Ouh la la comment être synthétique...
1. Pour les romans planifiés (je vais parler au présent de vérité générale mais ça m'est arrivé qu'une fois hein...)
Comment construisez-vous votre roman ?
Je réfléchis aux idées que j'ai envie d'y mettre, à l'atmosphère, je fabrique un peu l'ambiance à partir de mes ambiances préférées, tout en essayant d'aboutir à quelque chose d'original. Une fois que j'ai les images en tête (les lieux surtout, et les idées principales qui se retrouveront dans l'intrigue), je me mets vraiment à réfléchir à l'histoire. Et ensuite je fais un plan bien détaillé, genre le résumé anecdotique de l'histoire en 4 ou 5 pages (au final, elle en a fait 200).
Du coup, construit à partir d'images et d'ambiances. Et ensuite cousues entre elles (en gros, le fil c'est l'intrigue).
Quand faites-vous vos corrections/reprises ?
Les reformulations, je les fais après avoir tout fini, ou quand je relis un passage pour me remettre dans l'ambiance avant d'en commencer un autre. Et une fois que tout est fini j'essaie d'élaguer un peu, toutes les phrases qui servent à rien etc.
Pour les corrections de fond, sur la structure-même, par exemple pour améliorer la crédibilité du comportement d'un personnage, j'ai rarement la motivation et j'abandonne et je finis par remiser le roman dans un coin...
Comment bâtissez-vous vos personnages (j'entends par là leur psychologie, leur complexité, leur histoire, en un mot : leur identité) ?
Du coup ils viennent souvent après avoir établi ambiances et images. Sauf quand ils sont partie prenante d'une ambiance ou qu'ils font partie de l'image. Mais la plupart du temps j'établis pas de profil psychologique. Ca vient en écrivant ; leurs réactions viennent et se nuancent, je les fais réfléchir et ça me donne une idée de qui ils sont. Mais bon j'estime avoir de mauvais personnages...
Comment surmontez-vous l'obstacle du découragement (parce que ça n'avance pas, pas assez vite, pas dans la bonne direction, parce que ça commence à trop ressembler à ce que vous êtes en train de lire ...)?
Robin Hobb (c'est pas une citation, c'est mon souvenir en gros de ce qu'elle a dit) : "votre histoire, même si vous la trouvez mauvaise, ou interminable, et surtout même si vous avez en tête une autre histoire bien plus enthousiasmante et qui vous semble de bien meilleure qualité, eh bien, votre histoire, finissez-la."
J'essaie d'avoir des chapitres pas trop longs, pour que j'aie vraiment l'impression de me voir avancer, de voir que je me rapproche de la fin... enfin c'est basique quoi...
Pour le fait que ça ressemble à ce que je suis en train de lire, ça me dérange pas en fait, je considère pas avoir un style à moi, quand j'écris je retrouve 40% de Machin, 25% de Truc, 20% de Chose et 15% de divers autres. Je pense que le style personnel, c'est ces 15%, qui se forment et s'accroissent au fur et à mesure que la kiffaison de nouveaux auteurs font perdre un peu d'influence aux autres, jusqu'à ce que leur trace devienne plus difficile à suivre. Du coup je suis d'accord pour que le style de mon texte ressemble à celui de tel auteur, parce que ça veut dire qu'il pousse les précédents, qu'il précise et nuance le souvenir que j'ai de leur style. C'est comme ça que fonctionne l'appropriation, pour moi. Bref...
C'est quoi vos principales difficultés pour les romans ? Je veux pas dire la motivation, l'organisation, tout ça. Je veux dire : quand vous rédigez ? Au niveau de la structure de l'histoire ? Par différence aux textes courts ?
Justement (t'en parlais un peu aussi je crois Mil quand tu disais "pédaler pour faire avancer la machine"), faire avancer le récit tout en s'obligeant à ne pas faire qu'avancer le récit. Parfois j'avais l'impression qu'un passage était juste un drap posé sur les câbles de mon plan/intrigue. C'était pas assez étoffé, y avait pas assez de chair, le personnage ne vivait que pour l'intrigue en gros.
2. Pour les romans on-se-lance (bon, les nanos en gros)
Comment construisez-vous votre roman ?
Le mois précédent le début, je relis le doc word qui consigne toutes les idées qui me sont venues au cours de l'année (ça va d'une idée-image, par exemple "être mendiant en habitant sur la tour de Babel (à la Brueghel)" à une idée qui touche + à la structure du récit, par exemple "dès que le narrateur meurt, c'est son assassin qui reprend la narration").
Du coup j'ai certaines idées en tête, et elles poussent comme des champignons, enfin lentement, mais elles gonflent un peu et se colorent, et j'essaie de voir comment elles pourraient se conjuguer pour aboutir à un récit plus ou moins unifié.
Donc il se construit par agglomération d'idées...
Mais cette agglomération est artificielle parce qu'elle est susceptible de bouger à la rédaction. Une idée plus ou moins prévue pour être cause d'une autre peut se retrouver comme conséquence, parce qu'en écrivant j'aurai trouvé ça plus logique, ou l'idée d'inverser me sera venue et à l'instant T de la rédaction ça m'aura davantage séduit, j'aurai trouvé ça porteur de + de sens...
Quand faites-vous vos corrections/reprises ?
Pareil que pour un roman planifié (même si je coupe un peu +, genre 1000 à 2000 mots).
Comment bâtissez-vous vos personnages (j'entends par là leur psychologie, leur complexité, leur histoire, en un mot : leur identité) ?
Pareil, ça vient à mesure. Ils se développent et se contaminent les uns les autres.
Comment surmontez-vous l'obstacle du découragement (parce que ça n'avance pas, pas assez vite, pas dans la bonne direction, parce que ça commence à trop ressembler à ce que vous êtes en train de lire ...)?
Avec une bonne feuille de stats et l'idée "je fais l'autruche tant que le point final n'est pas arrivé"
C'est quoi vos principales difficultés pour les romans ? Je veux pas dire la motivation, l'organisation, tout ça. Je veux dire : quand vous rédigez ? Au niveau de la structure de l'histoire ? Par différence aux textes courts ?
Garder de la cohérence, ne pas trop partir en sucette. Ce que je trouve difficile c'est de maintenir un axe conducteur fort, pour que le lecteur n'ait pas impression que ce texte n'est pas un roman mais un ramassis de petits passages accolés sans intérêt global. L'intérêt global, c'est difficile de le garder en tête et d'écrire dans sa perspective.