Très très beau bouquin. Une langue un peu décantée. on perçoit le monde d'un peu loin, ça fait penser à une espèce de croisement entre yourcenar (même si c'est moins sublime que yourcenar) et le camus de "l'étranger". l'histoire d'un gars trop petit (ou trop grand?) pour sa fonction et pour sa soutane. Il se prend des murs dans la gueule, des baffes.
"ma paroisse est une paroisse comme les autres", très joli incipit. un bled fumant en normandie. de la mélancolie. et surtout, surtout, ce ton, si loin si proche. des choses graves dites d'un ton un peu détaché, un peu maladroit, un peu gauche, et touchant.
il consigne les petits événements de son bled et les grandes souffrances de son corps.
"l'idée m'est venue hier sur la route. il tombait une de ces pluies fines qu'on avale à pleins poumons, qui vous descendent jusqu'au ventre. de la côte de saint-vaast, le village m'est apparu brusquement, si tassé, si misérable sous le ciel hideux de novembre. l'eau fumait sur lui de toutes parts, et il avait l'air de s'être couché là, dans l'herbe ruisselante, comme une pauvre bête épuisée. que c'est petit, un village ! et ce village était ma paroisse".
langue un peu surannée.
le héros est souffreteux, y a des moments un peu "tempête sous un crâne", mais globalement c'est l'histoire d'un gars trop petit ou trop grand pour le monde où il vit, un stranger.
très belle langue, où l'émotion vient du dénuement, d'un ton direct, simple, et ingénu.
ça date de première moitié du XXe, en gros c'est la génération radiguet, mauriac, etc.