J'ai lu ce livre récemment et j'ai eu envie de faire un petit commentaire à son propos. C'est un petit roman d'une centaine de pages, publié aux Editions Zoé.
S. Corinna BilleEcrivaine suisse, née en 1912 et décédée en 1979, Prix Goncourt de la nouvelle 1975. Je ne sais pas grand chose de plus, si ce n'est qu'elle était l'épouse de l'écrivain Maurice Chappaz, je vais donc m'abstenir de copier et coller une page wikipédia. C'est le seul livre que j'ai lu d'elle (mais j'ai un recueil de nouvelles que je vais attaquer en temps voulu).
EmerentiaDans un petit village de la plaine du Rhône, vers 1700. Emerentia, fillette de 7 ans dont la mère est décédée, peine à se plier à l'éducation de l'Eglise. Elle aime la nature, les animaux semblent lui répondre, elle exerce auprès des enfants de son âge une étrange fascination, elle est très mûre et perspicace pour son âge. Sa famille décide de la placer auprès d'un curé dans l'espoir que celui-ci parvienne à lui inculquer une éducation religieuse. Emerentia se montrant récalcitrante, il n'hésite pas à user de la force. Il décrit les séances journalières où il tente de faire réciter son catéchisme à la fillette dans un journal qu'il tient quotidiennement.
La fillette parvient régulièrement à s'échapper de la cure, où elle retrouve les enfants de son âge qui l'accompagnent jusqu'au Rhône. Lorsqu'elle est au bord de l'eau, les truites s'approchent d'elle. La nature la fascine et semble lui répondre.
- Emerentia ne descend plus dans la cour dessiner des triangles et poser en cercle ses cailloux, remarquèrent les gens.
- C'est pourquoi les pigeons viennent moins nombreux sur le toit de la cour...Très vite, le bruit court qu'elle comprend les animaux, qu'elle leur parle, très vite les villageois la prennent pour une sorcière. Rares sont ceux qui comprennent qu'elle possède une sensibilité et une vivacité d'esprit beaucoup plus développée que la majorité des enfants de son âge.
Brûler une fillette de sept ans pour cause de sorcellerie, c'est risqué.
Ce que j'en ai penséJ'ai trouvé l'écriture sublime. Le vocabulaire est extrêmement riche et il y a presque quelque chose de mythologique dans la façon dont la fillette et ses interactions avec la nature sont décrites: là où elle refuse de se plier aux dogmes de la religion, le rapport qu'elle a avec la nature a quelque chose qui se trouve à la limite du fantastique, du surnaturel.
On alterne entre des passages tirés du journal quotidien du curé qui la croit possédée par le diable et tente de lui inculquer une éducation religieuse dont le non-respect engendre des actes de violence, et des passages qui décrivent la fillette avec un point de vue plutôt externe, décrivant la façon dont le monde et la nature répondent à l'aura qu'elle dégage.
Un texte magnifique que je recommande.