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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le clan

Auteur Sujet: Le clan  (Lu 1051 fois)

Hors ligne loana90

  • Calliopéen
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Le clan
« le: 22 Novembre 2012 à 11:33:33 »
           Ce soir est un grand soir. Nickolaj a décidé de porter son plus beau costume, d’enfiler sa plus belle cravate d’un rouge écarlate, ce qui va très bien avec sa blondeur parfaite et ses yeux d’un bleu perturbateur. L’étincelle brille dans ses gestes. Il flatte son ego en s’admirant dignement devant le miroir de l’entrée. Derrière lui, sa sœur Zina, toute fière, réajuste son col. Geste quotidien.

    Nickolaj a réussi. Il va entrer dans le clan. Ce soir, il aura droit aux petits fours et aux félicitations des membres plus anciens. Ce poste là, il en rêvait depuis très longtemps. Il a dû passer bien des épreuves pour se faire accepter comme candidat officiel. Personne ne rentre dans la tribu d’un simple claquement de doigts, même avec tout l’or du monde. Ici les rapaces ne s’achètent pas avec du miel. L’essaim est dangereux et ne se permet aucun égarement. L’hémorragie serait mortelle.

   Nickolaj n’est pas un homme médiocre, loin de là. Il est performant dans bien des domaines, or il lui manquait ce petit grain de folie, cette joie de se sentir vivant et d’avoir des obligations autres que celles du monde du travail. Il ne s’ennuyait pas dans sa vie active, il avait juste une sainte horreur de l’immobilisme et du droit chemin. Gambader hors des sentiers était devenu pour lui un but, une évidence. Il ne voulait plus se sentir frustré par cette envie folle qui l’appelait depuis si longtemps, et sa sœur l’avait grandement encouragé afin qu’il puisse se permettre de glisser un pied dans le plat.

   Voilà qui était fait.

      L’édifice n’est pas très loin de chez eux, il leur faudra une petite heure pour s’y rendre. Ils ont hâte d’y arriver, restent prudents car la route est dangereusement glissante. Le parcours effrité qu’ils empruntent est difficile d’accès, et aucun panneau n’indique l’endroit où ils se rendent. Mais ils connaissent ce chemin par cœur, l’ayant déjà effectué maintes fois. Aujourd’hui, Nickolaj y va  le cœur léger, comme un enfant venant d’acquérir un fabuleux cadeau. Il savoure sans aucune contrariétés la joie électrique qui tambourine en lui.

   L’instant d’après, ils franchissent des barrières hautement protégées par des cameras discrètes, arrivent sur le parvis d’une immense bâtisse, Zina laisse nonchalamment ses clés et leurs cartes d’identité au garçon de service.    
   La villa abrite une importante salle de réception où une flopée d’invités triés sur le volet déambulent entre la piste de danse et le buffet froid servi par des traiteurs étoilés. Il y a des tableaux de Maîtres sur tous les murs sculptés, un haut plafond entièrement recouvert d’une immense fresque qui prend toute la place se dessine divinement sous une demie douzaine de lustres en cristal.

   La salle est austère malgré la richesse qu'elle dégage. Tout un pan de mur vitré, avec de lourds rideaux de satin crème, laisse entrer les lumières de la ville en contrebas. Des plantes grimpantes ornent le contour de l’immense fenêtre. Un orchestre d’une quinzaine de personnes tout de blanc vêtu joue en fond quelques valses. Des rivières de diamant et les robes de cocktails doublées d’organza hors de prix, des costumes trois pièces d’une finition rare. Il se délivre dans l’air une drôle d’ euphorie. Tout est inclination à la grandeur, or à la froideur. Comme ces hôtes condamnables.

   Opulence, puante opulence.

   Les visages hypocrites, les mots doucereux, les gestes gracieux font partie du jeu et aucuns ne s’en privent pas. Accueil triomphal. Lamentable chantier. Par petits groupes on accourt vers Nickolaj pour le féliciter, pour admirer son courage et son état d’esprit pour un gars de vingt neuf ans.

   Une femme d’un certain âge près de Nickolaj se pend à son bras et déploie tout son charme.

  « Oh mon cher Nickolaj ! Quelle joie de t’ avoir enfin parmi nous !
  -C’est un plaisir partagé, Katarina.  »

   Son sourire parfait est redoutable. La vieille femme fond dans un regard niais. En plus de sa  demi-sœur, c’est elle, femme cougar, femme insatisfaite, qui l’avait recommandé au “grand patron”, elle arborait donc fièrement son jeune trophée en le présentant à ses riches amis. On se retourne sur lui, on s’accroche à son regard et ses mots qui coulent comme un sirop parfaitement dosé. Il a apprit comment se tenir face aux vautours. Car il est en passe d’en devenir un.

     Sur l’estrade vers le groupe de musique, Kiev Hannekchov, un homme de belle corpulence dans un costume brun, se glisse derrière un micro et réclame l’attention. Les invités se retournent, applaudissent le nouveau venu apparemment très attendu. Il fait signe à Nickolaj se s’approcher.

  « Merci à vous tous d’être aussi nombreux, mes amis ! Aujourd’hui nous accueillons un nouveau membre dans notre institution, et je vois déjà qu’il est très bien entouré !» Les rires fusent. Katarina pousse délicatement Nickolaj vers le devant de la scène.
  « Venez donc vers moi, monsieur Kivosky. Applaudissez-le mesdames et messieurs ! Notre ami a passé toutes les épreuves avec succès. Mais nous avons décidé de corser un peu le jeu. A partir de ce mois ci, une ultime épreuve sera de la partie. Oh, rien de très difficile, mais le but est de nous conforter dans l’idée que nous faisons rentrer dans notre caste des personnes de confiance. Il y aura donc cette dernière étape à franchir pour que notre ami puisse oser espérer remporter le droit de devenir le dirigeant officiel du mois. Etes-vous prêt à nous montrer ce que vous valez monsieur Kivosky ? »

   Nickolaj n’est pas contrarié, au contraire. Il semble même fier d’être le premier à traverser cette ultime mission.
  « Oui, je suis prêt, monsieur Hannekchov, je vous en remercie. C’est un honneur pour moi d’entrer dans la Olms Institution. Croyez-le bien, je me ferais une joie de vous satisfaire et de vous montrer de quoi je suis capable. »
   Une tape amicale sur son épaule, Kiev le fait descendre de l’estrade.

  « Alors passons dans la salle d’à côté messieurs dames ! »

   La pièce attenante est sombre mais tout aussi grande, les dizaines de convives entrent aisément à l’intérieur, tout sourire. Moment d’excitation : ils ne savent pas eux-même ce qui se trame pour Nickolaj. Le jeu en est bien plus exaltant.
   Un râle pâteux surgit dans le fond, comme une déchirure. Un projecteur rouge au-dessus d’un jeune homme
ah cher Gabriel
prend la lumière et montre des blessures récentes qui laissent des traces au sol. Les poignets du prisonnier sont épinglés dans le même nœud d’une corde solide directement vissée au mur. La victime assise par terre lève la tête, aux aguets. Recule, le regard suppliant, dans le renforcement à l’aide de ses genoux. Nickolaj lance un regard étonné à Kiev, qui lui se retourne vers son auditoire, tout sourire aux lèvres.
  « Voilà notre cobaye. La vingtaine bien faite, une tête bien remplie, un physique agréable. Il pourrait être un voisin, un frère, un ami. Pour certains d’entre vous, il pourrait même facilement être votre fils. »

   Il revient sans lenteur vers Nickolaj. Puis il sourit. Il découle de lui une suffisance tyrannique, une joie sadique.  Dans la courbe de sa commissure, on y décèle le poison, la sauvagerie à venir.

  « Il y en a plein les rues, des minables dans son genre qui ne chercheraient qu’à nous détruire si ils savaient. Des individus qui ne comprendraient pas nos agissements. Dites-moi, mon cher Kivosky, admettons que ce jeune homme, tout malin qu’il soit, nous ait dénoncé. Pour n’importe quelle raison. Que feriez-vous ? »

Ne te pose pas de questions dis leur ce qu’ils attendent de toi

  « Et bien… Je le tuerai. Parce que rien ne doit être divulgué à l’extérieur de la Olms Institution.
    - Il le tuerai !  Entendez-vous ceci, messieurs dames ? »
   Les convives satisfaits félicitent sa réponse par des hochements de tête élogieux. Nickolaj renvoie son sourire en retour à Katarina qui l’applaudit d’un air grotesque.

  « Je vous en prie, supplie Gabriel d’un ton brouillé, me tuez pas… Laissez moi partir… »
   Ses mots passent à la trappe.  La détresse du supplicié n’a pas d’emprise sur eux. Lexter se rapproche de lui, se penche en souriant et caresse la chevelure brune en bataille d’un air détaché.
  «  Tu n’as pas de chance l’ami. Je suis vraiment, vraiment désolé pour toi. Mais c’est la règle. Rien ne doit sortir d’entre ces murs. Tu nous ferais du mal en nous dénonçant.

  - Vous dénoncer ? Mais de quoi vous parlez ? Je comprend rien à ce que vous dites ! Je sais même pas qui vous êtes… »
   Les mots fiévreux ne sortent plus. Il fond en larmes, regardant Nickolaj avec terreur.
  « Tout ce qui se passe à la Olm Institution reste entre les murs de la Olms Institution, reprend Kiev en se tournant vers la foule, c’est la seule règle ! Tout individu dérogeant à cette règle sera immédiatement éliminé. Nous voulons ici des personnes digne de confiance. Des personnes fidèles à notre état d’esprit. Un imposteur et tout est fini. Et ce n’est vraiment pas ce que nous voulons. »
   La meute approuve dans un faible vacarme. Gabriel, oppressé, embrouillé,se débat comme un fou.
  « Cessons ces enfantillages au plus vite. Monsieur Kivosky… C’est à vous de jouer. »

   Près de lui, un garçon de service lui tend un coffret argenté.

   Nickolaj n’a jamais tué personne. Il s’était préparé à répondre juste à tout questionnement et à sourire bêtement face aux individus de la pire espèce, c’est tout. Or il n’est pas contre cette étrange expérience si cela peut l’aider à se faire accepter par le clan et monter plus vite en grade. Après tout, tout est bon à prendre et il n’est pas prêt à renoncer si proche du but. Il glisse sa main dans la boite et en ressort avec ébahissement un revolver. L’arme est lourde et stressante. Il ne voudrait pas rater sa cible, de peur qu’on lui reproche de l’avoir fait exprès. Il lance un dernier sourire à l’assemblée.

  « C’est ma première fois. » fait-il en haussant les épaules, ce qui a le don de faire rire son public. Gabriel hurle, se débat, dans des pleurs inconsolables.
  « J’ai de l’argent… beaucoup d’argent ! Je vous en supplie ! »

   Nickolaj est déjà ailleurs. Les images se bousculent en lui. Avec ce geste, il peut réduire en esclavage son future troupeau. Il bouscule les interdits. Qui pourrait l’en  blâmer ?

Sa main assassine ne tremble pas. Il maîtrise. Il agit. Et la cible glisse dans un bruissement sourd, la tête contre le sol. Fleuve de sang.
   Le silence autour de lui ne dure que deux secondes. On l’acclame, l’ovationne, le glorifie par des empoignades.
  « Bienvenue chez nous, monsieur Kivosky, s’exclame Kiev, cette fois-ci, c’est officiel, vous faites partie de la Olms Institution ! Vous aurez enfin le droit de choisir vos cibles. Et nous vous offrons votre premier crime filmé.»

   Nickolaj sourit.  Il n’est pas partagé entre le ravissement et le dégout. Aucune persécution, aucune épidémie. A ses pieds le corps sans vie de Gabriel ne le  pas.

  « Très bien, reprend Kiev, après cette petite parenthèse, je vous propose de retourner au salon et de prendre quelques petits fours ! Ceux à la crème de truffes blanches sont, ma foi, tout à fait exceptionnels. »
« Modifié: 22 Novembre 2012 à 18:43:16 par loana90 »

Jon Ho

  • Invité
Re : Le clan
« Réponse #1 le: 22 Novembre 2012 à 12:16:24 »
Hello,

Alors sur la forme :

Ils ont hâte d’y arriver, or restent prudents car la route est dangereusement glissante : Je le trouve bizarre le " or "

aucuns panneaux n’indiquent l’endroit : Peut être que je me plante mais je pense qu'aucun est toujours au singulier.

sans aucune contrariétés

un haut plafond dont une immense fresque prend toute la place : un peu bancal. Peut être : Un haut plafond entièrement recouvert d'un immense fresque ?

Tout est inclination à la grandeur, or à la froideur : C'est peut être moi mais je trouve cette conjonction pas très heureuse. :/

de personnes tout de blanc vêtu / Tout d’émeraude vêtue : Même si elles ne sont pas vraiment rapprochées la répétition se sent car la formule est finalement assez peu commune.

on s’accroche à son regard et ses mots qui coulent comme un sirop parfaitement dosé. : Joli :)

une ultime épreuve sera de la partie. : Je vois plus " sera de la partie " pour un être humain mais pourquoi pas.

traverser cette ultime mission. : Relever ou accomplir plutôt non ?

se qui se trame pour Nickolaj : ce

la sauvagerie future. : J'aurais plus vu : à venir ou en attente

qui l’applaudit dans un air grotesque. : d'un air.

Après tout, tout est bon à prendre

Sur le fond :

C'est agréable à lire. Ca me fait un peu penser aux feuilleton télé américains et leurs saloperies de rites initiatiques.
Cependant ça reste assez attendu, je n'ai pas été vraiment surpris.
L’exécution est trop rapide et je pense que tu devrais ajouter plus de détails parce que c'est quand même la partie centrale de ton texte.
Tu as bien réussi à retranscrire le mépris dédaigneux des convives pour la victime et le besoin très américain d'appartenir à un clan.

Un texte sympathique qui mériterait d'être un peu plus travaillé selon moi.

Au plaisir

Hors ligne loana90

  • Calliopéen
  • Messages: 429
Re : Le clan
« Réponse #2 le: 22 Novembre 2012 à 12:21:48 »
Merci à toi ! Oui, c'est prévu pour les détails, là c'est juste un premier jet, c'est une partie de mon nouveau bouquin, donc pas encore lu et relu et rerelu !

Jon Ho

  • Invité
Re : Le clan
« Réponse #3 le: 22 Novembre 2012 à 12:24:05 »
Bon courage alors.
Curieux de lire la version définitive

Au plaisir

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
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  • Prout
Re : Le clan
« Réponse #4 le: 22 Novembre 2012 à 14:05:24 »
Citer
d’un bleu perturbateurs

perturbateur. Ou alors, virgule, puis perturbateurs. Selon ce que tu veux dire (est-ce le bleu ou les yeux qui perturbent? D'ailleurs perturbant ne serait pas meilleur?)

Citer
aucuns panneaux

Aucun panneau n'indique

Citer
l’ayant déjà effectué maintes fois.

J'ai du mal avec "effectuer" dans ce contexte

Citer
Nickolaj y va avec le cœur léger

Tu peux supprimer avec je pense

Citer
un haut plafond entièrement recouvert d’une immense fresque prend toute la place se dessine divinement sous une demie douzaine de lustres en cristal.

Il manque un ou plusieurs mots

Citer
La salle est faste, mais austère.

Euh?

Citer
Tout est inclination à la grandeur, or à la froideur. Comme ces hôtes condamnables.

Euh?

Citer
tous ne s’en privent pas.

Aucun ne s'en prive?

Citer
s on accoure

accourt

Citer
chaque visites

visite

Citer
demie-sœur

demi

Citer
à son regard et ses mots

et à ses mots

Citer
Il a apprit

appris

Citer
   Un râle pâteux surgit dans le fond, comme une déchirure. Un projecteur rouge au-dessus d’un jeune homme
ah cher Gabriel
prend la lumière et montre des blessures récentes qui laissent des traces au sol.

Il manque quelque chose ou je suis trop fatigué pour comprendre?

Citer
des personnes digne

dignes

Citer
Or il n’est pas contre cette étrange expérience si cela pouvait l’aider

Peut: reste au présent

Citer
son future troupeau.

Futur


Du coup j'ai dû répéter quelques unes des remarques que Jon Ho a faites. Un peu d'air serait agréable: c'est quand même plus facile à lire quand il y a des espaces et tout. Là, en un seul bloc, c'est lourd.

Sinon, je suis assez partagé. Il y a du bon, surtout sur la fin, mais d'autres phrases me semblent complètement anarchiques et/ou grandiloquentes.
Je rejoins Jon Ho sur le fait que l'exécution mériterait d'être développée.



"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

 


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