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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Stairway to hell

Auteur Sujet: Stairway to hell  (Lu 1786 fois)

Hors ligne LamEmm

  • Tabellion
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Stairway to hell
« le: 29 Avril 2019 à 17:17:24 »
[J'ai écrit cette nouvelle il y a une bonne quinzaine d'années, et je l'ai régulièrement retouchée pour la rendre publiable, ce qui fut fait il y a 4-5 ans dans un magazine de sport outdoor. Mais à chaque fois que je la relis, j'y vois des passages largement améliorables - rien que le titre d'ailleurs, un peu trop bateau à mon goût. Merci pour vos avis !]

L’orage

Depuis le cœur de la nuit, un orage considérable se déchaîne au-dessus du massif montagneux de la Chartreuse et des reliefs avoisinants. Ça gronde régulièrement : sol, murs et vitres tremblent lorsque le tonnerre résonne dans la vallée, les éclairs zèbrent de leurs zigzags d'une blancheur éclatante le ciel à intervalles irréguliers, la pluie tombe, parfois légère et presque inaudible, d'autres fois d'une lourdeur de plomb, frappant les surfaces avec un vacarme assourdissant. Les sources se gonflent, les ruisseaux enflent, les rivières deviennent obèses en quelques dizaines de minutes, elles qui, il y a peu, donnaient l'air de rigoles tout juste bonnes à étancher la soif des escargots de passage.

Vers quatorze heures, l'orage se calme, la pluie cesse, et j'entrevois même un morceau de ciel bleu entre deux formations nuageuses : l'heure d’aller se dégourdir les jambes a sonné ! Aujourd'hui, j'ai prévu de parcourir les mêmes sentiers qu'hier, soit une vingtaine de kilomètres assortis d'un millier de mètres de dénivelé, au départ de la maison, en bordure sud-ouest du massif de la Chartreuse. Au programme donc des sentiers peu fréquentés, des ravines, un peu de pierrier, une forêt épaisse, mais aussi de la piste forestière, du monotrace joueur... bref, tout ce qu'il faut pour contenter un coureur à pied qui aime évoluer au cœur de la nature.

Me voilà donc parti, sac au dos, et d'entrée les sensations sont très bonnes ; hier, j'ai effectué ce même parcours avec ma femme, et donc à un rythme relativement tranquille – n'y voyez pas de misogynie, mais côté course à pied, je suis indéniablement mieux doté qu’elle. Aujourd'hui, je décide de courir proche du maximum de mes capacités du jour. Les premières pentes sont avalées en courant, puis lorsque le pourcentage devient trop important, je passe en marche rapide. Le sol est boueux, glissant, le sentier parfois se transforme en ruisseau tellement les précipitations des dernières heures ont été abondantes. Chapelle du château, route forestière, Fôlatier, puis direction le Monastère de Curière via un sentier technique, parfois envahi par la végétation.

Après une dizaine de minutes de progression sur cette sente très caillouteuse, j'arrive à une section complètement ravinée : le sentier n'existe plus vraiment, emporté par des glissements de terrain et des éboulements. De l'eau s'écoule en petits filets de tous côtés, et j'imagine qu'une heure ou deux plus tôt, de véritables torrents dévalaient la pente. Prudemment, je m'engage dans la traversée et la descente des rus successifs, lorsque mon regard est accroché par une tache rouge sur ma droite, en contrehaut. Je m'en approche précautionneusement, et me rends compte en arrivant au pied d'une souche de taille respectable qu'un sac-à-dos, rouge donc, s'est accroché dans les racines.

Le sac-à-dos

Un peu étonné – et pour tout dire un peu inquiet –, je regarde alentours, mais rien ni personne. Je démêle donc les bretelles du sac de l'amas de racines – non sans mal, car visiblement le torrent qui coulait ici une heure plus tôt a fortement imbriqué le sac dans la souche – et me retrouve avec un sac-à-dos tout ce qu'il y a de plus banal. Il n’est toutefois pas en très bon état : la toile déchirée, les poches filets en lambeaux, une des bretelles sectionnée, les sangles effilochées, les parties métalliques rouillées... Le sac a clairement passé un bon bout de temps dehors, peut-être même tout l'hiver dernier. Il a dû être emporté par les pluies abondantes de ces dernières heures et abandonné ici par le flot puissant du torrent. Quant à son propriétaire, mystère...

La fermeture-éclair de la grande poche intérieure est ouverte, ce qui me révèle un contenu inexistant. L'arrière du sac est lacéré, laissant la poche « téléphone » béante, et elle aussi vide. Une des poches latérale, fermée par une fermeture-éclair, contient les résidus d'un papier d'emballage, une barre de céréales probablement. La poche ventrale droite a été arrachée, quant à la gauche, elle contient ce qui me semble être, à première vue, un lecteur MP3. Je vérifie le compartiment arrière qui contient une poche à eau standard, dont le tuyau a été sectionné à mi-longueur.

Cet examen complet dure tout au plus deux minutes, et bien entendu mille questions tournent dans ma tête : à qui appartient ce sac ? Depuis combien de temps est-il dans la montagne ? Qu'est-il advenu de la personne qui l'a perdu ? Aucun papier, aucune marque d'identification ne me permettent de déterminer quoi que ce soit concernant sa provenance. Je décide donc de le redescendre avec moi et d’aviser de retour à la maison. Je le glisse dans mon propre sac, ce qui ne pose guère de problème, le mien étant quasi vide, hormis mon matériel de premiers secours et une veste.

Terriblement intrigué par cette découverte, il ne se passe pas une minute sans que je pense à ce sac et à son propriétaire ; ainsi, sans m'en rendre compte, j'avale les centaines de mètres de dénivelé sans difficulté, et rentre à la maison avec plus d'une heure d'avance sur notre chrono d'hier. Une bonne douche plus tard – je suis rentré complètement trempé – et me voici de nouveau devant le sac. Je décide de prendre un peu de temps pour l'examiner avant d’éventuellement l’apporter aux autorités : de toute façon, vu les mois depuis lesquels il est perdu dans la forêt, il n'y a plus urgence, et vu la manière dont il a été maltraité par les intempéries, je ne vais guère effacer d'indices.

Comme je l'avais rapidement remarqué trois heures plus tôt, la toile est déchirée en de très nombreux endroits ; mais ce que je n'avais pas vraiment assimilé, c'est que certaines déchirures sont en fait très nettes et quasi parallèles, comme si elles avaient été produites par les griffes d'un animal. De même, le tuyau de la poche à eau est sectionné de manière vraiment nette, comme si c'était le résultat d'un coup de ciseau. Je suis presque certain que les intempéries et la maltraitance due au fait d'être charrié dans le lit d'un torrent n'auraient pu produire ces dégâts.

De nouveau je fouille toutes les poches, sans rien découvrir d'autre que ce que je confirme être un lecteur MP3. Il ne semble pas en très bon état : les parties métalliques sont rouillées, et les parties plastiques sont décolorées, les inscriptions toutes effacées. Il n'y a plus d'écouteurs, j'en déduis qu'ils ont été arrachés au fil du temps, sans doute coincés entre deux rochers, ou bien involontairement attrapés par une branche. Par curiosité j'appuie sur le bouton de marche/arrêt, et... bien entendu rien ne se produit. L'appareil est humide, et je suis sûr qu'il est fichu depuis au moins six mois. Toutefois, j'ouvre le compartiment à piles, qui s'avère, lui, plutôt sec. Étrange... enfin pas vraiment, puisqu'en l'observant de plus près, j'ai l'impression que ce lecteur est spécialisé pour le sport, et donc fait pour résister à l'humidité. Les deux piles, de type AAA, n'ont pas coulé, et semblent en bon état, juste complètement déchargées j'imagine. Je laisse le sac en plan et file à l'étage pour récupérer deux piles, mais bien entendu, nous n'en avons pas d'avance. Du coup je redescends au rez-de-chaussée et prélève deux piles dans ma frontale. Je suis tout excité : est-ce que ça va fonctionner ? Je place les piles, referme le compartiment, essuie l'appareil du mieux que je peux, puis j'appuie de nouveau sur le bouton marche/arrêt. Une lumière bleutée éclaire l'écran : youpi, il fonctionne encore !

Le lecteur MP3

Les inscriptions sur les touches ont été effacées par le temps, mais tous ces engins fonctionnent de la même manière, et pour quelqu'un comme moi qui baigne depuis tout petit dans la technologie, c'est un jeu d'enfant que de faire fonctionner le bazar. Un coup de « play » plus tard, j'entends une voix qui d'un coup me colle un frisson dans le creux du dos : le son est un peu étouffé, la voix basse, comme des chuchotements, et je ressens très clairement une forte impression de peur qui transpire et me gagne en moins de cinq secondes.

L'homme – car c'est bien une voix d'homme qui s'élève doucement dans ma véranda – n'a pas prononcé plus de sept mots – « je crois qu'ils sont après moi » – que je suis déjà bouleversé : moi qui m'attendais à découvrir la « playlist » d'un coureur – serait-il plutôt Noir Désir ou Pavarotti ? AC/DC ou Tonton David ? Metallica ou Jacques Brel ? –, me voici en face de ce qu'il me semble être les paroles d'une personne se sachant pourchassée. Mais d'où diable ce sac provient-il ?

Je regarde de nouveau le lecteur MP3, et m'aperçois que, comme le mien, il a une touche permettant d'enregistrer : l'appareil a donc également une fonction de dictaphone. Je m'imagine alors que son propriétaire, à qui il est arrivé un sale coup, a enregistré ses dernières impressions... Aurais-je trouvé le sac d'un disparu ? Et que lui serait-il arrivé ? Des animaux sauvages ? Un malfaiteur ? Mon esprit tourne à toute vitesse alors que dehors l'orage reprend : le ciel s'est soudainement obscurci et la pluie tombe de nouveau, cinglant les vitres de la véranda. Un instant j'aperçois mon visage qui se reflète dans la vitre : est-ce bien moi que je contemple, ou le disparu ? Je reste de longues secondes, hypnotisé par mon propre reflet, incapable de bouger, lorsqu'un coup de tonnerre claque dans l'air, faisant vibrer les murs de la maison. Dehors, il fait presque noir, alors qu'il n'est pas encore dix-huit heures. Je frissonne, et regarde le sac : que faire ? Emporter tout ça immédiatement à la Gendarmerie ? Et si j'écoutais encore un peu ce qui se cache dans la mémoire du dictaphone ?

J'opte pour la seconde option : après tout, ce truc est perdu dans la montagne depuis des mois et des mois, ce n'est pas une heure ou deux qui vont changer quoi que ce soit. Je me prépare un thé, puis je monte au deuxième, dans mon bureau, pour poursuivre l'écoute. La boisson brûlante me fait du bien, ainsi que la lumière crue de la lampe de mon bureau ; dehors l'orage se déchaîne, mais... c'est dehors. Ici, je suis bien, au sec, au chaud, en sécurité. Malgré tout, lorsque je reprends le lecteur MP3 en mains, un nouveau frisson me parcourt l'échine. J'ai peur de ce que je vais entendre : et si le type avait enregistré en direct son meurtre par un détraqué ?

L’homme

Je décide de vérifier qu'il n'y a pas d'autres enregistrements avant de reprendre l'écoute, et bien m'en prend : l'appareil contient en fait plus d'une vingtaine de séquences « musicales ». Je me place sur la première, puis lance l'écoute : la voix d'un homme, calme et posée, se met à me parler. J'écoute ce premier morceau, puis passe au suivant, puis au suivant, et ainsi de suite. Au fil de mon écoute et des minutes qui passent, je me surprends à regarder très fréquemment à l'extérieur, à essayer de deviner dans cette nuit noire qui enveloppe la maison quelles bizarreries pourraient se tenir ; et lorsqu'un éclair déchire la pénombre et révèle les contours rectilignes des bâtiments alentours, je ne peux m'empêcher de frissonner en attendant le grondement sourd qui résonnera aussi là-haut, dans la montagne. Sauf que dans la montagne, il n'y a pas de maison où se mettre à l'abri. Et qu'il y a des choses qui rôdent.

Je viens d'écouter le dernier enregistrement. J'ai pris vingt ans. J'ai froid, j'ai mal au crâne, et les courbatures générées par ma sortie et le fait que je sois assis, immobile, depuis plus d'une heure, paralysent mon corps. Je ne crois pas – je ne peux pas me permettre de croire – ce que j'ai entendu. Et pourtant cette voix, terrible, de plus en plus terrible, respire la sincérité. Et la peur bien sûr. Non, en fait, pire que ça : une espèce de terreur hallucinée, celle qui vous paralyse lorsque, tout gamin, en pleine nuit, éveillé par un cauchemar, vous venez de regarder sous votre lit, et que vous avez aperçu deux yeux rouge luisant d'une malveillance à l'état pur sur le visage de Chita, votre singe en peluche.

Je ne sais pas quoi faire de ce sac : mon envie la plus forte est d'aller le jeter immédiatement aux ordures. Ce qu'il représente n'a absolument rien de rationnel, et les Gendarmes n'auront de toute manière aucune idée de la façon de traiter cette affaire. Ils risquent même de me chercher des noises, comme si j'avais monté un canular... Mais oui : un canular ! Et s'il ne s'agissait que de ça en fait ? D'un type qui s'est dit « Tiens, on va rigoler un peu, je vais faire une bonne blague » ? Mais dans mon for intérieur, je ne crois pas un seul instant à cette possibilité. Je suis même presque sûr que si je faisais des recherches – je n'ai jamais fait ça, mais désormais avec Internet tout doit se retrouver – je tomberais sur une disparition inexpliquée, survenue l'année dernière, ou peut-être celle d'avant, dans les environs ; celle d'un randonneur, en vacances en Chartreuse... enfin, en Chartreuse... c'est ce qu'il croyait.

C'est décidé : je vais détruire moi-même le sac et le lecteur MP3. Je suis certain qu'il n'y a plus rien à faire depuis bien longtemps pour le malheureux, et de mon côté je préfère ne pas être mêlé à une affaire telle que celle-ci. Je préfère d'ailleurs ne plus y penser. Je crois aussi que je vais laisser passer un peu de temps avant de ressortir en montagne. Et puis bien sûr, jamais plus je ne m'écarterai des chemins balisés.

Il est plus de minuit. J'ai terminé la retranscription des paroles du malheureux. Je ne sais pas pourquoi j'ai décidé de le faire. Sans doute un hommage muet à cette victime du hasard. Je me dis que j'aurais pu être à sa place. Encore un frisson. Ce ne sera sans doute pas le dernier. Je jette un regard à l'extérieur : la nuit est calme, tout semble normal. Pourtant je sais que dans la montagne, vers l'est, quelques centaines de mètres plus haut, en bordure de la forêt, un sentier s'enfonce dans un ailleurs qui, lui, n'a rien de normal. Absolument rien.

Les 26 séquences

ENREGISTREMENT N°1
Voix calme, détendue, une voiture passe pas très loin
Cinquième jour de vacances, 3 h 45, parking de la Poste de Saint-Laurent-du-Pont. Objectif du jour : aller-retour d'ici (415 m d'altitude) à la Grande Sure (1 920 m). Je compte environ dix heures. J'espère observer au passage des chamois au lieu-dit « le Cul de Lampe ».

ENREGISTREMENT N°2
Voix hachée par l'effort, bruits de pas dans de l'eau
4 h 17, je viens de quitter une route forestière pour m'engager sur un sentier humide très pentu. La forêt est épaisse, une forte odeur d'humus monte du sol. Balisage impeccable.

ENREGISTREMENT N°3
Débit de paroles entrecoupé de pauses, comme pour reprendre son souffle
4 h 32, je viens de passer une zone très humide, envahie par les herbes hautes. Impression d'être perdu dans une zone subtropicale. La température est agréable, ai retiré ma veste, il fait presque chaud en montant.

ENREGISTREMENT N°4
Voix calme, mâchouillements
5 h 07, petite pause, j'avais faim. J'ai l'impression que le vent est en train de se lever : la cime des arbres s'agite de plus en plus. Je commence à sentir un peu les efforts de ces quatre derniers jours.

ENREGISTREMENT N°5
Respiration bruyante, brindilles écrasées par des pieds, vent dans les arbres
5 h 29, le vent souffle maintenant très fort, j'ai l'impression que ça tourne à l'orage, pourtant la journée était annoncée très belle, comme les précédentes. Le ciel reste fort noir, pourtant hier à cette heure-là, au-dessus de Grenoble, l'aube pointait déjà. Ma frontale donne des signes de faiblesse, j'espère que le jour va vite se lever.

ENREGISTREMENT N°6
De l'énervement perce dans la voix, rafales de vent dans les arbres, pluie crépitante
5 h 58, ça y est, il pleut, très fort. J'ai entendu à plusieurs reprises le tonnerre. Ça fait un vacarme terrible. Le vent a encore forci. Je me suis réfugié quelques instants sous un arbre énorme, un hêtre ou un charme, je ne sais pas trop. Il fait toujours très noir, et ma lampe n'éclaire plus grand chose. Si ça ne se calme pas, je redescends, tant pis.

ENREGISTREMENT N°7
Voix forte pour couvrir le bruit du vent, de l'eau qui tombe et qui ruisselle sur le sol
C'est une véritable tempête, j'ai l'impression d'être en train d'essuyer un ouragan en pleine mer ! J'espère que l'arbre va tenir bon ! Je ne bouge plus d'ici tant que ça ne s'est pas calmé !

ENREGISTREMENT N°8
Voix calme, eau qui s'écoule en tintant sur les rochers, chants d'oiseaux
Il est... heu... 6 h 42, la tempête est terminée. Elle s'est arrêtée soudainement, je n'avais encore jamais vu ça en pleine montagne. Le jour s'est levé, la lumière filtre à travers les branchages, c'est superbe : l'eau s'écoule de partout, des taches de soleil éclairent le sol détrempé, et je vois même des champignons pousser à vue d'oeil ! Je ne sais pas où s'étaient cachés les oiseaux, mais ils sont ressortis et réalisent un véritable concours de chant. Je repars à la montée, je ne devrais plus être bien loin du lieu-dit « le Cul de Lampe ».

ENREGISTREMENT N°9
Voix hachée par l'effort, pieds qui font glisser des cailloux
7 h 45, plus d'une heure que je suis reparti à la montée. Le chemin monte en lacets serrés et donc très raides. Des ruisseaux se sont formés un peu partout pour évacuer l'eau de l'orage. Des pierres ont dévalé de plus haut. Je fais très attention. Il n'y a plus de balisage, mais de toute façon le chemin est évident, et sans bifurcations. J’ai vérifié mon portable, mais il ne capte aucun réseau.

ENREGISTREMENT N°10
Voix inquiète, pas de bruit de fond
Il est 8 h 29, et le sentier monte toujours, en lacets rapprochés. Ça ne correspond pas à ma carte. J'ai dû me tromper plus bas, peut-être juste avant l'orage, quand il faisait noir ? Le jour est parfaitement levé, mais je n'ai pas de vue lointaine : la végétation m'environne de toutes parts. Mon altimètre m'indique 1 450 mètres, soit presque l'altitude du Cul de Lampe, 1 500 mètres. Je monte encore un peu.

ENREGISTREMENT N°11
Voix perplexe, pas de bruit de fond
Je ne sais vraiment pas où je suis ! Impossible de trouver la trace de ce sentier sur ma carte, et pourtant il est bien tracé, et bien caractéristique, avec ses lacets réguliers et rapprochés. Je suis à 1 800 mètres d'altitude maintenant, et toujours à flanc de falaise, entouré de végétation. Bon, il va bien finir par déboucher quelque part ce sentier, il semble qu'il y ait du passage dessus, en tous cas il n'est pas envahi par les herbes.

ENREGISTREMENT N°12
Voix hachée par l'effort, léger vent
Je pense que mon altimètre déconne, ça doit être à cause de l'orage et des différences de pression : il m'annonce 2 322 mètres d'altitude, alors que le massif de la Chartreuse culmine à un peu moins de 2 100 mètres. Et puis de toute façon je ne suis pas près de Chamechaude, le plus haut sommet du massif, mais plutôt dans le secteur de la Sure, qui culmine à 1 920 mètres. Pfff, saleté de matériel. Je continue à monter, mais cette fois le sentier n'est plus en lacets, il monte tout droit dans une forêt assez impressionnante, faite d'arbres tordus dans tous les sens, un peu comme des palétuviers. Ils se rejoignent au-dessus du sentier, formant comme une voûte naturelle, si bien qu'il fait de nouveau assez sombre. J'hésite à repartir en arrière, mais il n'est pas tard (9 h 53) et le sentier est vraiment bien tracé, sans bifurcations, je peux donc facilement retrouver mon chemin.

ENREGISTREMENT N°13
Voix inquiète, silence absolu derrière
C'est idiot mais je commence à avoir un peu peur, je n'ai vraiment pas la moindre idée d'où je peux me trouver. Mon alti ne s'arrange pas : 2 915 mètres. Mon portable ne capte rien de rien. Les arbres sont toujours là, le sentier qui monte de manière quasi rectiligne aussi. Le sol est un peu spongieux. Il y a un peu de brouillard maintenant. Par contre il n'y a plus d'oiseaux. Ni aucun autre animal, d'ailleurs, on dirait. Je crois que je ne verrai pas de chamois aujourd'hui.

ENREGISTREMENT N°14
Voix aigüe, proche de l'hystérie, silence complet derrière
Je... je ne sais pas quoi faire ! J'ai essayé de retourner en arrière en arrivant au pied d'une barre rocheuse où le sentier s'engageait, mais après une vingtaine de mètres le chemin s'est perdu au milieu des arbres. Pourtant il avait l'air bien tracé ! Je ne comprends pas ! Plus aucune sente, juste le sous-bois spongieux. Je n'arrive même pas à retrouver mes propres traces de pas, on dirait qu'elles se font avaler au fur et à mesure par le sol ! Et je n'ai pas envie de m'engager au milieu des arbres, leurs formes torturées me font peur. Je crois qu'il faut que je continue. Plus haut je finirai bien par voir où je suis.

ENREGISTREMENT N°15
Respiration profonde, voix d'apparence calme, le message se finit par un petit rire nerveux
Je suis dans la barre rocheuse, ça va, le sentier reste abordable, il n'y a pas de pas d'escalade à franchir. Le brouillard semble devenir un peu moins épais. Il n'y a plus de végétation. Je sens même le soleil qui réchauffe un peu l'atmosphère. Je sens que je vais bientôt déboucher, ouf. Peut-être même que je vais voir mes chamois ?

ENREGISTREMENT N°16
Voix hésitante, chevrotante, derrière on entend un fort courant d'air
Je... j'ai débouché de la barre rocheuse et... et du brouillard. Je...

ENREGISTREMENT N°17
L'enregistrement débute par quinze secondes de silence seulement troublé par une respiration hachée
Je suis sur une espèce de plateau, et à mes pieds du sud au nord-est – enfin c'est ce que me dit la boussole intégrée à l'altimètre – s'étend une mer de nuage à perte de vue. Pas moyen de me situer par rapport à l’absence de paysage. Côté sud-ouest, une montagne s'élève, à un gros kilomètre de distance je dirais. Le sentier continue vers elle. La montagne me fait penser aux Drus : sa verticalité me donne le vertige. Je ne vois pas son sommet, perdu dans les nuages. Mon alti m'indique 3 850 mètres d'altitude. C'est bien sûr rigoureusement impossible. Ma montre indique 16 h. Il faut que je trouve un moyen de redescendre d'ici.

ENREGISTREMENT N°18
Voix chevrotante, peu assurée, pas de bruit de fond
J'ai fait le tour du plateau par la droite, sans trouver d'autre chemin. J'ai l'impression que de l'autre côté ce ne sera pas mieux. Je me dirige vers la paroi rocheuse au sud-ouest.

ENREGISTREMENT N°19
Voix lasse, aucun bruit de fond
J'ai retrouvé le chemin, il monte en serpentant à l'assaut de cette nouvelle montagne. Il n'a pas l'air trop compliqué. Le soleil me semble encore haut, en tous cas la lumière est parfaite. Je préfère ne pas regarder vers le haut, la paroi me semble tellement verticale que j'ai l'impression que plus elle monte, plus elle s'évase. Je m'y engage, j'ai l'impression qu'il n'y a que ça à faire.

ENREGISTREMENT N°20
Voix parfaitement égale, comme si l'homme n'était pas concerné par ce qui lui arrivait
Je ne sais pas depuis combien de temps je monte. Bizarrement, je me sens très en forme, bien plus que quelques heures plus tôt ; si j'en crois mon alti, je monte encore à plus de 800 mètres à l'heure. D'ailleurs il m'indique 4 762 mètres d'altitude : pourquoi pas. Le sentier est un peu technique, mais jamais vraiment difficile. Par contre par moments il y a du gaz. En fait il contourne la montagne par la gauche.

ENREGISTREMENT N°21
Énervement total, vent modéré
C'est de la folie, je monte toujours ! Plus de 5 200 mètres à l'alti ! Mais où je suis bon sang ?

ENREGISTREMENT N°22
Voix très basse, forte inquiétude, vent modéré
Il y a deux minutes, je viens d'entendre quelque chose d'horrible. Ça m'a glacé le sang. C'était un cri, un cri perçant... je l'entends encore, il résonne dans mon crâne. Je... je vais me reposer un peu avant de continuer.

ENREGISTREMENT N°23
Voix à peine perceptible, vent modéré, comme des glissements d'ailes dans l'air
Je crois que ce sont des oiseaux qui poussent ces cris, j'en ai encore entendu deux, des autres, l'un plus grave, et l'autre encore plus horrible, comme s'il essayait d'articuler des paroles. J'entends aussi leurs ailes qui glissent dans l'air, comme les chocards à bec jaune quand ils planent autour de vous lorsque vous déballez votre pique-nique au sommet d'une montagne. Je ne les vois pas : la pénombre est tombée d'un coup. Le sentier reste bien visible par contre, le sol et la roche à main droite luisent faiblement dans le noir.

ENREGISTREMENT N°24
Murmures presque inaudibles entrecoupés de pauses, aucun autre son
C'est un cauchemar, ce n'est pas possible. La lune s'est levée, enfin je pense que c'est elle, mais elle est beaucoup plus grosse que d'habitude. Peut-être parce que je suis plus haut ? L'alti m'indique 6 315 mètres. Mais c'est idiot, je n'ai pas froid, et pas de problèmes de respiration. Et je suis dans les Alpes bon sang ! Au-dessus de moi, la paroi semble toujours aussi verticale, mais le sentier poursuit son cheminement à flanc, accroché à la roche. La pierre luit faiblement sous la clarté de la lune. Plus bas, j'aperçois le plateau sur lequel j'étais tout à l'heure. Il me semble minuscule. J'ai aussi l'impression que la montagne s'élève en dévers : je vois sa base minuscule, et l'endroit où je me trouve me semble en comparaison beaucoup plus large. Un peu comme dans les dessins animés avec Bip Bip et le Coyote. Mais c'est absolument impossible. J'ai mal au crâne. Je me suis forcé à regarder plus loin, plus bas, même si le mal de tête empirait en faisant cela : sous la clarté lunaire – une clarté rougeâtre ? – j'ai aperçu une forêt absolument immense, plus grande que la forêt équatoriale elle-même. Et puis plus loin, de vastes plaines totalement nues, traversées par un fleuve large comme la Manche, un fleuve d'un noir tellement noir qu'il en est hypnotisant. C’est surréaliste. Et toujours pas de réseau téléphonique bien sûr. Je... je ne sais pas quoi faire. Mon corps frissonne sans que je puisse le contrôler. Je crois qu'il faut que je monte encore.

ENREGISTREMENT N°25
Voix forte, hystérique
Je sais d'où viennent les cris ! Ils volent autour de la montagne, ils sont une demi-douzaine, ils m'ont repéré je crois ! Je dois monter le plus vite possible, cherche un abri !

ENREGISTREMENT N°26
Chuchotements, halètements
Je crois qu'ils sont après moi...

L'enregistrement se poursuit à vide pendant dix secondes, puis il se termine par une série de sons que je ne suis pas parvenu à identifier : un peu comme le bruissement d'ailes qui battent, mais des ailes d'une dimension difficilement imaginable – et que je ne veux, de toute façon, pas imaginer. Puis un choc sourd survient, et enfin un cri étranglé, horrible : le cri d'un homme qui vient de plonger son regard dans celui de sa propre mort.
---
Le sommet n'est qu'un passage.

Hors ligne Claudius

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Re : Stairway to hell
« Réponse #1 le: 29 Avril 2019 à 18:11:45 »
Waouh ! Salut, je frissonne encore.

Alors j'ai lu, tout. J'avoue que normalement un texte aussi long me rebute à lire en une seule fois. Et je me suis prise au jeu, et je n'ai cessé de lire qu'au dernier mot.

C'est bien écrit pour moi, à part quelques remarques, mais je ne sais jamais faire en première lecture. Il me faut laisser mûrir.

J'aime bien le paragraphe où tu laisses du suspens avant de divulguer le contenu des enregistrements.

Je reviendrai pour plus de détail, mais j'aime bien ton style, il est clair, fluide et simple.

À plus tard,

 ;) ;)
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

Hors ligne Philippe47

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Re : Stairway to hell
« Réponse #2 le: 29 Avril 2019 à 18:51:16 »
Bonjour,
Je suis un peu ennuyé parce que Claudius m'a volé mes commentaires  :D
Pareillement j'ai souvent des réticences avec les textes un peu long, et malgré cela j'ai moi aussi été agréablement retenu par le texte. L'ensemble se lit très facilement.

La structure est intéressante, avec une intrigue posée puis les éléments de l'intrigue proposés au lecteur sans que le narrateur ne semble présent. C'est une très bonne idée que cette construction, je trouve. Cela confère au texte un coté "Le mystère dont vous êtes l'enquêteur".  :)

Une question (à laquelle je n'ai pas de réponse) : faut-il souligner tous les états d'âmes et toutes interrogations du personnage ou est-il plus efficace de laisser le lecteur formuler intérieurement ses questions (à lui) en suggérant le trouble du personnage plus qu'en le décrivant ?

Merci pour le partage !
Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté (Confucius).

Hors ligne txuku

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Re : Stairway to hell
« Réponse #3 le: 29 Avril 2019 à 20:11:24 »
Bonsoir


Assez ebranle par cette lesture - facile - je reste sans voix !!! :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne LamEmm

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Re : Re : Stairway to hell
« Réponse #4 le: 29 Avril 2019 à 20:29:16 »
Waouh ! Salut, je frissonne encore.
Alors j'ai lu, tout. J'avoue que normalement un texte aussi long me rebute à lire en une seule fois. Et je me suis prise au jeu, et je n'ai cessé de lire qu'au dernier mot.
Je reviendrai pour plus de détail, mais j'aime bien ton style, il est clair, fluide et simple.

Merci Claudius d'avoir pris le temps de lire et de poster ce commentaire plaisant à lire ! Du coup je suis preneur d'un retour plus posé lorsque ce sera décanté, mais déjà re-merci :)



Pareillement j'ai souvent des réticences avec les textes un peu long, et malgré cela j'ai moi aussi été agréablement retenu par le texte. L'ensemble se lit très facilement.
La structure est intéressante, avec une intrigue posée puis les éléments de l'intrigue proposés au lecteur sans que le narrateur ne semble présent. C'est une très bonne idée que cette construction, je trouve. Cela confère au texte un coté "Le mystère dont vous êtes l'enquêteur".  :)

Merci à toi pour avoir pris le temps également et pour ton appréciation sur la présentation décalée. J'avoue m'être inspiré de certaines nouvelles d'HP Lovecraft qui utilisait souvent un narrateur écrivant son trouble sur papier pour s'en défaire, et le jetant ainsi en pâture au lecteur potentiel. C'est un peu le même principe ici, même si narrateur et personnage principal sont dissociés.

Citer
Une question (à laquelle je n'ai pas de réponse) : faut-il souligner tous les états d'âmes et toutes interrogations du personnage ou est-il plus efficace de laisser le lecteur formuler intérieurement ses questions (à lui) en suggérant le trouble du personnage plus qu'en le décrivant ?

Tu parles du personnage principal ou du narrateur ? Et dans le premier cas, tu évoques les phrases en italique avant chaque retranscription de l'audio ? Car j'ai justement taillé dans le gras sur les dernières versions, auparavant ces descriptions étaient plus appuyées. J'ai également réduit la partie "L'homme" qui était initialement beaucoup plus suggestive sur l'appréciation du narrateur par rapport au personnage principal "(à l'entendre ce doit être un homme d'une cinquantaine d'années, plutôt citadin, avec de l'embonpoint, il doit être en vacances sans sa famille, il est sûrement passionné d'éthologie, etc.").



Bonsoir
Assez ebranle par cette lesture - facile - je reste sans voix !!! :)

J'espère que l'ébranlement n'est pas trop méchant, merci  :mrgreen:

Modération : Messages regroupés, il est d'usage de ne pas poster deux messages à la suite mais de grouper dans un seul envoi - Merci ;)
« Modifié: 29 Avril 2019 à 22:20:10 par Claudius »
---
Le sommet n'est qu'un passage.

Hors ligne Guillaume Reynaert

  • Plumelette
  • Messages: 8
Re : Stairway to hell
« Réponse #5 le: 29 Avril 2019 à 21:12:07 »
J'aime bien le déroulement, et la façon de mener la compréhension du lecteur. Ce qui me plait également, et c'est certainement inhérent à mes goûts personnels, c'est l'incursion du surréaliste, de l'abominable, dans le réel. A vrai dire, dans une réalité banale dans ce sens où il s'agit d'une rando, activité qu'on ne choisirait pas prioritairement comme prélude au cauchemar.
Ce genre de description de l'état d'esprit des personnages me fait penser à quelques écrits de Lovecraft, et à certaines nouvelles de Stephen King :)

Hors ligne Philippe47

  • Calligraphe
  • Messages: 122
Re : Stairway to hell
« Réponse #6 le: 29 Avril 2019 à 21:33:40 »
@LamEmm
Je souhaite juste, avant de te répondre, insister sur la dimension très personnelle de mes remarques. C'est une sensation éprouvée, pas à proprement parler une critique stylistique. Je ne suis pas légitime à prendre ce genre de posture.

Donc :
Citer
Tu parles du personnage principal ou du narrateur ?
Du narrateur. Voici les phrases qui m'ont semblé atténuer ma "capacité à entrer dans l'histoire" dans le texte en en disant "trop" en quelque sorte.
1)
Citer
à qui appartient ce sac ? Depuis combien de temps est-il dans la montagne ? Qu'est-il advenu de la personne qui l'a perdu ?
Dans la mesure où tu explicites ensuite que rien ne permet d'identifier qui que ce soit, ces questions apportent-elles quelque chose à "l'ambiance" ?

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Terriblement intrigué par cette découverte,
Moui. Chui pas fan du "terriblement", mais bon  :)

Citer
Aurais-je trouvé le sac d'un disparu ? Et que lui serait-il arrivé ? Des animaux sauvages ? Un malfaiteur ?
Même sensation de "convenu". On a presque envie d'ajouter : "Serait-il marié ? Et où est sa femme ? Que fait la police ?". En fait, c'est le style très rythmé et l'enchainement de faits et gestes qui est la règle sur l'ensemble du texte, avec des phrases utilement précises et factuelles, qui rend ces phrases là (par ailleurs justifiables) un peu "décalées" par rapport au texte dans son ensemble. D'une certaine façon, dans mon esprit, elles souffrent de la très bonne qualité du reste.

Je veux insister : il s'agit de sensations personnelles. Je ne suis pas plus critique officiel qu'écrivain identifié, donc ce commentaire vaut pour avis de candide et ne remet pas du tout en cause la très bonne facture du texte. Et puis bon, chacun son style, aussi.

Et j'ajouterais : à quand le prochain ?  ;D

Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté (Confucius).

Hors ligne LamEmm

  • Tabellion
  • Messages: 36
Re : Stairway to hell
« Réponse #7 le: 30 Avril 2019 à 09:36:01 »
@Guillaume Reynaert
Citer
Ce genre de description de l'état d'esprit des personnages me fait penser à quelques écrits de Lovecraft, et à certaines nouvelles de Stephen King :)

Merci pour ton commentaire, et effectivement, comme je le mentionnais un peu plus haut, il y a clairement de l'inspiration lovecraftienne dans cette nouvelle. Et dans d'autres d'ailleurs que j'ai écrites  ;)

@Philippe47
Citer
Je souhaite juste, avant de te répondre, insister sur la dimension très personnelle de mes remarques. C'est une sensation éprouvée, pas à proprement parler une critique stylistique. Je ne suis pas légitime à prendre ce genre de posture.
No problemo, c'est bien ce que je recherche, de la critique posée de gens sensibles à de la bonne narration, à des histoires qui tiennent debout, et accessoirement à de la belle écriture - même si je ne qualifierais pas mes écrits de très esthétiques, mais plutôt, je l'espère, de simples, efficaces, originaux et un poil retords.

Citer
Du narrateur. Voici les phrases qui m'ont semblé atténuer ma "capacité à entrer dans l'histoire" dans le texte en en disant "trop" en quelque sorte.
Ok, je comprends ta sensation. Je souhaite créer une atmosphère d'enquête en mettant le lecteur au même niveau que le narrateur, en l'emmenant dans les questionnements - légitimes comme tu l'écris - du narrateur. Peut-être en fais-je trop ? Ou pas assez ? Car comme je l'indiquais j'ai écrémé sur cette version, à la base il y avait davantage de détails sur les interrogations et les suppositions - suppurations - du narrateur. Peut-être du coup cette version se situe-t-elle entre deux, et ce n'est jamais idéal d'être le cul entre deux chaises.

Merci en tous cas pour ces pistes !

Citer
Et j'ajouterais : à quand le prochain ? ;D
Je m'en vais en poster une autre tiens, mais très différente  8)
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Le sommet n'est qu'un passage.

 


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