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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Social Mother Killer - (passage d'un roman au sein d'une colocation)

Auteur Sujet: Social Mother Killer - (passage d'un roman au sein d'une colocation)  (Lu 1124 fois)

Hors ligne Bukobar

  • Tabellion
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      Lucie s’avance vers moi. Elle se penche sur le canapé, y reste en appui ses jambes en l’air, se balançant d’avant en arrière, souriante et caressante : « Je peux te parler ? » - « Oui. » Je lui réponds avec cette délicatesse qui n’en est pas une. Ce qu’elle perçoit sans difficultés. Elle veut malgré tout faire la paix. Nous nous parlons donc par miroirs interposés. Nous sommes si doués elle et moi, si disposés, si simulés, si astucieux et audacieux à l’intérieur de nos calculs miroitants. Miroir, miroir, dis-moi lequel d’entre nous est le plus retors. Derrière mon écharpe tricolore, je tripote déjà mon discours, le plus court possible. Nous sommes pourtant encore bien bas au niveau de cette échelle que nous nous préparons à grimper. Nous allons faire bien mieux que tout auparavant dans cette maison. Pour le moment, elle prend ma température. Je l’écoute, sans moue, sans inattentions - plat et indéchiffrable. Ce qu’elle déchiffre très bien. En elle, ses attitudes, ses inflexions, tout s’excuse - pour son attitude passée. Cette énième fuite dont elle avait fait preuve avec tant de vélocité. Allez, on oublie, comprends-moi. Je pourrais lui demander ce qui ne va pas avec Jean pour qu’elle réapparaisse ainsi. En moi, toute réceptivité s’est envolée, aussi sûrement que mes mécanismes les plus aguerris à la volatilité de nos comportements. J’aimerais être cet âtre ; moins fier, moins orgueilleux, moins âpre, moins sensible dans son insensibilité. J’étais fondamentalement laxiste - mais paradoxalement intraitable. C’était ma doctrine caractérielle. A cet instant, mon laxisme vertébré tient porte close. Je n’ai plus envie de composer avec les va-et-vient continuels de Lucie. J’accepte néanmoins d’écouter ce qui ne me concerne plus. J’acquiesce silencieusement à ce qu’elle me raconte. Cela doit la changer de ma souplesse ordinaire. Ayant saisi mes nuances muettes, Lucie se retire avec soudaineté obséquieuse. Ok, tant pis, alors. Si c’est comme ça. Oui, c’est ainsi. Tu me fatigues, Lucie. Je vais ensuite rejoindre les filles dans la cuisine. Stéphanie prépare quelque chose à manger, debout contre le plan de travail. C’est son buffet, son banquet, dont elle ne se déconcentrera d’aucune façon. Montse qui doit recevoir une cinquantaine de textos par jour, les épluche les uns après les autres. Si elle le pouvait, elle les classerait par ordre de grandeur. Décidée à ne pas se laisser désorientée par sa rupture, elle trouve là un appui grandissant. Lucie, roublarde, lui demande : « C’est qui Montse ? » - « Des amis. » Je relève : « Montse a beaucoup d’amis. » Elle réplique : « Hé, s’il te plait. » Lucie ayant pris du retard ces dernières semaines, tient maintenant à le rattraper. Nul doute qu’elle réussisse. Suite à notre conversation, pour elle je n’existe déjà plus, sinon dans les conventions de la maison. C’est de bonne guerre, je ramasse ma mise. Montse, accaparée pas ses textos, lui répond de manière décousue. Lucie, offensive et enjouée, la relance : « Un petit casse croûte pour ce week-end ? » Montse se désintéresse alors de ses textos : « Haha ! Oui, mais je ne sais pas qui choisir ! » C’est leur domaine et elles embrayent forts. Elles dissertent comme deux professionnelles renchérissant sur leur matelas d’argent. Ca vole haut dans les airs tandis que je rétrécis sur ma chaise. Je gratte derrière une porte tout en subissant leur métamorphose artificielle. Tant de légèreté apparente et de pleurs contenus. Voilà ce qu’il en est d’avoir une oreille en réceptacle. Vous assistez ensuite à ces passes d’armes virtuelles. Toute l’écume de ces minutes qui mentent en se donnant à voir. Je régurgite, une à une, ces petites arêtes. Eclats, rires, saillies. Toute cette surenchère orgasmique. C’est grossier, ordurier, diffamatoire. Je ne sais ce qui m’irrite le plus - Lucie qui se déplace sur son nouvel échiquier et qui excite Montse - ou Montse qui s’y complait avec tant de facilité. Chaque mot de Lucie est un signe en coin d’ornière qu’elle m’envoie. Je ne dis rien et absorbe. Le premier qui s’insurgera et voudra dire la vérité perdra la face devant les autres. Je finis par éclater de rire. C’est vrai qu’elles y ont du talent. Elles y mettent tant d’allant. Ce spectacle est si sérieusement épicé. Les morues dessalent : c’est le titre d’un livre de San Antonio, je crois. L’appétit vient en mangeant de cette mauvaise graine. Stéphanie, chaque jour, s’y abreuve. Les semaines passent, elle n’est plus si choquée, ni alarmée, juste surprise et curieuse. Elle boit ces paroles en s’en protégeant encore un peu. Lucie finit par demander ce que nous avons fait toute cette semaine. Je réponds, souriant : « J’ai fait le psy. » Les atermoiement douloureux, les affres amoureux de Montse. C’est à escient de ma part, cette remarque un peu perfide, afin d’introduire un peu de réalité à cette conversation. A ce moment-là, Montse grommèle et grince. Manquerait qu’elle élève le ton. Je me lève et ouvre le frigo. J’en retire une laitue dans son sachet plastique. Je l’éventre, la disperse dans mon assiette, l’assaisonne d’une sauce préparée. « Tu devrais rajouter des tomates. » m’assène Stéphanie. Bonne idée, mais l’effort me parait disproportionné quant au résultat. Je mélange donc ma salade. C’est à cet instant que la chose s’est produite, qu’elle a surgie et véritablement commencée. Montse, debout contre le plan de travail, épluchant ses légumes. Lucie assise devant moi, tournée sur sa chaise, évitant consciencieusement mon regard et indifférente à ma présence. Elle développe son élément propre, propice à circonscrire mes relents néfastes. Messages, attitudes codées, auxquels je ne réponds pas, demeurant dans mon inertie non belliqueuse. Le premier qui parle a perdu. J’accepte qu’elle me transmette sa désinvolture feinte. Lucie qui me sait capable d’avaler des couleuvres aussi longues que mon bras : « Tu dois dire les choses ! » - « Mais je n’ai rien à dire ! » Même si cela me bouffe de l’antérieur. Lucie, depuis son retour, est dans sa phase sure d’elle-même. Ce qu’elle incarne très bien, m’adressant au passage quelques piques subliminales. Tiens, celle-là est pour toi. Tout en demeurant inaudibles pour les autres. Elle est revancharde. C’est le jeu normal,  je ne m’en alarme pas. J’ai déterré le premier notre hache incestueuse. Montse fait des allers-retours entre le plan de travail et la table. Lucie, assise, attrape son bras, lui demande ce qu’elle prépare. Montse qui revient vers la table, Lucie agrippe cette fois une hanche. Au fil de ces allers-retours, la main baladeuse de Lucie, décomplexée, joueuse, amicale, déguisée, finit par arpenter une bonne partie de toute cette surface. Montse participe en souriant, se laissant déplier, ausculter. Elle rit, se tortille, sans se douter une seule seconde. Lucie, rit, lorgne, darde, observe, absorbe de ses yeux perçants. Ancrée dans son artifice ludique, elle enveloppe, caresse, s’imprègne, dissimule. L’agilité de ses mains sont si aigues et crochues. Ses petits yeux harnachés sont si veloutés et charnus. Cet animal espiègle est donc si animé. Je la regarde se renverser d’un rire sonore. Pas une seule seconde, pendant cette heure-là, elle ne me regarde. Si tu crois que je ne m’étais pas rendue compte de ton manège avec Montse, semble-t-elle me dire. Lucie qui passe maintenant sa main sur la nuque de Montse, prenant la mesure de cet édifice. A la lueur projetée de son regard, parcourant les surfaces nues de Montse, je la vois se propulser bien plus loin. Je commence à discerner où elle met la barre. Nous avions des objectifs communs et deux stratégies s’opposant. J’étais la tortue, elle le lièvre, sans que cela n’augure en rien de la fin. Son portable sonne, elle évacue la pièce pour répondre à Jean. Je regarde Montse, innocente, en verve, qui ne s’est rendu compte de rien. Durant l’après-midi, Montse reste plusieurs heures dans la salle de bain. Y résonnait sa voix atténuée et feutrée, exhortée et piquante, pleine de rondeurs s’entortillant. Bizarre impression. Qu’est-ce qu’elle foutait là-dedans. J’y percevais une vague odeur, scabreuse et entêtante. Intense spéculation. De plus, je n’entendais plus Lucie dans la maison. Ca n’était pas possible. Lucie ne pouvait être aussi rapide. Fin d’après-midi, Montse descend dans la cuisine. Sans préambule, je lui demande ce qu’elle fichait dans la salle de bain. « Je discutais avec un ami. » Elle m’explique alors sa présence dans la salle de bain. Son i phone posé sur le lavabo, elle-même positionnée dans un coin de la baignoire. Nue, jambes ouvertes, devant l’objectif de son téléphone portable. A l’autre bout de cette scène, à Madrid, un type qu’elle connaissait d’Internet, qu’elle n’avait vu qu’une fois. Ils s’y renvoyaient une image similaire de leur corps s’actionnant. Je lui dis : « Tu perds pas ton temps. » - « Je vais pas me suicider. Maintenant je m’amuse. » - « C’est pas ce que tu faisais auparavant ? » Elle éclate de rire et me regarde : « Tu veux voir la vidéo ? » - « Allez. » Stéphanie s’insurge : « Hé, mais ça va pas, Montse ! Tu lui montres pas ça ! » - « Et pourquoi, je fais ce que je veux ! » Je renchéris : « Je ne vais pas être choqué, Stéphanie. » - « C’est pas la question ! On a dit pas de sexe entre colocs ! » - « C’est pas du sexe, Stéphanie. » Stéphanie, ahurie et saisie, s’écarquille et se raidit devant cette obscénité qui vient. Elle me dévisage avec cette absence totale de complaisance, si transparente chez elle. Elle s’offenserait si je la regardais moi-même de cette façon. Je sais que Stéphanie me trouve moche. C’est comme un petit éclair récurrent dans sa tête. Mais qu’il est laid, dieu qu’il est laid. Entre personnes non véritablement dotées par la nature, cela devrait resserrer ce lien amical entre nous. Pourtant. Je me penche sur l’i phone de Montse qui fait partir la vidéo. L’écran est petit, mais je la vois assise sur le rebord de la baignoire. Elle est nue, ses jambes écartées, son dos collé à la paroi, malaxant ce que j’imagine être son clitoris. Elle est concentrée, appliquée, fixant l’objectif. J’essaie de distinguer la texture et la rotondité de ses seins. Puis sa main creuse cet entre-jambe si vaillamment ouvert. Quelle assurance, quelle dextérité, quel éclat des yeux. Mais surtout, quelle image. Elle éteint la vidéo : « Alors ? » - « Ca donne des idées, Montse. » - « Haha. » Stéphanie, ébranlée, écœurée, geint : « Franchement, franchement… » Montse, agacée, la reprend de volée : « Hé, Stéphanie, tu fermes la bouche ! » Cela fuse comme un ultime avertissement. Je regarde Montse : « Ca va finalement tes seins, pourquoi te plains-tu ? » - « J’ai 30 ans, je ne fais plus de monokini. » Tandis qu’elle se penche pour me montrer la naissance de ses seins, nous partons d’un rire gras qui se veut satisfait et égrillard. Je crois que Stéphanie va pleurer. Elle tente une dernière supplique : « On avait dit pas de sexe entre colocs… » Je me tourne vers elle : « Stéphanie, on plaisante. » - « Vous me faites halluciner. C’est abusé ce que vous faites. Vous ne respectez pas les autres… » Elle cesse de parler, essuyant  sa vaisselle. Lucie revient : « Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ? » Montse lui tend la vidéo. Lucie s’y penche et exulte : « Ouah, la sexy bitch ! T’es ultra bonne Montse ! » Les yeux fixes de Lucie qui engloutissent et s’étourdissent, en examine autant que moi les détails. J’ai un aperçu abrupt, profond, de ce qu’elle distingue. Elle pose sa main sur l’épaule de Montse qu’elle pétrit. « Hum, Montse. Tu me plais... » - « Haha ! » Lucie reste collée, penchée sur l’épaule de Montse. Où cela va-t-il nous mener. Stéphanie réitère : « Franchement, franchement… » Elle ne nous adressera pas la parole pendant une semaine, cherchant même une autre colocation, se ravisant après que Lucie et Montse lui aient parlée. Mais là, plus personne ne fait attention à elle, et nous restons un moment ainsi. Puis Montse me regarde : « Tu as commencé à écrire sur moi ? » Elle est fière me disant cela. Cela la rehausse à ses yeux. Quelqu’un écrit sur elle. Elle sait que j’écris un roman sur notre colocation. Ce que tout le monde ici sait, sans se soucier un seul instant des éventuelles retombées. Je suis juste ce type qui écrit un machin dans sa chambre, d’où cela ne sortira probablement jamais. Malgré cette probabilité, un doute m’étreint, d’un feu originel et tendu. J’observe Montse et la dévisage. J’ai déjà préparé mon petit mot. Je lui dis : « Je ne t’ai pas encore introduite, ni tout à fait pénétrée, du moins pas encore. Mais je pense que ça va venir. » Je ne sais si elle a vraiment saisi l’allusion, mais elle éclate de rire. Lucie me décoche l’un de ces regards vifs qui se détournent aussitôt. C’est à elle que je me suis indirectement adressée. Ca rit jaune sous sa cahute. Stéphanie qui ne percute pas, se morfond devant l’inanité grêlée de cette rase campagne. C’est la seule personne véritablement innocente au sein de cette assemblée. Elle n’a aucun goût, ni la moindre consistance, pour ces petits jeux pervers qui se terminent toujours mal. J’ai pu pensé à 20 ans que la femme était l’avenir de l’homme, dans la droite ligne du poète surréaliste soumis au réalisme soviétique. Belle et épique sentence romantique. La trajectoire de ma balle avait changé de direction depuis lurette, se fichant juste à côté - attendant par miracle le comblement de cet espace. Séduire peut être convaincant, être séduit est une toute autre manche. Derrière toute femme se cache un homme qui s’ignore - un rustre doublé d’une brute épaisse. Nous entrions enfin dans le vif du sujet. Mais imbus, indélogeables, ça c’est sûr, nous l’étions.

Hors ligne Milora

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Re : Social Mother Killer - (passage d'un roman au sein d'une colocation)
« Réponse #1 le: 06 juillet 2013 à 20:28:13 »
Salut !

Si je comprends bien, c'est un extrait de roman, que tu as posté ?
Si oui, c'est pas ici qu'il faut le poster, c'est dans les textes courts (ça comprend les extraits). Cette section-ci, c'est vraiment pour les novellas/romans qui sont postés en entier ;)

J'attends ta confirmation pour déplacer !
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Bukobar

  • Tabellion
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Re : Social Mother Killer - (passage d'un roman au sein d'une colocation)
« Réponse #2 le: 07 juillet 2013 à 03:32:46 »
Ok, tu peux le déplacer alors. C'est effectivement un extrait.

 


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