Et il eut trente ans. Et ce fut le vide. 30 est un chiffre rond, se dit-il. Il n’y a rien de plus triviale comme remarque. Mais il eut vite conscience qu’un nouveau cycle débuterait ; au crépuscule de sa vingtaine, à l’aube de sa trentaine, ce jeune dandy émoustillé avalait quotidiennement des Gerblé. En lisant le journal, il ne sautait plus la rubrique économie. Le vice allait plus loin : il prêtait attention au taux directeur. Quand un mal de tête faisait battre ses tempes, il imaginait une tumeur ; vaillamment, il disait à sa jeune femme qu’il partirait avant elle. Lui qui aimait se détruire les mollets dans quelque village vallonné, il caressait les vélos électriques du regard. L’autre jour, en regardant un documentaire sur l’ascension d’Emmanuel Macron, il eut cette phrase : « Macron, c’est quand même le président de notre vingtaine. » Le trentenaire était nostalgique. Quelquefois il repensait à l’enfance, mais trop d’auteurs s’y amusaient, il a pris ses distances avec le sujet. Il possède un « livre de voiture », oui, un livre qui patiente dans la boîte à gant en vue de passer le temps, quand il arrive à midi trente au lieu de treize heures. Il ne boit plus d’alcool pour préserver la qualité de ses spermatozoïdes, préfère les braderies aux grandes surfaces… Il lit patiemment Le Figaro Magazine, il vante Dostoësvki et a fini par apprendre qu’il est l’écrivain fétiche de Houellebecq. Et il eut trente ans ! Sans foi d’écrire un discours, il écrivit cela, ces quelques mots, mal agencés, qu’il essayât vainement d’ordonner, à la lueur d’un soleil plus froid que jamais.