Ce texte a été écrit en 2005.
Je pense que je peux vous faire partager mes émotions car je sais que celle dont je parle va bien et ne m'en voudrait pas. C'est une histoire d'amour "filiale" même si..Il y a de merveilleuses expériences dans une vie.
La première fois que je t’ai entrevue, tu étais dans les bras de ta mère. Je la revois encore te tenant fort contre elle, en pleurant toutes les larmes de son corps à l’idée de se séparer de toi, son « bébé », impuissante devant ses propres défaillances. Tu as tourné lentement la tête vers moi, tu m’as regardée, avec l’air détaché qu’ont les êtres qui ne se font plus guère d’illusions sur la vie. Tu n’avais pourtant que 15 mois…
Ludivine, ma lumière dorée, jolie petite fille blonde, tu m’as sortie du tombeau et nous avons ensemble renoué avec la vie. J'ai appris ce qu’était qu’aimer une chair différente de la sienne, de ramener à la vie une enfant déjà à bout de souffle, éteinte par manque d’étreintes, de donner un amour identique à celui que j’aurais dû avoir. Grâce toi, j’ai appris à m’aimer. Comment fais-je donc aujourd’hui pour vivre sans toi ?
On t’a arrachée à moi 5 ans après t’avoir « placée ». Douloureuse séparation dont tu n’as pas compris le sens. Moi non plus d’ailleurs. Mais faut-il comprendre quelque chose à la folie des adultes ? La parole d’une enfant contre celle d’une juge. Quel prix cela a-t-il aujourd’hui ?…
Ludinette chérie, chacun de tes pleurs est relié aux miens. Je sais quand tu vas mal, car moi aussi je souffre.
Ma merveilleuse petite princesse, je ne suis pas de celle qui quémande l’impossible. Il faut savoir d’où l’on vient pour aller de l’avant. Tu le sais trop bien car tu y es plongée quotidiennement avec un tel désarroi et une telle intensité. Tu dois connaître les tiens. C’est ainsi.
Je crois en la résilience. Je crois aux actes d’amour. Je crois au lien à jamais maintenu. Je crois à nos rencontres si rares mais qui te remplissent les poches d’espoir pour avancer vers un futur que tu choisiras.
Ma toute petite, « Pépette » est prés de moi. Ne t’inquiètes pas, mon ange. « Tata, belle comme les fleurs » t’aime à tout jamais. Je serai toujours là pour toi.
(Pépette était le « doudou » de Ludivine. Le jour où l’assistante sociale est venue les chercher pour les ramener définitivement chez leurs parents, elle et sa sœur, elle l’a oubliée. Quel bel acte manqué ! Elle n’avait pas compris qu’elle partait pour toujours. Pépette était pour elle indispensable pour dormir. Je fus très inquiète qu’elle l’ait laissée à la maison. Mais elle a vite appris à faire sans ; elle n’a pas eu le choix…)
Des nouvelles ! : Ludivine était là, chez moi, hier soir 16 août 2016, de son propre chef. 12 ans d’attente ! Même si j’avais maintenu un lien quelque temps avec elle et sa sœur quand elles étaient parties, elle était là. Elle a eu 18 ans en juillet dernier. C’est une merveilleuse jeune femme aujourd’hui ,qui a en elle l’intelligence, la douceur et la ténacité. Elle fait ses propres choix. Elle a un regard lucide sur la vie. C’est une très belle personne à l’intérieur comme à l’extérieur. Je suis fière d’elle. Je lui ai transmis « la résilience », cette même résilience qui me donne le courage de faire face aux douleurs de la vie. Alors, plus que jamais, j’y crois, je crois aux actes d’amour, au lien invisible entre deux êtres.
L’amour est plus fort que tout , quel qu’il soit !! Pépette, ton doudou, est enfin reparti . Il a retrouvé tes bras .