Les vagues à l'âme de l'étendoir
C'est pas l'homme qui choisit l'étendoir...
Tout le monde peut en penser ce qu'il veut , mais chez nous c'est inné nous savons dés le début qu'elle sera notre vie, ce qui nous pend aux cordes et croyez moi ou pas, ne vous fiez pas aux apparences...ce n'est pas l'homme qui choisit l'étendoir, c'est l'étendoir qui choisit l'homme…
Et oui, le vérité est cruelle , mais c'est ainsi. Nous choisissions qui nous allions être, où nous allions vivre, nous choisissions nos humains… bon, ça c'était la théorie. Mais la seule, l'unique obsession, nos discussions et nos rires avant d'avoir décidé quel humain nous allions adopter… : Quelles culottes allaient se pendre à nous… Et que celui ou celle qui n'est pas resté prostré devant cette angoissante interrogation quasi mystique me jette la première gaine. Nous passions notre temps à regarder avec passion… avec angoisse parfois, l'adoption d'un humain peut être contrariée, toutes ces fesses qui défilaient...ha que de surprises de joies, de peurs, surtout quand certaines faisaient des bruits étranges et nous incommodaient de leurs effluves momentanées… Mais comment de telles substance organiques pouvaient-elles sortir comme ça et rester en suspension dans l'air…. Par le grand étendoir céleste, nous en avons respiré du gaz…. Du musqué, du léger, du mentholé et de l'indéfinissable.
Nous étions multiples, notre degré d'adaptation frôlait le merveilleux. Nous pouvions être fixes, pliables… les plus aventuriers étaient les nomades-séchoirs, ils suivaient leurs humains quelque soit la destination. Les plus obsédés étaient les séchoirs de baignoires, certains avaient fini enfermés, les plus chanceux passaient leur temps à regarder les humains se laver… Ha...ils auraient vendu leur âme pour quelques fesses..
Moi j'étais un parapluie, d'abord parce que çà en jette, et le genre parabole me donnait un petit coté science-fiction… c' était un choix risqué, et beaucoup y avaient laissé leurs cordes, finissant comme vulgaires antennes paraboliques, que le saint string veille sur eux. Mais voici venu la fin de mon temps, le temps du dernier porte-jarretelle . Je vais vous conter mon histoire car ma vie se termine, je suis maintenant tout prêt du cimetière des étendoirs…. Nous avons l'instinct et c'est là que nous achevons notre existence car il est écrit que lorsque la source aux culottes se tarit pour l'étendoir, s'en est presque fini.
Ainsi, comme beaucoup, c'est Herby qui nous a fait naître, et nous n'en étions pas peu fier, car Herby, c'était lui, le leader français de l'étendoir à linge. Ainsi, nous étions donc nous aussi membre de la grande famille des Loupéens, il en est ainsi pour ceux de La Loupe . Oui, vous allez me dire que certains d'entre nous auraient pu se faire appeler tout simplement des « Loupés », mais sus à vous qui n'avez jamais eu magnifiques culottes suspendues à vos cordes.
En règle, général, notre éveil ne se faisait pas avant l'arrivée en magasin, pourtant un peu de manière embryonnaire, nous choisissions quel type de séchoir nous allions être. Bref, me voilà éveillé, au taquet pour choisir mon humain...Chacun d'entre nous avait ses critères, à coté de moi par exemple, celui qu'on appelait fil-iniste…. Jamais vu un séchoir pareil, il faisait vibrer ses cordes à l'italienne , tout ça parce qu'il ne voulait que des grosses fesses, donc d'énorme culotte et nous disait que la beauté fellinienne était la seule qui vaille. Il en était arrivé à voler de la sauce bolognaise quand le magasin était fermé et à en enduire ses cordes pour les attirer.
De l'autre coté, le rigide, d'ailleurs il l'était vraiment… toujours silencieux, jamais un mot….il nous avait dit un jour, que tant que tout était parfait, il n'avait rien à dire….Il rêvait d'un environnement style Bauhaus, et nous avait confié une fois qu'il n'était pas né à la bonne époque.
Maintenant, Fil-iniste est parti, comme dans un film…. Il s'est mis à faire des vibratos quand elle est arrivée dans l'allée, tellement fellinienne qu'on croyait qu'elles étaient deux...il a littéralement sauté dans le caddie… On dit qu'il avait donné son âme pour des rondeurs…
Moi, j'attendais, je regardais, et puis le miracle à eu lieu...des jambes magnifiques, oui, il faut vous dire que nous les étendoirs à linge, à par bien sur les « de l'autre coté », nous aimons avant tout les humains féminins, y a plus de choix dans leurs sous-vêtements...et c'est malgré tout ce vers quoi nous nous tendons… pas vous ?
Il est grand le mystère du sous-vêtement…
Qu'on me coupe les cordes si celle qui était bien à l'abri de ces superbes fesses que j'imaginais, ne soit pas pendue un jour ou l'autre aux miennes… Et pourtant !
Nous, les étendoirs parapluie avons un avantage...nous voyons plus loin, plus haut, notre coté parabole sûrement… Nous séchons plus rapidement, nous sommes plus fort… En un mot , nous sommes les meilleurs. D'ailleurs, il y a une légende qui se raconte quand on a pas encore adopté notre humain : Celle de l'étendoir qui valait Trois Milliards…. Mais çà, c'est un truc intra-étendoirs.
J'étais dans le coffre de la voiture, un break Volvo, mais mes cordes pourtant pas encore tendues à leurs maximum vibraient en mode « fais gaffe mon étendoir...çà sent l'arnaque ». Bon, c'était moi qui l'avait adopté, donc normalement, pas de problème, je n'allai quand même pas faire partie des « peut-être une autre fois »… C'est comme çà qu'on appelle ceux qui ont cru adopter un humain et qui se retrouvent chez un autre. Autant dire, l'humiliation suprême. Je profitais de chaque petite bosse pour la regarder dans la glace qu'il y avait juste au-dessus d'elle et plus je l'a regardais plus je me disais que j'avais peut-être merdé sur ce coup là… mais , je suis un étendoir-parapluie, et que le grand étendoir divin en soit témoin, nous les EP (étendoirs-parapluie ), ne nous avouons jamais vaincu….et s'il faut perdre la bataille, que ce soit avec panache. Oui c'était décidé, je rentrais en guerre et si je dois m'en aller vers le cimetière des étendoirs, que cela ce fasse sans gaine ni slip kangourou à mes cordes…
On roulait depuis un moment, et je commençais le combat, j'avais réussi à coincer une de mes fixations avec un des sièges quand je senti la voiture stopper.
L'humaine avait de jolies formes, mais aussi de sacré bras...elle me décoinça assez facilement et me voilà contre la voiture, au moins j'étais contre une suédoise, et devant moi...une habitation, enfin, un poulailler… un terrier.. ? Un nid abandonné ? Une maison en kit montée sans notice ??? Je regardais le jardin, enfin le terrain, c'est évidement la première chose qu'on fait quand on arrive chez notre humain, sauf que là….je n'étais sûrement pas chez le mien, si ?
L'humaine que j'avais choisie, enfin que je croyais avoir adopté m'attrapa , me plaqua contre sa poitrine, et me posa devant l'entrée..
- Mamie, j'ai ton étendoir !! On prend un café et je te l'installe dans le jardin.
Il y a des jours où tu perds la foi, que tu te dis que cette histoire d'étendoir céleste, de cimetière des étendoirs, c'est de la connerie… Et bien, comment vous dire : là, à ce moment précis, c'est exactement ce que je me disait . La grand-mère est apparue...Je ne sais même pas quoi dire d'autre…. Juste : la grand-mère est apparue. Et il y a aussi des jours, tu ne sais pas comment ça arrive où tu trouves en toi des ressources dont dépend ta survie, tout au moins ton honneur d'étendoir. Et une fraction de seconde, c'était l'état dans lequel je m'étais retrouvé . Je voyais tout au ralenti, les voix humaine semblaient plus grave...Je n'étais plus un étendoir-parapluie mais un super-étendoir-parapluie.
Oui, ce jour là...le SPE est entré en résistance. Ce jour là, j'ai décidé que la grand-mère ne pendrait pas ses gaines, propres ou pas, à mes cordes...Je fis vibrer mes cordes de manière exponentielle, et la vibration parcourue la planète… Tous les étendoirs du monde savaient maintenant que mon combat avait commencé. Qu'un étendoir-parapluie était entré en résistance, qu'il avait refusé les slips immondes et autres gaines déformées.
Oui, c'est aujourd'hui, que peut-être, j'allais devenir une légende….
Elle est venue, elle a vu...elle n'a pas été suspendue…
Quand je fus sorti de ma torpeur, j'avais l'impression que la terre ne tournait plus, le soleil était à son zénith et la pression était palpable… comme si la cohorte des étendoirs du monde entier était en attente… le murmure des cordes à linges envahissait l'univers…
Mon adoptée sortit la première, avec derrière elle, la grand-mère. J'avais tenté de me plaquer contre le mur, mais ça ne servit à rien. En deux minutes, je me trouvais sans mon plastique sur le reste de pelouse...oui , à ce niveau là, c'est de reste qu'il fallait parler. Et soudain, le flash, la lumineuse idée qui m'enverrait directement dans la conscience collective des étendoirs à venir… J'avais trouvé la parade….Oh qu'il soit remercié le grand étendoir céleste… Je décidais de faire un bond à chaque fois que l'humaine , qui semblait ne pas savoir qu'elle était mienne , tenterait de me planter dans le sol...Si je me débrouillais bien, çà devait éliminer son action...zéro partout mais moi gagnant. Ha, ha ha , il fallait la voir… elle ne tiendrait pas...plus elle tentait de m'introduire...dans le sol, plus je trouvais l'énergie pour accentuer mes bonds...elle était rouge, elle transpirait...j'imaginais déjà son string, lancer des S.O.S en quête de bouées qui jamais ne viendraient, c'est sûr lui aussi menait un combat contre la mort et la noyade.
Elle me jeta littéralement par terre et s'en alla vaincu….mais la grand-mère, elle, me fit le mauvais œil. J'avais gagné la bataille, gagnerai-je la guerre ?
Et, c'est là que je le vis arriver….des poils partout, je n'avais même pas vu que c'était un homme au départ…. Des bras comme des cuisses, un ventre qui avait connu les joies de la bière….et cette barre en fer à la main… Il ne fît pas attention à moi, saisit la barre qu'il mis bien droite dans le sol et commença à taper et à l'enfoncer, l'enfoncer...On aurait dit qu'il creusait ma tombe… Il se saisit de moi et me planta aussitôt, pas la peine de tenter un bond… S'en était fini de moi...Oui, j'allais devenir un « Peut-être une autre fois » et serais rayé de la grande famille de SEP.
Il faisait nuit, maintenant...Pourvu que la nuit porte conseil. J'entendais les cordes des étendoirs pas très loin me vibrer des : « ne lâches rien !!! »…. Ne lâches rien, j'entendais sans écouter, puis je me mis à écouter… et j'eus le déclic…. Demain, le combat final, demain je deviens un « peut-être une autre fois » ou je deviens une légende.
Le soleil est à peine levé, la grand-mère ouvre la porte, ce n'était donc pas des histoires qu' on se racontait quand on prétendait qu'à un certain niveau de leur existence les humains ne dorment presque plus…. Elle tient une bassine, j'en suis sur, elle vient pour ses gaines… Pendant la nuit , je m'étais refermé...Vas-y la vioque … essayes donc de m'ouvrir pour voir.. Bon, malgré tout, je dois lui rendre çà, elle était farouche au combat...elle tenta de m'ouvrir , je me refermais avec aisance mais elle était coriace… pas grave, continues, tu ne fais qu'enrichir les histoires que les étendoirs se raconteront plus tard quand ils parleront de moi, le SEP entré en guerre. J'attendis le bon moment, car je savais qu'il fallait que je porte la dernière estocade, elle ne se retirait de la bataille qu'une fois vaincue. Çà faisait bien une heure que çà durait, et c'est là que je décidai d'en finir...Claque, j'y mis toute mon énergie et hop….un doigt en moins la grand-mère… Quand on vous dit que ce n'est pas l'homme qui choisit l'étendoir… Hé ! ..et encore moins la grand-mère !!!
Une semaine plus tard, j'étais planté sur la magnifique pelouse de mon humaine, les cordes tendues à leur maximum. Et, je les vis arriver...dans leur petit panier, magnifiques, d'une propreté impeccable...ils n'étaient pas de vulgaires strings, de vulgaires culottes...mais bien une ode à la création….
J'étais entré en guerre, j'avais vaincu….et ma vie fut un feu d'artifice de sous-vêtements plus enivrant les uns des autres, et malgré les années...mon humaine resta telle que lorsque je la vit dans le magasin….
Voilà, il est temps pour moi de m'en aller au cimetière des étendoirs...ma source à culottes se tarit… mais j'aurais eu une belle vie..
L'as-tu vu ?
L'as-tu vu ?
Le joli string
Le joli string
L'as-tu vu ?
L'as-tu vu ?
Le joli string
A mes cordes suspendu….