Avant cette année, je m'étais jamais intéressée à la littérature contemporaine et encore moins à "la rentrée littéraire". Cette fois, j'y ai été un peu forcée, et même si les tables de la librairie en septembre m'ont parues légèrement écœurantes de bandeaux rouges, je me suis quand même retrouvée avec des bonne surprises dans le mains.
A commencer donc par ce
Avancer de Maria Pourchet publié dans la collection blanche de Gallimard.
C'est le premier roman de Maria Pourchet, et, franchement, je trouve que c'est un réussite.
L'histoire, pour faire court, est celle de Victoria (Marie-Laure, à l'origine), jeune sociologue montée des Vosges à Paris, et qui vit avec un de ses anciens professeur dans un appart près de l'Hotel de Ville. Sans boulot depuis la fin de ses études, elle passe ses journées au balcon en attendant que le "Destin" lui ouvre la "Voie royale".
Le destin, ce sera plutôt une proposition de boulot (une enquête sur les Velib') et le débarquement des deux jumeaux de Marc-Ange (un genie avec noeud pap' intégré et une gamine en échec scolaire depuis le CP) dans le quotidien du couple après que leur mère a été internée en HP.
Raconté comme ça, ça ne paie pas de mine, je vous l'accorde. Mais d'une certaine façon, l'histoire, on s'en fout un peu. C'est vraiment le ton et le style de Maria Pourchet qui rend la lecture aussi prenante. Une narration très vive tout en incises, discours indirects libres, digressions et blagounettes en tout genre. J'ai lu des critiques qui avaient fait un parallèle avec Queneau. Il y a un peu de ça, dans cette façon de parler du quotidien avec des mots qu'on aurait pas l'idée d'employer, des petites réflexions qui font marrer, même dans les passages les moins drôles (on va dire qu'elle se retrouve quand même à la rue à un moment).
Bref, c'est plein d'humour, d’auto-dérision, ça flirt avec le cynisme, et c'est vraiment pas mal du tout.
Un petit extrait pour finir :
"
Ne tirons pas de conclusions hâtives : déjà un second Vélenville entre à la fois dans mon champ de vision et dans la catégorie profilée, enfin à gros traits, par le client. Feu.
Dix minutes plus tard, l'usager met pied à terre face à la laverie automatique du Panthéon, une enseigne qui ne s'est pas foulée. L'usager est au bol, dans les châtain-brun, la trentaine hésitante avec, dans la démarche, un je ne sais quoi rigide. Il me précède dans l'établissement où manifestement il reconnait quelqu'un. Ah, tu viens ici ? adresse cordialement le brun à un autre sujet mâle qui ne doit pas être là par hasard, puisqu'il transporte un bidon de lessive.
N'ayant quant à moi rien emporté de sale, je ne sais trop quoi faire de mes mains. Je me prends à regarder tourner les culottes de quelqu'un d'autre derrière le hublot d'un lave-linge, le numéro neuf.
De son côté, le Vélenville semble rencontrer quelques difficultés dans le choix d'une machine. Précisément d'un tambour. Ils contiennent tous des cheveux, explique-t-il à son ami, et ça, les cheveux, je ne peux pas.
Le temps qu'il se décide, les culottes du neuf, au voisinage de ce qui semble être un torchon rouge vif, sont devenues roses. Le coup classique. Fondamentalement sans intérêt mais assez jolie, je dois dire, sur le plan métaphorique. Dans le dix, quelqu'un est parvenu à faire entrer une sorte de pouf, entier, dans le onze, on distingue un animal. Ou alors un pull ? Au numéro treize, j'avoue avoir totalement oublié d'interpeller l'usager des transports publics, mais je pense que ce n'est qu'une question d'entrainement. "
Je sais pas si c'est hyper représentatif, mais ça vous donne au moins une idée de la narration.