Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

12 Septembre 2026 à 11:20:13
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026

Auteur Sujet: Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026  (Lu 984 fois)

Hors ligne Aionia Apektasis

  • Calliopéen
  • Messages: 577
  • Un poisson m'a avalé, venez me chercher svp...
Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« le: 04 Juin 2026 à 22:20:31 »
Désolé j'ai un peu de retard... Mais je me suis ouvert une porte pour les prochains défis.
Désolé pour l'absurde de certains passages, quand je suis en stress, je raconte que des bêtises.
Mais je sais que la suite peut-être plus sérieuse.
Enfin bon, bonne lecture, j'espère.

Le dossier du professeur

Salut, moi c’est Théodulfe.
Je vais poser sur papier cette histoire pour que quelqu’un la retrouve un jour, au cas où, on sait jamais. Parce que bon, le secret de Luna, notre professeure de l’école de Cocorico, il est un peu lourd à porter pour un gars comme moi.
Mais n’allons pas trop vite.
À Cocorico, je m’occupe des chaises. Enfin, pas que, je suis ébéniste. Dans la famille, on travaille le bois de père en fils. Bon, mon père est mort et mon grand-père se saoule à la liqueur de chou-fleur artisanale qu’il distille dans la grange. Mais c’est pas le sujet.
Je suis rentré y’a pas longtemps à Cocorico. J’étais parti à la recherche de mon cousin Link, lui-même parti combattre un gars nommé Ganondorf, qui n’a rien demandé à personne. Enfin, si, il veut le pouvoir. Il est pas spécialement sympa.
Bon, quoi qu’il en soit, Zeldoufe, qui m’avait promis un baiser si je retrouvais Link, s’est évaporée comme la brume du matin quand je lui ai dit que je rentrais avec peau de chagrin. En plus, elle parti avec Mario, le plombier itinérant qui fait aussi des pizzas.
Je reprenais une vie normale. J’ai retrouvé les poules de ma grand-mère qui s’était sauvée encore une fois. Attendez, le dossier de Luna, j’y arrive. Soyez pas pressés. J’en étais où ? Ah oui, les poules. J’ai failli finir au bûcher, quand j’ai dit qu’il fallait un poulailler.
Les femmes du village ont crié au scandale, et on dit qu’un poulailler c’était un symbole phallique de l’oppression patriarcale visant à museler les droits et libertés des gallinacés femelles.
J’ai rien compris.
Quoi qu’il en soit, j’ai été sauvé du bûcher par le conseil municipal pour une affaire de la plus haute importance. Le maire m’a dit, l’air grave :
« Théodulfe, le dossier du professeur est cassé. »

La professeure Luna de Cocorico possède une chaise ancestrale. Elle est jolie sa chaise. Le tissu de son dossier est fait d’une fibre rarissime issue de fleurs blanches poussant dans une vallée oubliée. Ces fleurs portent plusieurs noms, mais aucun de bien précis : fleurs qui perdent leurs cheveux au vent, fleurs de graines voyageuses. Enfin, ça, c’es ce que j’ai appris auprès de la prodesseure Luna, c’est pour ça que ça me tenait vraiment à cœur, cette quête. Après avoir raté de retrouver mon cousin, fallait bien que je me fasse reluire un peu. J’allais pas fabriquer des étagères toute ma vie à Cocorico. D’autant qu’à Cocorico, y’a six cents âmes, dont trois cent cinquante poules et vingt huit vaches. Autant dire que la demande en meuble est pas folichonne.

La professeure Luna, quand elle parle des fleurs, elle parle aussi d’espoir, de vœux pieux, de liberté, de voyage, de transmission. Elle parle aussi Dèlfes et de loups avec des yeux partout. Je crois que la professeure Luna apprécie la gnôle de contrebande de mon papi. Mais c’est pas le sujet non plus. Faut bien que je vous parle de la quête.

Fleurs qui perdent leurs cheveux au vent, ça fait penser à quelqu’un qui perd ses souvenirs. C’est triste. C’est aussi ce qui m’arrive, c’est pour ça que j’écris comme ça. Quelqu’un qui a perdu ses souvenirs, c’est triste un peu.
D’ailleurs, y’a une légende chez nous : chaque fleur qui fane, c’est un souvenir qui s’efface. Mais on se console en se disant qu’il y a d’autres fleurs qui poussent.

Enfin bref. Mon pantalon était sale. J’en ai qu’un, fallait que je le lav. C’est là que mon voisin est venu pour que j’empaille son écureuil domestique. Je fais aussi taxidermiste pour arrondir les fins de mois. Dans la précipitation, j’ai cousu l’écureuil empaillé à mon pantalon – chez moi c’est pas très grand – et je suis parti à la recherche des fleurs avec un écureuil empaillé cousu à ma braguette. Je dois vous avouer que, quoi qu’on en dise, je trouvais que ça avait un certain style.

J’ai trouvé la vallée perdue. C’est plutôt facile, elle est juste à deux kilomètres de Cocorico. On l’appelle « perdue » pour faire venir les touristes. Cocorico, on va pas se mentir, c’est perdu aussi. Et à part les plombiers itinérants – qui se barrent avec vos copines en devenir- y’a pas grand monde qui passe.
J’y ai croisé un gars, qui cueillait exactement les fleurs dont j’avais besoin. Nous nous sommes dévisagés longtemps, tout en ramassant les fleurs, à deux ou trois mètres l’un de l’autre, en ligne droite. Puis nous avons fini par parler. Il m’a demandé si je connaissais Cocorico, et la professeure Luna. Je lui ai pas dit que je venais de Cocorico, mais que tout le monde connaissair la professeure Luna. Il m’a dit pas autant que vous le croyez. Il m’a dit « tu fais quoi sinon ici ? » Je lui ai dit que j’étais là pour réparer un meuble. Il m’a demandé pourquoi j’avais un écureuil mort cousu à la braguette de mon pantalon. J’ai rougi de honte et j’ai pas répondu. Il m’a dit qu’il était là parce que cueillir ces fleurs pourraient l’aider à trouver un document perdu, qui menait soit disant à un trésor. Il m’a dit que les gens  cherchant des trésors cherchaient souvent de l’or. Il m’a dit que les vrais trésors, parfois, ça commençait par un morceau de papier. J’ai rien compris. J’ai pas voulu le croire. En plus, il m’a dit qu’il venait d’un pays nommé Morrowind. Ouais, et pourquoi pas Daggerfall tant qu’on y est ? Les gens qui croient en ces légendes et essayent de les faire vivre, j’vous jure…

Enfin bref, j’en suis où ? Ah oui. J’ai rempli mon panier avec les fleurs, et je suis rentré à Cocorico. Fait pas croire, ces fleurs elles son géniales. Il en faut pas beaucoup pour avoir assez de tissu pour réparer un dossier de chaise.
Je suis rentré à mon atelier, qui est aussi mon salon, qui est aussi presque toute ma maison. Quelqu’un est passé devant ma fenêtre et m’a dit de ne pas trop me presser. Apparemment, notre professeure Luna était partie sans laisser d’adresse au moment où moi je partis chercher les fleurs.
Avec une extrême délicatesse, j’ai démonté la chaise, pièce par pièce, et j’ai posé le dossier de la chaise de la professeure sur mon établi. J’ai précautionneusement retirer le rembourrage floral, et l’ai mis à tremper dans une décoction – dont je tairai le secret – qui donne souplesse et aération.
Et c’est là que je l’ai découvert. Un petit papier. Quelques lignes à peine. Pas une révélation complète, mais assez pour comprendre que le gars rencontré dans la vallée perdu qui ne n’est pas, disait vrai. Du coup, il vient peut-être vraiment de Morrowind.
Sur le papier, on aurait dit une sorte de carte, d’un pays que je ne connaissais pas. Je suis un peu un benêt, vous l’aurez compris et je ne m’en cache pas, Maman buvait aussi de la liqueur de chou-fleur pendant sa grossesse, mais je suis hyper calé en géographie. Même si je croyais jusqu’à ce jour que Morrowind n’existait pas. Y’a un rideau de fer entre notre pays et les autres.
Et pis avec la carte, y’avait un petit mot :
« Si vous lisez ceci, c’est que le dossier du professeur a enfin cédé ».
J’avais peut-être pas retrouvé mon cousin.
Mais je me promis de faire tout ce que je pouvais pour découvrir tout ce que cela voulait dire…

Fin ?
« Modifié: 04 Juin 2026 à 22:35:45 par Aionia Apektasis »
L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
Job, 1.7

En ligne Luna Psylle

  • Modo
  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 033
  • N'weti Harellan.
    • Ma page perso du Monde de l'Ecriture
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #1 le: 05 Juin 2026 à 08:31:21 »
Salut !

Wha, les réfs ! Je ne suis même pas sûre de toutes les avoir :D

Deux broutilles :

Citer
J’ai retrouvé les poules de ma grand-mère qui s’était sauvée encore une fois.
s'étaient sauvées

Citer
– qui se barrent avec vos copines en devenir-
le tiret ne s'est pas mis comme il faut

J'ai bien ri. Le dossier qu'on peut croire un dossier en papier qui se transforme en dossier de chaise, les Link, les Mario, Morrowind, et y'a même ma Måne et mon Fen ! Non vraiment ! Y'a de quoi redonner le smile :)

Une bonne journée,
ar lath ma, vhenan
source avatar - The secrets of darkest magic, by Nipuni

Hors ligne Claudius

  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 12 562
  • Miss green Mamie grenouille
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #2 le: 05 Juin 2026 à 11:31:32 »
 :D :D :D

Je me suis régalée, en première lecture, j'ai tout compris ! OUI ! Tout !
C'est vraiment du grand n'importe quoi mais en fait, malgré le bazar, c'est logique dans l'illogisme. (Quoi ? Ce n’est pas logique ?)

J'ai relevé un tas de "broutilles" mais là je n'ai pas trop le temps de corriger. Je reviendrai (oui ! Promis !)

 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

Hors ligne Aionia Apektasis

  • Calliopéen
  • Messages: 577
  • Un poisson m'a avalé, venez me chercher svp...
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #3 le: 05 Juin 2026 à 19:19:30 »
@Claudius et @Luna,
merci d'être passées par ici.

@Claudius
Citer
J'ai relevé un tas de "broutilles" mais là je n'ai pas trop le temps de corriger. Je reviendrai (oui ! Promis !)

Je ne pense pas que je corrigerai les coquilles, parce que Théodulfe dit ceci :
Citer
Fleurs qui perdent leurs cheveux au vent, ça fait penser à quelqu’un qui perd ses souvenirs. C’est triste. C’est aussi ce qui m’arrive, c’est pour ça que j’écris comme ça. Quelqu’un qui a perdu ses souvenirs, c’est triste un peu.

Du coup, je trouve cohérent de laisser les petites coquilles ici et là.
D'autant qu'elles ne gênent pas pour la compréhension du texte  ;)

Aïonia
L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
Job, 1.7

Hors ligne Claudius

  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 12 562
  • Miss green Mamie grenouille
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #4 le: 05 Juin 2026 à 19:49:08 »


Me revoilou, j'ai pris le temps de relire, et j'ai  bien rigolé une seconde fois !

Une remarque générale : tu mélanges un peu les temps mais je pense que c'est dû à l'histoire et au ton un peu benêt du narrateur.

En tout cas c'est bien vu, le dossier de la chaise ! Il fallait y penser :)


Citer
En plus, elle parti avec Mario, le plombier itinérant qui fait aussi des pizzas.
Elle est partie ou elle partit...


Citer
Je reprenais une vie normale. J’ai retrouvé les poules de ma grand-mère qui s’était sauvée encore une fois.

s'étaient sauvées


Citer
Enfin, ça, c’es ce que j’ai appris auprès de la prodesseure Luna, c’est pour ça que ça me tenait vraiment à cœur, cette quête. Après avoir raté de retrouver mon cousin, fallait bien que je me fasse reluire un peu.
c'est et professeure

Citer
Elle parle aussi Dèlfes et de loups avec des yeux partout. Je crois que la professeure Luna apprécie la gnôle de contrebande de mon papi. 
d'elfes

Citer
. Et à part les plombiers itinérants – qui se barrent avec vos copines en devenir- y’a pas grand monde qui passe.
un espace entre devenir et le tiret

Citer
Je lui ai pas dit que je venais de Cocorico, mais que tout le monde connaissair la professeure Luna.
connaissait

Citer
Il m’a dit qu’il était là parce que cueillir ces fleurs pourraient l’aider à trouver un document perdu, qui menait soit disant à un trésor.
pourrait l'aider et soi-disant

Citer
Enfin bref, j’en suis où ? Ah oui. J’ai rempli mon panier avec les fleurs, et je suis rentré à Cocorico. Fait pas croire, ces fleurs elles son géniales.
faut et sont

Citer
J’ai précautionneusement retirer le rembourrage floral, et l’ai mis à tremper dans une décoction – dont je tairai le secret – qui donne souplesse et aération.
retiré

Citer
Pas une révélation complète, mais assez pour comprendre que le gars rencontré dans la vallée perdu qui ne n’est pas, disait vrai.
perdue qui ne l'est pas,

En tout cas ton imagination complètement loufoque dans ce langage simplet est super sympa. J'attends la suite !

 :oxo:

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

Hors ligne Aionia Apektasis

  • Calliopéen
  • Messages: 577
  • Un poisson m'a avalé, venez me chercher svp...
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #5 le: 05 Juin 2026 à 20:31:51 »
@Claudius,

Citer
En tout cas ton imagination complètement loufoque dans ce langage simplet est super sympa. J'attends la suite !

J'ai déjà des tonnes d'idées pour ce malheureux Théodulfe.

- Retrouvera-t-il la professeure Luna ?
- Percera-t-il le secret du dossier de la chaise ancestrale ?
- Se vengera-t-il du pied de nez de Zeldoufe ?
- Retrouvera-t-il son cousin Link ?
- Le rideau de fer entourant son pays sera-t-il infranchissable ?
- L'écureuil restera-t-il cousu à la braguette de son pantalon ?

Mystère...
La suite jeudi prochain

Aïonia
L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
Job, 1.7

Hors ligne BeeHa

  • Prophète
  • Messages: 932
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #6 le: 07 Juin 2026 à 11:04:32 »
Salut Aionia,

Merci pour les sourires !
La découverte de toutes ces références, l'humour, les jeux sur les mots...
Bien joué !

Quelques bricoles :


Citer
J’en ai qu’un, fallait que je le lav
lave*

Citer
J’y ai croisé un gars, qui cueillait exactement les fleurs dont j’avais besoin. Nous nous sommes dévisagés longtemps, tout en ramassant les fleurs, à deux ou trois mètres l’un de l’autre, en ligne droite. Puis nous avons fini par parler. Il m’a demandé si je connaissais Cocorico, et la professeure Luna. Je lui ai pas dit que je venais de Cocorico, mais que tout le monde connaissair la professeure Luna. Il m’a dit pas autant que vous le croyez. Il m’a dit « tu fais quoi sinon ici ? » Je lui ai dit que j’étais là pour réparer un meuble. Il m’a demandé pourquoi j’avais un écureuil mort cousu à la braguette de mon pantalon. J’ai rougi de honte et j’ai pas répondu. Il m’a dit qu’il était là parce que cueillir ces fleurs pourraient l’aider à trouver un document perdu, qui menait soit disant à un trésor. Il m’a dit que les gens  cherchant des trésors cherchaient souvent de l’or. Il m’a dit que les vrais trésors, parfois, ça commençait par un morceau de papier. J’ai rien compris. J’ai pas voulu le croire. En plus, il m’a dit qu’il venait d’un pays nommé Morrowind. Ouais, et pourquoi pas Daggerfall tant qu’on y est ? Les gens qui croient en ces légendes et essayent de les faire vivre, j’vous jure…
Je pense que c'est voulu, mais la répétition des "il m'a dit que" m'a un peu fait tiquer.

Citer
Apparemment, notre professeure Luna était partie sans laisser d’adresse au moment où moi je partis chercher les fleurs.
J'ai un doute au niveau concordance des temps ici : ce n'est pas plutôt partais* ici ?


Une belle journée ~
“A faint clap of thunder;
Clouded skies;
Perhaps rain comes – if so, will you stay here with me?”

“A faint clap of thunder;
Even if rain comes not;
I’ll stay here, together with you…”

Hors ligne Aionia Apektasis

  • Calliopéen
  • Messages: 577
  • Un poisson m'a avalé, venez me chercher svp...
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #7 le: 18 Août 2026 à 11:10:31 »
Salut salut,
j'ai retravaillé un peu le texte.
J'ai essayé d'y ajouter un peu de poésie et de mélancolie.
Il est nettement plus long que le premier jet.
J'espère qu'il vous plaira autant que la première version.

Des bisoux,
Aïonia.

Le dossier de la professeure

   
Salut, moi c’est Théodulfe.
   Je vais poser cette histoire sur papier pour que quelqu’un la retrouve un jour, au cas où. On sait jamais. Parce que bon, le secret de Luna, notre professeure de l’école de Cocorico, il est un peu lourd à porter pour un gars comme moi.
   Mais n’allons pas trop vite.
   À Cocorico, je m’occupe des chaises. Enfin, pas que. Je suis ébéniste. Dans la famille, on travaille le bois de père en fils. Bon, mon père est mort et mon grand-père se saoule à la liqueur de chou-fleur artisanale qu’il distille dans la grange, mais c’est pas le sujet.
   Enfin, si, ça fait partie de l’histoire, quelque part.
   Je suis rentré il y a pas longtemps à Cocorico. J’étais parti à la recherche de mon cousin Link, lui-même parti combattre un gars nommé Ganondorf, qui n’avait rien demandé à personne. Enfin, si, il veut le pouvoir absolu. Il est pas spécialement sympa.
   J’ai pas retrouvé Link.
   Zeldoufe, qui m’avait promis un baiser si je le retrouvais, s’est évaporée comme la brume du matin quand je lui ai annoncé que je rentrais les mains vides. Enfin, avec peau de chagrin, comme on dit. Elle est partie avec Mario, le plombier itinérant qui fait aussi des pizzas.
   Je ne lui en veux pas vraiment. Enfin je crois. J’ai repris une vie normale.
   J’ai retrouvé les poules de ma grand-mère, qui s’étaient sauvées encore une fois. À Cocorico, les poules se sauvent beaucoup. Je crois qu’elles connaissent mieux le village que nous. Il y en a même une qui dort devant la taverne du Coq Qui Boit et que personne n’a jamais réussi à déloger. Le vieux Gaspard lui parle tous les matins. Il dit qu’elle lui répond. Je crois qu’il boit trop.
   Attendez, le dossier de Luna, j’y arrive. Soyez pas pressés. J’en étais où ? Ah oui, les poules. J’ai failli finir au bûcher quand j’ai dit qu’il fallait construire un poulailler. Les femmes du village ont crié au scandale, et m’ont expliqué qu’un poulailler, c’était un symbole phallique de l’oppression patriarcale visant à museler les droits et libertés des gallinacés femelles.
   J’ai rien compris. Les poules non plus, à mon avis. Quoi qu’il en soit, j’ai été sauvé du bûcher par le conseil municipal pour une affaire de la plus haute importance. Le maire m’a dit, l’air grave :
« Théodulfe, le dossier de la professeure est cassé. »
   C’est comme ça que tout a commencé. La professeure Luna de Cocorico possède une chaise ancestrale. Elle est jolie, sa chaise.
   C’est une vieille chaise en bois sombre, plus vieille que l’école elle-même. Le bois est doux à force d’avoir été touché, poli par des générations de mains et de vêtements posés dessus. Quand on y passe les doigts, in sent encore les petites irrégularités du bois sous le verni, comme si l’arbre essayait de continuer à pousser sous nos paumes.
   Elle sent la cire, la poussière, et quelque chose de plus difficile à nommer. Une odeur de feuilles sèches, peut-être. Ou de grenier. Une odeur qui donne envie de se souvenir de quelque chose qu’on a oublié.
   Le tissu de son dossier est fait d’une fibre rarissime issue de fleurs blanches poussant dans une vallée oubliée. Ces fleurs portent plusieurs noms, mais aucun de bien précis : fleurs qui perdent leurs cheveux aux vents, fleurs de graines voyageuses.
   C’est ce que j’ai appris auprès de la professeure Luna. C’est pour ça que cette quête me tenait vraiment à cœur.
   Après avoir raté de retrouver mon cousin, fallait bien que je me fasse reluire un peu. J’allais pas fabriquer des étagères toute ma vie à Cocorico. D’autant qu’à Cocorico, y’a six-cents âmes, dont trois cent cinquante poules et vingt-huit vaches. Autant dire que la demande en meubles est pas folichonne.
   La professeure Luna, quand elle parle des fleurs, elle parle aussi d’espoir, de vœux pieux, de liberté, de voyages, de transmission. Elle parle aussi Dèlfes et de loups avec des yeux partout.
   Je crois que la professeure Luna apprécie la gnôle de contrebande de mon papi. Mais c’est pas le sujet non plus. Faut que je vous parle de la quête. Les fleurs qui perdent leurs cheveux aux vents, ça fait penser à quelqu’un qui perd ses souvenirs.
   C’est triste.
   C’est aussi ce qui m’arrive.
   Je m’en suis rendu compte récemment. Il m’arrive de chercher un mot et de ne plus le trouver. Pas longtemps. Une seconde ou deux. Parfois davantage. Il reste quelque chose à la place, une sorte de trou, comme quand on retire une cheville d’un morceau de bois et qu’on se demande pourquoi on avait fait ce trou-là.
   Une fois, j’ai oublié le prénom de ma mère. C’était pendant le déjeûner. Je savais que c’était ma mère. Je savais à quoi elle ressemblait. Je savais le son de sa voix. Je me souvenais même de la robe qu’elle portait le jour où elle m’avait appris à tenir un ciseau à bois.
   Mais son prénom avait disparu. Il est revenu le soir. Je ne sais pas où il était allé entre-temps. Alors j’écris ça.
   Quelqu’un qui a perdu ses souvenirs, c’est triste un peu. D’ailleurs, il y a une légende chez nous : chaque fleur qui fane, c’est un souvenir qui s’efface. Mais on se console en se disant qu’il y a d’autres fleurs qui poussent. Plus loin. Plus tard. Je sais pas si c’est vrai. J’espère que ça l’est.
   Enfin bref.
   Mon pantalon était sale. J’en ai qu’un, fallait que je le lave. C’est là que mon voisin est venu pour que j’empaille son écureuil domestique. Je fais aussi taxidermiste pour arrondir les fins de mois. Dans la précipitation, j’ai cousu l’écureuil empaillé à mon pantalon. Chez moi, c’est pas très grand.
   Je suis donc parti à la recherche des fleurs avec un écureuil cousu à ma braguette. Je dois vous avouer que, quoi qu’on en dise, je trouvas que ça avait un certain style. J’avais même mis un petit chapeau à l’écureuil. Je trouvais que ça faisait plus sérieux.
   En sortant de chez moi, la vieille Margot m’a regardé pendant plusieurs secondes. Elle a regardé l’écureuil. Elle m’a regardé. Puis elle a dit :
« Théodulfe, faut vraiment que tu trouves une femme.
- C’est peut-être pas le moment.
- Ce n’est jamais le moment avec toi. »
   Je suis parti.
   J’ai trouvé la vallée perdue. C’est plutôt facile, elle est juste à deux kilomètres de Cocorico. On l’appelle « perdue » pour faire venir les touristes. Cocorico, on va pas se mentir, c’est perdu aussi. À part les plombiers itinérants, qui se barrent avec vos copines en devenir, y’a pas grand monde qui passe.
   La vallée était silencieuse. Enfin, pas vraiment. Il y avait le vent dans les herbes, le bourdonnement des insectes, et le bruit des Fleurs à Clochettes, très léger, qui frottaient leurs pétales les unes contre les autres. C’est très musical. Et harmonieux.
   Je me suis demandé si j’étais déjà venu là. Je ne savais pas. Cette pensée m’a fait un peu peur. J’ai regardé derrière moi. La vallée semblait me regarder aussi. J’ai trouvé ça idiot. Une vallée ne regarde pas les gens. Enfin, je crois.
   J’y ai croisé un gars qui cueillait exactement les fleurs dont j’avais besoin. Nous nous sommes dévisagés longtemps, tout en ramassant les fleurs, à deux ou trois mètres l’un de l’autre, en ligne droite, comme deux chats qui se jaugent.
   Il portait une longue cape sombre, une cicatrice lui traversait la joue et un petit symbole noir tatoué sur le poignet. Je ne savais pas ce que c’était. Il me regardait comme s’il me connaissait. Ca m’a gêné. Finalement, il a parlé.
« D’où viens-tu ?
- De Cocorico.
- Est-ce que tu connais la professeure Luna ?
- Tout le monde connaît la professeure Luna. »
   Il m’a regardé bizarrement.
« Pas autant que tu le crois. Tu fais quoi ici ?
- Je suis ici pour réparer un meuble. »
   Il a regardé mon pantalon. Puis l’écureuil. Il a attendu. J’ai rougi.
« C’est temporaire, » ai-je dit.
   Il a hoché la tête.
« Bien sûr…
- Et toi, pourquoi t’es là ? »
   Il m’a dit qu’il était là parce que cueillir ces fleurs pourrait l’aider à trouver un document perdu, qui menait soi-disant à un trésor. Il m’a dit que les gens cherchant des trésors cherchaient de l’or la plupart du temps. Il a conclu en me disant que les vrais trésors, parfois, ça commençait par un morceau de papier.
   J’ai rien compris. J’ai pas voulu le croire. En plus, il m’a dit qu’il venait d’un pays nommé Morrowind. Ouais. Et pourquoi pas Daggerfall tant qu’on y est ? Les gens qui croient en ces légendes et essayent de les faire vivre, j’vous jure…
   Avant de partir, il m’a demandé :
« Tu te souviens de la dernière fois que tu es venu ici ? »
   J’ai répondu que je n’étais jamais venu. Il a souri.
« Bien sûr. »
   Puis il s’est tu, et s’est remis à cueillir des fleurs. Je suis parti sans lui demander ce qu’il voulait dire. Je l’ai regretté presque immédiatement. Quand je me suis retourné, il n’était plus là. Enfin bref, j’ai rempli mon panier de fleurs et je suis rentré à Cocorico.
   Faut pas croire, ces fleurs, elles sont géniales. Il en faut pas beaucoup pour avoir assez de tissu pour réparer un dossier de chaise. Je suis rentré à mon atelier, qui est aussi mon salon, qui est aussi presque toute ma maison.
   Quelqu’un est passé devant ma fenêtre et m’a dit de ne pas trop me presser. Apparemment, notre professeure Luna était partie sans laisser d’adresse au moment où moi je suis parti chercher les fleurs. Je trouvais ça étrange. Je ne savais pas pourquoi.
   Avec une extrême délicatesse, j’ai démonté la chaise, pièce par pièce, et j’ai posé le dossier sur mon établi. J’avais peur de l’abîmer. Une chaise, ça peut paraître solide. Mais quand on travaille le bois, on sait que les choses les plus anciennes sont souvent les plus fragiles. Il faut prendre soin des assemblages. Des fibres. Des traces laissées par ceux qui sont passés avant nous.
   Des souvenirs aussi, peut-être.
   J’ai précautionneusement retiré le rembourrage floral et l’ai mis à tremper dans une décoction dont je tairai le secret, qui donne souplesse et aération. Je sais réparer les choses cassées. C’est mon métier. J’aime bien ça. On prend quelque chose qui ne tient plus debout, on regarde où ça a cédé, on nettoie, on ponce, on ajuste, et parfois ça tient encore quelques années.
   Pour les souvenirs, c’est plus compliqué. On ne peut pas les poncer.
   Et c’est là que je l’ai découvert. Un petit papier. Quelques lignes à peine. Il était coincé dans le bois, sous le tissu, là où personne ne devait jamais le trouver. Le papier était jauni, presque translucide sur les bords. Il sentait la poussière et quelque chose de plus ancien encore. Quand je l’ai touché, il s’est légèrement froissé sous mes doigts
   J’ai hésité à l’ouvrir. Je ne sais pas pourquoi. J’avais l’impression que quelque chose allait disparaître si je le faisais.
   Finalement, je l’ai déplié. Quelques lignes. Pas une révélation complète, mais assez pour comprendre que le gars rencontré dans la vallée perdue qui ne l’est pas disait peut-être vrai. Du coup, il vient peut-être vraiment de Morrowind.
   Sur le papier, il y avait une sorte de carte, d’un pays que je ne connaissais pas. Je suis un peu benêt, vous l’aurez compris et je ne m’en cache pas. Maman buvait aussi de la liqueur de chou-fleur pendant sa grossesse, mais je suis hyper calé en géographie. Même si je croyais que Morrowind n’existe pas.
   Y’a un rideau de fer entre notre pays et le reste du monde. Je sais pas pourquoi, mais en regardant la carte, j’ai eu l’impression de la connaître. Pas le pays. La carte. Comme si je l’avais déjà tenue. Comme si quelqu’un me l’avait déjà montrée. Je suis resté longtemps devant.
   Puis j’ai vu le symbole. Une tête de loup. Ou quelque chose qui ressemblait à une tête de loup. Elle était dessinée dans un coin, à l’encre noire. Et pis, avec la carte, y’avait un petit mot :
« Si vous lisez ceci, c’est que le dossier de la professeure a enfin cédé. »
   Je suis resté immobile. J’ai relu la phrase. Puis une deuxième fois. Je savais que quelque chose avait changé. Je ne savais pas quoi. Peut-être que je n’avais pas retrouvé mon cousin. Peut-être que je ne retrouverais jamais Zeldoufe. Peut-être que certains de mes souvenirs étaient déjà partis sans me prévenir.
   Mais je me suis promis de faire tout ce que je pouvais pour découvrir ce que tout cela voulait dire. Avant d’oublier. Et, dehors, le vent faisait danser et tinter les fleurs. J’ai cru entendre quelqu’un m’appeler.
   Je suis sorti. Il n’y avait personne. Seulement une poule devant ma porte. Elle me regardait comme on regarde quelqu’un pour l’encourager à faire le premier pas. Alors j’ai fait mon sac.
   Et, la carte à la main, j’ai quitté Cocorico.
L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
Job, 1.7

En ligne Luna Psylle

  • Modo
  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 033
  • N'weti Harellan.
    • Ma page perso du Monde de l'Ecriture
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #8 le: 26 Août 2026 à 10:28:08 »
Salut,

Bon, j'avais promis jeudi dernier, vieux motard que jamais :mrgreen:

Citer
Quand on y passe les doigts, in sent encore les petites irrégularités du bois sous le verni, comme si l’arbre essayait de continuer à pousser sous nos paumes.
on ou il ?

Citer
Elle parle aussi Dèlfes et de loups avec des yeux partout.
:coeur:
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Citer
C’était pendant le déjeûner.
Il jeûne ou déjeune ;) ?

Citer
Je dois vous avouer que, quoi qu’on en dise, je trouvas que ça avait un certain style.
trouvais

Citer
Il portait une longue cape sombre, une cicatrice lui traversait la joue et un petit symbole noir tatoué sur le poignet.
Cette description me laisse une drôle de sensation... mais je ne peux rien dire de plus :-X

Citer
Mais quand on travaille le bois, on sait que les choses les plus anciennes sont souvent les plus fragiles.
J'ai eu la sensation qu'on parlait de bien plus que de bois ancien...

Citer
Quand je l’ai touché, il s’est légèrement froissé sous mes doigts
Manque le point de fin.

Je relis ton intro après lecture du texte. La poésie et la mélancolie se ressentent bien, très bien même.

Une bonne journée à toi,
ar lath ma, vhenan
source avatar - The secrets of darkest magic, by Nipuni

Hors ligne Aionia Apektasis

  • Calliopéen
  • Messages: 577
  • Un poisson m'a avalé, venez me chercher svp...
Re : Théodulfe : Tic-Tac 04-06-2026
« Réponse #9 le: 26 Août 2026 à 16:00:46 »
Coucou Luna,
merci de ton passage ici.
Je note les coquilles que t'as relevé, je les corrigerai après là je retravaille le chapitre 2 sur la liberté avec Bil (je vais le publier ce soir je pense).

Citer
Mais quand on travaille le bois, on sait que les choses les plus anciennes sont souvent les plus fragiles.
J'ai eu la sensation qu'on parlait de bien plus que de bois ancien...
Oui, y'a des choses anciennes en lien avec Théodulfe, mais j'ai pas fini d'écrire tout son passif, donc chut, c'est un secret  :)

Des bisoux,
Aïonia
L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
Job, 1.7

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.014 secondes avec 19 requêtes.