Voilà une tentative de correction de ce texte. Merci pour les conseils et les commentaires de chacun !
Ecrire le soir, dans une chambre étroite et mal éclairée, c’est l’ambiance de l’écrivain sexy que je me faisais. Rien de tel aujourd’hui. Les femmes et les hommes qui écrivent sont normaux. Les drogués à l’opium, marginaux, misanthropes et agoraphobes n’existent pas ; du moins pas chez les écrivains. Dommage, l’idée que je me suis faite de J.D Salinger me plaisait assez. Je tente moi-même de tendre à être un écrivain, mais je n’ai pas encore toutes les ficelles.
Aujourd’hui, il fait beau, les rayons du soleil tapent fort sur le toit de l'église. Cette église, depuis dix ans à côté de mon appartement. Il m'a fallu du temps, mais j’y suis allé. La porte est magnifique, un bois brun. Avant même de rentrer, l’odeur me rappelle le mélange de l’eau stagnante et des vieux tableaux. Je décide de faire le tour de la nef. La religion, chez moi, ne crée aucune forme de transcendance, ou du moins cela fait bien longtemps que je n’ai pas été traversé par le divin. Avoir la foi ? Je l’avais, mais c’est en la vie que je crois. Cette foi me permet d’avoir les mains solidement raccroché à celle-ci ; je veux vivre maintenant, le plus longtemps possible.
Devant une représentation chrétienne, rien ne me vient à l’esprit, rien du tout. La seule chose qui se passe dans mon esprit est ce besoin de description et d’analyse de chaque détail de ces œuvres devant lesquelles je passe. Ravissantes d’ailleurs pour des statues d’église de quartier.
C’est une fois assis sur un banc du fond que je commence à réfléchir. Dans mon esprit, en réalité se bousculent trop de choses non résolues, malgré la simplicité qu'il me plait de montrer. Ce sentiment d'inachevé m'anime depuis longtemps. Je me rends compte depuis un certain temps que mon incapacité à prendre des décisions devient pesante, gênante, étouffante. Et je m’aperçois que cette personne à côté de qui j’avais grandi et avec laquelle je m’étais construit, n’était en fait qu’un mensonge. Cette personne qui m’a permis de me bâtir et qui m’a permis de penser que je m’étais trouvé en tant que personne était un mythe. Une fable à cause de laquelle tout est à refaire. Aujourd’hui je suis un déchet nucléaire, rien n’est recyclable. Tout doit être enterré profond pour que jamais cela ne ressorte. Une véritable mise sous cloche. C’était ça ma vie.
J’étais petit mais je me voyais grand. Oui, grand comme un adulte. Je l’aimais éperdument. J’aimais l’amour d’une première amante. Je n’avais pas connu ce genre de sentiment, j’étais trop laid et trop timide avant.
Les premières caresses m'ont fait grandir de deux ans. Les mots tendres, sa capacité à être inquiète pour moi m’ont fait perdre un an de ma vie. Ma manière de m’inquiéter, j’en ai eu pour six ans de gâché. Rien que les bons moments, correctement comptabilisés, et je serais un vieux retraité. Sans n’avoir jamais travaillé, horreur ou bonheur, je n’aurais jamais pu le savoir. Et là, je ne parle que des bons souvenirs. Le meilleur est arrivé après. L’amour de l’amour m’a passé. Aujourd’hui encore la plus grosse erreur de ma vie a été de lui dire que tout ça ne me plaisait plus. La vie en rose, les surnoms crétins, les cadeaux chiants, m’avaient passés. J’ai pleuré, mille et une nuits. Et pendant mille et une nuits elle m’a menti pour me conserver à elle, rien qu’à elle, comme son objet. Elle a tant pleuré elle aussi. Elle a voulu mourir, elle a même essayé. L’apprendre m’a brisé. Ce soir-là, je me suis senti si vieux, incapable de tenir seul sur mes jambes, tremblant. Mais elle n’a pas réussi à mourir, c’était trop dur et ce n’étais pas vraiment ce qu’elle voulait. Ensuite, voyant qu’elle avait mon esprit entre les mains, elle a joué avec. Elle s’est plu à mettre ma naïveté face à toutes sortes de situations. J’ai tout cru, aujourd’hui encore j’écris ces lignes pour me persuader qu’elle a monté ce théâtre de toutes pièces. J’étais un homme, et me voilà redevenu un enfant, un mioche. Tout ce temps perdu, jamais je ne pourrais le rattraper. Alors j’ai vécu dans le déni. Tentant d’occulter totalement cette histoire de ma vie. J’ai créé un vide que jamais je ne pourrais remplir ; une véritable coquille dans ma tête. Alors il faut que cette salle vide se rebâtisse.