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Auteur Sujet: Les cavaliers (Joseph Kessel)  (Lu 1402 fois)

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Les cavaliers (Joseph Kessel)
« le: 19 Juin 2016 à 12:41:41 »
Je viens de relire « Les cavaliers » de Joseph Kessel, et comme il n'a pas sa fiche ici, ben on va corriger cela.

Le roman se passe en Afghanistan, dans un passé assez proche, bien qu'on puisse en douter au regard des personnages, de l'histoire et de ses ressorts.

C'est donc d'abord un livre sur l'Afghanistan, qui en décrit les paysages incroyables, magnifiques, impressionnants (les plaines de steppes infinies ou la monumentale chaîne montagneuse de l'Hindou Kouch) ; qui en décrit les traditions : rites, croyances, coutumes ; qui en décrit le peuple, les castes multiples et les règles qui en régissent les relations. Et aussi simplement le quotidien, l'alimentation, 
le vêtement. (Boire du thé dans ces contrées n'a rien à voir avec le british five o'clock.)

C'est un livre sur les hommes, sur la fierté, et même l'orgueil sans limites.
C'est un livre sur les chevaux, magnifiés.

Les personnages principaux sont
Toursène, chef des écuries d'un riche propriétaire, Osman Bay.
Ouroz, fils de Toursène.
Mokkhi, un saïs, une sorte de palefrenier.
Zéré, la seule femme de l'histoire.
Jehol, LE cheval.

Le truc important pour ces hommes, c'est le Bouzkachi, sport équestre régional, qui consiste à se disputer entre cavaliers une carcasse de bouc décapité, afin d'aller « marquer » en déposant ladite carcasse à un endroit précis et délimité. Celui qui y parvient a gagné.
Et quand je dis « truc important », en fait ce sport est toute leur vie.
Ces cavalier s'appellent des tchopendoz. Toursène a été un tchopendoz historique autrefois, et son fils Ouroz est en passe de le supplanter en réputation, notamment grâce à Jehol, cheval hors du commun.
Alors qu'est annoncé que pour la première fois se jouera un Bouzkachi à Kaboul, la capitale, et devant le roi, vont se cristalliser les destins des personnages.
Ouroz ira courir le Bouzkachi royal, accompagné par Mokkhi.
Le retour est le vrai nerf du récit : un road movie aux confins de l'orgueil, de la cruauté et de la folie. Chaque rencontre est une nouvelle station du chemin de croix, et l'occasion de découvrir un nouveau visage des personnages, et du pays.
C'est aussi un road movie au cœur des noirs desseins, des noires pulsions d'Ouroz.

C'est un livre puissant dont le paradoxe est que l'on ne parvient jamais à aimer les personnages, tant ils sont orgueilleux et cruels, et régis par un égoïsme sidérant.

La caution philosophique revient à un personnage qu'on croise plusieurs fois dans le récit : « l'aïeul de tout le monde », Guardi Guedj. Un conteur itinérant à l'âge canonique.
Il ne juge personne mais voit clair à travers ces cavaliers entravés par l'honneur, la religion et les traditions.

Ce qui pourrait « sauver » ces hommes violents, c'est cette curieuse nostalgie qu'ils ont tous de l'enfance, et l'émotion (vite refoulée) que suscite en eux une vieille berceuse de leur jeune âge.

Kessel est un vrai grand écrivain : ses descriptions d'un pays qu'il connaît bien, et des rouages complexes de caractères hors normes sont d'une précision impitoyable qui laissent une empreinte durable.
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

 


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