J'ai revu et corrigé (je crois) la mise en page du texte qui laissait apparaitre des sauts de lignes intempestifs.*********
Nous étions allés sur les quais la veille du départ, voir se balancer les voitures au bout d'un filin accroché à une grue. La foule des futurs embarqués scrutait la manœuvre, la main en visière à cause du soleil levant. Chacun attendait de voir apparaitre dans les airs son propre véhicule et poussait des cris de joie et de soulagement suivis d'applaudissements, comme à l'atterrissage d'un avion, en le voyant redescendre lentement vers le bateau jusqu'à ce que celui-ci l'avale complètement.
Ce fut enfin le tour de notre voiture. Mais qu'avait-elle donc, à jouer les pendules ? Le pire, c'est qu'elle ne se contentait pas d'osciller, elle tournait sur elle-même comme une toupie. A un moment, ma mère qui me tenait par la main enfonça compulsivement ses ongles rouges dans la chair de ma paume. Mon petit frère beugla :
— Elle va tomber ! elle va tomber !
— Imbécile ! cria mon père
En un quart de seconde, la voiture dégringola de quelques mètres. mais enfin, elle était toujours suspendue, comme étaient suspendus nos souffles. La glotte de mon père fut prise de spasmes, ma mère me lâcha enfin la main pour s'étreindre la poitrine, et le frère vociféra :
— Ça y est ! Elle tombe !
Machinalement, mon père lui fila sans le regarder une calotte qui fit hurler l'oiseau de mauvais augure.Tant bien que mal, le véhicule reprit sa progression, lente et régulière d'abord, puis de façon rapide et saccadée. Le bras de la grue tourna et surplomba non plus le bateau, mais les quais. Mon frère n'osait plus commenter la scène. Comme une araignée au bout de son fil, la voiture pendait, immobile maintenant. L'émotion était à son comble. Le bras de la grue, dans une progression presque imperceptible, retrouva son axe et notre véhicule reprit sa valse en vrille.
Soudain, il se détacha du filin et vérifia sous nos yeux horrifiés le principe de l'attraction terrestre, mouvement qui se termina par un grand fracas. C'en était fait. Il était tombé.
Nos vacances étaient salement compromises. Elles tombèrent même carrément à l'eau. Elles se passèrent en démarches auprès de l'assurance, pour mon père, en longues réflexions philosophiques sur le sort, ou le hasard, ou des calculs de probabilité qui avaient fait tomber le malheur sur nous plutôt que sur quelqu'un d'autre, pour ma mère, et en gloriole pour nous qui avions l'occasion de raconter l'histoire à nos amis, avec force détails.