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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » [Auteur] Antoine de Saint-Exupéry

Auteur Sujet: [Auteur] Antoine de Saint-Exupéry  (Lu 2474 fois)

Hors ligne Menthe

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[Auteur] Antoine de Saint-Exupéry
« le: 01 Avril 2012 à 21:27:44 »
Bon voilà, je viens de m'enfiler deux bouquins à lui, et je me suis dit qu'il fallait absolument que je trouve un endroit où disserter sur toute l'admiration que j'éprouve à sa lecture. Mais comme il se doit, voilà quelques mots d'introduction :





Bio merci Wiki

Antoine de Saint-Exupéry (Saint-Ex pour les intimes), était un aviateur, écrivain, poète, et surtout grand homme, né en 1900 et disparu en vol en 1944 ("Mort pour la France", c'était en combat avec les boches). Pendant son service militaire, il est entré dans l'aviation, et par la suite a transporté le courrier entre Toulouse et le Sénégal, avant de rejoindre l'Amérique du Sud.


Ses oeuvres

On le connait surtout pour Le Petit Prince, probablement son oeuvre la plus populaire, dont sont issues des phrases épiques telles que "On ne voit bien qu'avec les yeux du coeur", et l'historique "Dessine-moi un mouton".


Mais réduire Saint-Exupéry à un auteur pour enfants (moi c'est ce que je croyais, comme c'est le premier roman que j'aie lu, j'avais 7 ans, comprenez) serait une grossière erreur.
Sa première oeuvre, Courrier Sud, narre le récit d'un jeune aviateur, et de son grand amour pour une femme, une amie d'enfance. On progresse dans la lecture de ce roman comme dans une cathédrale de silence. Tout est si délicat et si tendre, la poésie, simple et belle, ne peut qu'atteindre notre sensibilité. J'ai été particulièrement touchée par cette façon, pudique et gracieuse, de parler de cette femme, cette Geneviève. Cela dit, ce n'est pas le roman que je préfère parmi tout ceux que j'ai lus de lui, il lui manque un peu de cette gravité et de cette solitude astrale, qui m'ont tant charmée dans ses autres textes.

Vol de nuit (que je viens d'achever à l'instant) : raconte le voyage d'un courrier pendant un ouragan, de nuit. Toute cette force, tout ce courage déployés pour le transport du précieux chargement, et la lutte des hommes, et l'impuissance face aux éléments. Le chagrin de cette femme au départ de son mari à l'heure fatidique où il doit prendre son envol, la fatalité contre laquelle l'on combat avec acharnement et passion. Voilà tout ce dont parle Vol de nuit.

Terre des hommes : on a déjà parlé de ce roman ici, mais je ne pouvais pas ne pas le citer. C'était même nécessaire puisqu'il se trouve être mon préféré. Si ma première lecture m'avait laissée émerveillée mais confuse, la seconde a été une révélation. Saint-Exupéry évoque le survol du Sahara, la survie d'un compagnon égaré dans Andes, la dignité d'un esclave, sa propre expérience au bord de la vie lorsqu'il a échoué dans le désert, la soif, la mort. Le roman se conclut sur une réflexion sur l'homme, majestueuse, magistrale, que je recopierai plus bas, parce qu'il ne peut pas en être autrement.



Citadelle

"Citadelle, je te bâtirai dans le coeur de l'homme : lorsque j'ai lu cette phrase, je l'ai répétée comme un mantra, laissant chaque mot rouler sous mon palais, à m'en remplir jusqu'à en exploser. Je l'ai écrite sur mon armoire, je l'ai recopiée dans mes multiples carnets, je l'ai même écrite sur le bras d'un ami. Cette phrase m'évoque toute la dignité et la grandeur du roman lui-même qui, de premier abord, peut sembler être opaque, voire impénétrable. Et d'ailleurs, c'est ce qu'il est un peu, puisqu'il s'agit d'une oeuvre inachevée, publiée après la disparition de l'auteur. C'étaient plus des notes éparses que Saint-Ex comptait relire et corriger avant d'en proposer une version définitive. Mais la faucheuse a été plus rapide, et ne nous restent plus que ces phrases, en l'état.
Globalement il n'y a pas d'histoire, mais d'une réflexion sur l'homme presque sur un ton prophétique, sur la vie, le temps, le silence, sous la forme des méditations d'un jeune chef qui succède au pouvoir d'un empire. C'est difficile à lire, mais ce roman serait probablement l'oeuvre de Saint-Ex la plus belle s'il avait pu lui donner forme aboutie...

Citations

Citadelle


  • Car l'espace de l'esprit, là où il peut ouvrir ses ailes, c'est le silence
  • Et vous me dites : "Nous répondons aux besoins des hommes. Nous les abritons." Oui, comme l'on répond aux besoins du bétail que l'on installe dans l'étable sur sa litière. Et l'homme, certes, a besoin de murs pour s'y enterrer et devenir comme la semence. Mais il a besoin aussi de la grande Voie Lactée et de l'étendue de la mer, malgré que ni les constellations ni l'océan ne lui servent de rien dans l'instant. Car qu'est-ce que servir ? Et j'en connais qui ont longuement et durement gravi la montagne, s'écorchant aux genoux et aux paumes, s'usant dans leur ascension, pour gagner avant l'aube la cime et s'abreuver de la profondeur de la plaine bleue encore, comme l'on cherche l'eau d'un lac pour y boire. Et ils s'asseyent et ils regardent une fois, là et ils respirent. Et le coeur leur bat joyeusement, et ils y trouvent un remède souverain à leurs dégoûts. (...) mais ils sont lavés dans leur coeur de l'esclavage des petites choses. (...) Alors ils prennent des provisions d'étendue et rapportent chez eux la béatitude qu'ils y ont trouvée. Et la maison est changée de ce qu'il existe quelque part la plaine au lever du jour et la mer. Car tous s'ouvre sur plus vaste que soi. Tout devient chemin, route et fenêtre sur autre chose que soi-même.
  • Il est certes mauvais que l'homme écrase le troupeau. Mais ne cherche point là le grand esclavage : il se montre quand le troupeau écrase l'homme.



Et tant d'autres, je ne vais pas tout recopier...

Terre des hommes

Je m'assis en face d'un couple. Entre l'homme et la femme, l'enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m'apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n'étaient point différents de lui : protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il nait par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s'émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n'est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné.
Et je regagnai mon wagon. Je me disais : ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n'est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s'agit point de s'attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C'est quelque chose comme l'espère humaine et non l'individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c'est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente, ce n'est point cette misère, dans laquelle; après tout, on s'installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d'Orientaux vivent dans la crasse et s'y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.



A VOUS !
« Modifié: 08 Septembre 2015 à 19:38:11 par Zacharielle »
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Zacharielle

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    • au bord du littéral
Re : Saint-Exupéry
« Réponse #1 le: 02 Avril 2012 à 08:43:17 »
SAINT-EX
Ma référence absolue
Il y a tout dans ses livres
Surtout dans ton préféré (qui est le mien aussi)

Terre des hommes, c'est juste tout. Un livre plein. J'aime parce qu'il y a de la poésie, de la soif, des déserts, de l'aventure, de l'aviation, de la mort, de la vie, et surtout, et surtout, très simplement mais très présent, l'empreinte humaine partout dans toutes les lumières dans tous les regards dans toutes les gourdes. A cet égard, je pense que Citadelle est encore + solennel et va plus loin, mais c'est un inachevé et comme tu l'as dit, assez difficile à lire. Le lyrisme y est un peu différent. Merci en tout cas pour tes citations ; j'avais trouvé un très grand apaisement à lire Citadelle. Et j'ai envie de relire Terre des hommes... !

J'ai beaucoup aimé Courrier sud aussi et Vol de nuit. Même si sans tes résumés j'aurais eu du mal à les distinguer, pour moi, ses textes se confondent. Idem pour Pilote de guerre, qui est plus donc sur son expérience d'aviateur de guerre quand il vole et combat au-dessus d'Arras (si mes souvenirs sont bons). C'est un livre que j'ai lu en amphi, je me souviens. Mais pour le contenu, à part de la carlingue qui tremble, je ne sais plus trop. En tout cas j'avais bien aimé mais pas autant que d'autres.

Et puis le Petit prince, évidemment, que j'essaye de relire chaque année. Dommage qu'il n'ait pas laissé plus de dessins derrière lui... Ils sont graves et légers à la fois... C'est vraiment touchant.

Bon, bref...
Au cas où ce n'était pas clair : j'adore Saint-Ex.
J'ai aussi lu la biographie de Mermoz par Kessel et un bout de l'autobiographie de Roald Dahl, à la même période. C'est intéressant d'avoir des visions différentes sur une même période, c'étaient des pilotes très différents.

Sinon Saint Ex comme je l'ai dit dans un autre sujet, me fait aussi penser à Steinbeck. Dans l'espèce d'universalité simple qu'ils dégagent tous les deux.

Oups, il est l'heure d'aller bosser !

 


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