes garçons qui poussent des brouettes de légumes dans les allées défoncées du plus grand marché de la ville.
Son enfant est toujours dans son dos, elle s'est accroupie.
C'est une magnifique petite fille aux yeux noirs. Elle attend patiemment. A-t-elle déjà compris qu'il lui faut être sage, rester tranquille, contre les épaules rondes et satinées de sa mère, bien serrée dans le pagne. Dans le silence des mots et le vacarme des voitures.
A-t-elle compris qu'il en va de leur survie ?
Elle aussi, comme sa mère, attend que vienne la nuit et le chant des grenouilles pour retrouver la chambre qu'elles occupent dans une maison partagée avec d'autres familles.

Hors ligne PaulineC

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : En Afrique
« Réponse #1 le: 25 Septembre 2013 à 08:31:38 »
Bonjour!

Donc, premières impressions: des images qui plongent le lecteur dans l'ambiance du récit... mais parfois un peu de flou. Peut-être est-ce voulu?
Je ne sais pas à la sortie de ce texte qui est cette femme, son travail, ni pourquoi elle prend le taxi...

Poétique et intriguant, voilà comment je qualifierai ton texte, mais je pense qu'en clarifiant certains points il serait meilleur, notamment quant au rôle des personnages, au-delà de la mise en ambiance...
Enfin, ton but en écrivant ce texte semble avant tout de donner des "impressions" je pense, pas autant que de raconter une histoire... Un peu comme un impressionniste... des touches, des notes de couleurs; sans révéler le coeur de l'affaire. Mais du coup on est un peu perdus, car on ne voit sûrement pas la même chose que toi.
*"Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre." Zola*

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : En Afrique
« Réponse #2 le: 26 Septembre 2013 à 14:01:53 »
Bonjour PaulineC.
J'ai réfléchi à tes remarques. je crois que je visais tant à l'universel, que j'en étais devenue absconse !
J'ai repris le texte. Je l'ai corrigé. J'espère qu'il fonctionne mieux.

Merci de ton aide !

Elle attend.
Elle attend sous le soleil écrasant, 15 h.
Elle est accroupie, au bord de la route et les puissants 4 X 4, à chaque passage, soulèvent un nuage de latérite qui se prend dans ses cheveux tressés.
C'est la saison sèche : elle ne risque pas d'être éclaboussée par les conducteurs qui, derrière leurs vitres fumées, derrière leurs lunettes aux verres fumés,  ne semblent même pas l'apercevoir. Cerains d'entre eux sont encore engourdis de leur sieste. Ils retournent au travail.
Devant elle, le plateau en fer bosselé, recouvert d'un tissu sombre au bord effrangé est posé à même le sol rouge.
Il contient toute sa richesse du jour.
Quelques noix de cola, des arachides qu'elle a achetés ce matin au marché, à Montbouët.
Elle s'est mise en route. Peu de temps après l'aube, elle a quitté les faubourgs de Libreville où elle habite. Elle a marché sur la piste pour rejoindre la grande route bitumée. Elle s'est postée sur le bord et a hélé un taxi blanc et rouge. L'un d'eux a ralenti. Elle a traversé le flot ralenti de voitures à l'approche du feu et après un rapide échange avec le taximan, elle est montée à bord, son enfant dans les bras.
Elle s'est installée à l'arrière, avec d'autres femmes, elles aussi mères, elles aussi vendeuses au coin de la rue.
Elle étouffait dans la chaleur, malgré l'heure matinale, dans le vacarme de l'auto-radio et des klaxons incessants de ceux qui s'impatientent dans les bouchons. Elle a dû descendre du taxi, en reprendre un autre. Elle connaît le nom de chaque carrefour et dans sa tête, elle maîtrise la carte de ce réseau extravagant et informel.
Elle a regardé, la tempe contre la vitre, ceux qui s'installent sur le bord : vendeurs à la sauvette de bouteilles d'eaux glacées qui perlent de rosée, de sacs de bissap, berlingots d'un grenat intense, de fruits ou de poissons. Certains s'abritent sous des parasols défraîchis.
 Des hommes remontent les files de voitures, agitant, au bout de leur bras tendus, leur marchandise : cartes de téléphone, journal local, paquets de mouchoirs .
Descendue en toute hâte à l'entrée du marché, se dégageant des palabres entre une veille femme et un taximan, elle s'est procuré de quoi manger pour elle et sa fille : folon, poisson séché, foufou manioc et ce que contient ce petit plateau posé là, maintenant,  à ses pieds.
L'enfant était alors dans son dos. Une fillette en âge de marcher, tresses qui s'enroulent sur son crâne. L'enfant dormait malgré le chaos du marché. Malgré les cris, les ts-ts énervés des jeunes garçons qui poussent des brouettes de légumes dans les allées défoncées du plus grand marché de la ville.
Elle a refait le chemin presque à l'envers et, même bords de route, même changements, innombrables taxis rouges et blancs. Elle s'est installée quand le quartier grouillait d'enfants en uniformes sur la route de l'école, de ménagères se rendant au travail...
Elle est maintenant accroupie, son enfant est toujours dans son dos.
C'est une magnifique petite fille aux yeux noirs. Elle attend patiemment. A-t-elle déjà compris qu'il lui faut être sage, rester tranquille, contre les épaules rondes et satinées de sa mère, bien serrée dans le pagne. Dans le silence des mots et le vacarme des voitures.
A-t-elle compris qu'il en va de leur survie ?
Elle aussi, comme sa mère, attend que vienne la nuit et le chant des grenouilles pour retrouver la chambre qu'elles occupent dans une maison partagée avec d'autres familles.
Elles dormiront serrées l'une contre l'autre et demain, entreprendront ce même périple, d'un bout à l'autre de la ville pour quelques CFA.

Hors ligne PaulineC

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : En Afrique
« Réponse #3 le: 26 Septembre 2013 à 18:14:56 »
Oui je pense que c'est déjà plus clair!

J'ai toujours du mal avec "Elle a dû descendre du taxi, en reprendre un autre. Elle connaît le nom de chaque carrefour et dans sa tête, elle maîtrise la carte de ce réseau extravagant et informel."
Je vais te poser les question que je me pose: pourquoi prendre le taxi? pourquoi plusieurs? on peut être nombreux dans ces taxis... ils ne sont pas ordinaires? sont-ce des camions?
Ensuite, quel réseau "extravangant et informel"? et qu'est-ce qui le rend si particulier?

Et quant à tes choix pour la structure: pourquoi faire apparaître l'enfant si tard? On sait déjà que la femme est partie de chez elle, a suivi une piste puis a pris la grand route...

Encore une chose qui m'avait échappée :  "et, même bords de route, même changements, innombrables taxis rouges et blancs." Même si tu utilises beaucoup les formes de phrases sans verbe, chose qui va dans un texte impressionniste comme le tien, ici la brieveté est moins naturelle...

Pour finir, je te conseillerais aussi de bien re-vérifier la ponctuation, notamment pour les virgules... Et pourquoi pas encore deux trois éléments de "voir, sentir, entendre"? > l'odeur du carburant, le silence sur la piste en compraison avec le vacarme de la circulation, le physique d'un ou l'autre personnage (taximen, vieille femme)...

Je ne veux pas paraître vouloir tout changer, au contraire! mais je trouve que l'ambiance de ton texte est propice à plus de détails descriptifs, au-delà des impressions... Il y a quelque chose qui me touche dans cette histoire :)
*"Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre." Zola*

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : En Afrique
« Réponse #4 le: 26 Septembre 2013 à 20:20:15 »
Je suis ravie de voir que tu as pris le temps de relire ce texte.
Avant de le reformuler , je vais t'expliquer. A Libreville, les africains et quelques expats ( un peu téméraires) prennent des taxis. Ils ne sont pas individuels. Tu les hèles, tu négocies la course. En fait, le taximan te dit jusqu'au il va ... Iai, charbonnages. Ce sont de gros carrefours. Tu peux t'arrêter avant. Si tu veux aller plus loin, il faut prendre une correspondance ! Chacun doit connaître sa route, c'est fou. Rien n'est écrit. C'est fou pour les blancs, pas pour les gabonais  ^^
C'est une course pour se déplacer dans cette capitale engorgée ...
T'expliquer cela me donne envié d'écrire des textes pour un carnet de voyage sur le Gabon.

Je vais prendre en compte tes suggestions ! Merci  :coeur:

Hors ligne PaulineC

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : En Afrique
« Réponse #5 le: 27 Septembre 2013 à 12:47:18 »
Ah ok je vois... Cette réalité m'était complètement inconnue!
Je crois que l'expliquer dans le texte serait utile car c'est une particularité que je pense peu de monde connait!
Si tu connais bien le Gabon, et que tu te sens capable d'en dépeindre un aperçu réel et authentique, je pense que tu dois te lancer. On se représente souvent le continent africain (je parle de l'Afrique centrale, subsaharienne, mais pas en-dessous du Congo) comme uni d'une culture presque la même partout, sans connaitre finalement les particularités. On a l'image qu'on voit des documentaires et du JT mais je crois que la littérature peut être une clef pour la découverte de ces particularismes!

Je ne peux que t'encourager dans ce projet naissant. Je relirai volontiers tes écrits! Car comme je n'y connais rien au Gabon... je pourrais te dire ce qui manque pour qu'on capte bien le paysage!
D'ores et déjà je te conseille d'appuyer dès lors plus sur les descriptions, le ressenti... car même si c'est mortellement cliché, les ambiances africaines ca plaît et ca fait voyager!
J'ai été deux semaines au Burkina Faso il y a maintenant trois ans et certains trucs me resteront en tête jusqu'à la fin de ma vie... les gens, les fêtes malgré l'ardeur du travail pour quelques francs CFA... C'est ca qu'il faut réveiller chez tes lecteurs, tout en leur rappellant que la réalité n'est pas seulement celle d'Arte et de France 5!

Au plaisir de te lire!



*"Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre." Zola*

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.015 secondes avec 23 requêtes.