Coucou.
Bon, j'ai lu y a quelques mois Les champs d'honneur, de Jean Rouaud, je m'en souviens un peu.
Encore un écrivain du grand ouest, comme bégaudeau gracq et d'autres.
Pas mal gaulé comme bouquin.
ce bouquin a eu le prix goncourt quand il est sorti, au début des années 90.
ça se passe plus ou moins en vendée je crois ; j'imagine qu'on peut appeler ça de l'autofiction.
les personnages ont leur charme, des vieux, à la campagne.
leurs vieux mégots jaunissent leurs moustaches, leurs deux chevaux ont du mal à démarrer, leurs belles soeurs sont de vieilles bigotes absurdes et attachantes, leurs enfants font l'école buissonnière : ce genre là. par moments, on se croirait dans du côté de chez swann, quand madame octave comment la vie du village avec eulalie.
bref une évocation sympa de ailleurs (la campagne (
ailleurs pour moi qui vis en ville hein 
) et avant (après deuxième-guerre, quoi).
c'est marrant, les images, prises une par une, ne me parlent pas beaucoup, je les trouvais souvent un poil décalées, un poil forcées, etc. et n'empêche que l'un dans l'autre ça crée une ambiance qui est pas mal.
ambiance rurale, calme.

un extrait : (la "ribambelle de larmes", typiquement une image de rouaud qui, comme la plupart de ses images, ne me parle pas, que je trouve un peu spé (ce qui est une qualité) et pas très poétique ni très ajusté (ce qui est un défaut) ; et pourtant malgé ces images que je trouve pas très justes et pas très élégantes, ça n'empêche pas qu'au total l'ambiance crée est pas mal - comme quoi, le tout, la somme des parties...

).
"La lettre de Commercy mit dix ans à arriver jusqu’à nous. Elle marqua pour Mathilde la fin de sa jeunesse, ce moment d’abdication où, si l’on s’autorise encore à rêver, c’est en s’interdisant désormais d’imaginer que la rêverie débouche un jour sur le réel. Dès la formule de condoléances, on comprend que rien de ce qu’on espère vraiment n’arrive jamais, qu’il n’y a pas de miracle, pas d’histoire de Polonaise aux grands yeux mettant le grappin sur un galant petit Français, pas d’amnésie provisoire, mais qu’Emile est bien mort. Simplement, son camarade signale l’avoir enterré de façon sommaire au pied d’un eucalyptus, où il saurait le retrouver si la famille se montrait désireuse de ramener le corps parmi les siens- ce qui avait été, semble-t-il, le désir du mourant et la raison de cet escamotage, pour éviter une inhumation collective ou la lente décomposition sur le champ de bataille. Mais il y a déjà plusieurs lignes que la vue de Mathide se brouille, et sur un clignement de paupières une ribambelle de larmes s’affale sur le papier. Ce n’est pas tant la confirmation de cette mort qu’elle a de toute façon apprise il y a douze ans maintenant, mais ce trait final qui clôt l’attente, cette porte qui se referme."
accessoirement, rouaud a l'air sympac comme gars (bien de gauche, a fait mille petits boulots, etc.)
facile à lire, pas très épais, assez sympa.
et peut-être même un peu représentatif d'un certain genre de roman ; j'imagine que dans un siècle les profs d'histoire de la littérature rattacheront ce roman à des courants, je sais pas trop lesquels, mais disons quelque part entre le (très bon) "roman de terroir" et le début-milieu de la mode de l'autofiction, etc.

j'ai lu l'autre jour quelques pages du début d'un autre de ses livres, un peu différent, peut-être un peu plus audacieux ; même genre d'univers, mais avec l'auteur qui s'expose +, un narrateur qui est moins témoin, là sans être là (comme dans les champs d'honneur), qui se raconte jouant au foot, etc.
ça fait penser aussi à "Les gars du coin" (ouvrage de socio, renahy).
et le style est légèrement différent, avec un narrateur davantage dans l'action, et un style peut-être un tout petit plus léger.