Fumerie satanique (poème en forme d'impasse)Méditer pèse
Être est un sac de pierres
toute conscience ronge
tout pensée honnête est vulnérante
tout jette en pâture à l'angoisse
(minotaure dans le labyrinthe qu'est l'existence)
tout lucidité sur soi même est soleil acéré
et les supplices alternés
du remords et du regret
quiconque aura vécu vous le dira
ou feindra de ne pas vous le dire
et à mon tour je vous l'avoue
Mais on ne m'écrasera pas ainsi
aux grands maux les grands remèdes,
Je suis allé à la Grande Fumerie sur le Boulevard
où j'ai fait serment d'hébétude
puis donné mon âme en caution
et comme tous mes bons camarades hébétés
nous sommes alités dans de vastes salons blancs
où nous passons de longues heures à fumer l'opium
en silence
contemplant des plafonds d'une blancheur immaculée
alors, peu à peu
je me déleste de mes méditations, de mon être, de toute conscience, angoisse,
pensée, regrets, remords,
je les expulse de moi en douces humées
en déridantes volutes
enfin je me sens en paix de larve béate
las à peine sorti des blocs
voilà que je m'effondre au premier pas
il faut alors revenir s'hébéter un peu plus
mais l'effet de l'opium s'atténue semaine après semaine
le piège est clos tout le monde fume et fume
s'hébète jusqu'à l'extinction seul comme je suis
je me demande par quel miracle je pourrais
récupérer ma caution et quitter les lieux
et le reste :
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