J'avais 777 mots à faire sur le thème "La fin du monde et après". J'avoue mettre creusé la tête et voilà le résultat. A vos commentaires...
New York, 26 février 2689.
Sans prendre la peine de s’annoncer, l’homme entra dans l’appartement. La pénombre régnait dans le vestibule encombré d’objets hétéroclites. Sans même un regard, il traversa la pièce et pénétra dans le salon où elle l’attendait.
— Bienvenu ange déchu, lui dit-elle en entendant son visiteur pénétré dans la pièce.
L’homme toisa la jeune femme d’un air suffisant et sans rien ajouter, prit place sur la chaise à haut dossier en face d’elle. Celle-ci était habillée simplement. Elle portait une robe droite de mousseline blanche et des sandales en cuir aux pieds. La seule chose qui pouvait surprendre était le bandeau qu’elle portait sur les yeux. Mais, rien ne pouvait surprendre son visiteur.
— Notre rencontre est écrite depuis la nuit des temps, reprit la jeune femme après un long silence.
— Tu sais pourquoi je suis là, Pythonisse. Alors, vas-y, je t’écoute.
— Pose tes questions, ange déchu et j’y répondrai, lui dit-elle d’une voix douce. Il n’est pas dans ma fonction de répondre à des questions que l’on ne m’a pas posées.
L’homme en face d’elle parut s’amuser de cette réponse et se détendit un peu. Assis dans ce fauteuil, il écrasait tout de sa présence, mais la jeune fille n’en avait cure. Elle attendait patiemment que son interlocuteur se décide.
Celle-ci n’eut pas beaucoup à attendre, mais il est vrai que la patience n’était pas la principale qualité de son visiteur.
— Après la fin, lui demanda-t-il, quel début ?
Cette question le hantait depuis que le monde était monde, mais à mesure, que le temps passait, cette interrogation devenait d’autant plus urgente que la fin du monde était proche. La terre était exsangue, ravagée par la pollution et les dérèglements climatiques. La hausse des températures avait d’abord engendré des bouleversements climatiques majeurs. Puis, la sécheresse et la faim s’étaient installées dans les pays pauvres provoquant d’importants mouvements de population. Il s’était ensuivi une guerre totale entre le nord et le sud. Pour finir, l’arme nucléaire avait été utilisée en masse. Toute cette souffrance, toute cette haine avaient fait de lui légal de son père.
— Mais à quoi bon puisque je suis incapable de voir l’avenir, se dit-il une fois encore.
C’est pour cette raison que Lucifer se trouvait dans cet appartement à attendre le bon vouloir de la Pythie. Cette rencontre avec l’oracle hellène était prévue depuis que le monde était monde. Mais, Satan l’avait reculé le plus possible, ne voyant dans ce tête à tête qu’un aveu d’impuissance.
— Après la fin, quel début ? répéta-t-elle pour elle-même. Après la fin, il n’y aura pas d’autres commencements, lui répondit-elle. Tes fils ont bien travaillé, ange déchu. Il ne restera rien de ce monde, que des ruines et de la poussière. D'autres après l’homme viendront, mais jamais ils ne plieront le genou devant toi. La fin de ce monde annonce ta propre fin.
Lucifer connut pour la première fois de son existence la peur. Lui, l’égal d’un dieu, ne pouvait pas disparaitre. C’était impossible. Et pourtant, la Pythie ne mentait pas. Elle ne mentait jamais. Après un long moment, Lucifer se leva et sans un regard en arrière quitta l’appartement.
Mont Olympe, 800 ans avant JC.
Une fois encore, Pandore regarda la jarre posée sur le guéridon en bois d’olivier.
— Comment cette petite chose pouvait-elle contenir autant de malheurs et de larmes ? se demanda-t-elle pour la énième fois.
La jeune femme se détourna de l’objet et regarda intensément Hadès, le dieu des enfers, son ami et amant assis non loin de là. La veille, il avait essayé lui-même de l’ouvrir, mais sans résultat. Seul, Pandore avait ce privilège. Personne ne pouvait prendre cette décision à sa place. Finalement, rongée par la curiosité, Pandore ouvrit la jarre et tous les maux de la terre se répandirent sur le monde des hommes.
Pétrifiée d’horreur devant les conséquences de son acte, la jeune femme ne vit pas son amant attraper au vol la connaissance et la remettre au fond de la boîte. Cette soif inextinguible de savoir ne corromprait pas tout, elle ne pousserait pas l’homme à se détruire et à détruire ce monde.
— Il n’y aura pas de nouveau début, se dit-il ironiquement, puisqu’il n’y aura jamais de fin.
Sans un regard en arrière, le maître des enfers quitta la pièce et s’en retourna en son royaume.

Héraclius