Merci à tous pour vos commentaires.

Krap => Non, je ne crois pas.
Alors, voilà la suite. La fin est encore en cours de rédaction (oui c'est plus long que ce que je pensais lol)
La fête prenant fin, la monotonie s'installa. Bientôt, on dérangea ma porte. C'était sûrement Aoi, venue quérir de mes nouvelles, peut-être apportant quelque délice resté dans la cuisine. J'hésitai à lui ouvrir, la solitude m'ayant habitué au calme et à la distance. Ses coups insistèrent.
- Sakura, ouvre cette porte ! Cria-t-elle. J'ai à te parler. C'est important.
Réflexion faite, je luis permis d'entrer. Elle posa entre mes mains un gâteau épicé, me souriant avec malice. Je balbutiai un merci en rougissant de plaisir. Jamais je ne lui témoignerai assez de reconnaissance pour ses petits soins. Elle balaya la formalité de mes paroles d'un geste de la main.
- De quoi souhaitais-tu me parler ? Demandai-je en goûtant avidement à ma douceur.
Aoi s'installa à mes côtés sur le lit, triturant le bout de sa natte entre ses doigts. Elle me fit sur le ton de la confidence :
- J'ai surpris une conversation entre mon père et son ami, le général Takeda-sama. Le cousin de l’empereur veut laver le déshonneur de son exil et avance ses troupes vers le palais.
- Quoi ? m’exclamai-je avec force.
- Hé !
Elle essuya son col avec dégoût.
- Fais attention, me réprimanda-t-elle.
- Oh, toutes mes excuses ! Attends, je vais t’aider …
- Ce n’est pas la peine. (Aoi regarda le gâteau comme si elle regrettait déjà sa gentillesse mais bientôt son front se détendit et un sourire éclaira à nouveau son visage.) Tu n’as pas de toute façon une bonne réputation à table.
Je souris faiblement, alors que la honte maquillait mes joues de rose. Aoi disait vrai, je n’avais pas bon lignage, si seulement le connaissait-on. Son père, général auprès de l’empereur, m’avait adopté et mes talents à l’épée –qui se manifestèrent à un instant critique de ma vie- me firent remarquer de ce dernier. Ainsi, je devins samouraï malgré moi. Je n’avais jamais adhéré à toutes les pratiques odieuses qu’on me fit soumettre : Le riz coloré de rouge par du jus de prunes, les exécutions publiques auxquelles je fus forcée d’assister. Aoi me soutint beaucoup ; grâce à elle, je pus conserver ma raison et mon humanité.
- Que va-t-il se passer ? demandai-je après avoir mâché soigneusement mes mots.
- C’est une haute trahison.
- Une guerre ?
- Certainement.
Fatalité, murmurai-je tout bas. Je perdis déjà appétit. Aoi, qui connaissait ma répugnance au combat, m’encouragea à la patience. Lorsqu’elle fut partie, je m’adossai à ma fenêtre, laissant me regard se perdre dans le ciel orangé, qui teignait le cerisier d’éclats d’or. Le jour déclinait.
Combien de fois m’étais-je demandé : A quoi bon désigner un élu, si sa mission devait être relevée sans passion ? Jongleuse, j’aurais été heureuse de changer le monde à ma façon. Les jours ne se succèderaient plus aux nuits, molles et sans vie. Le ciel serait mon toit et il ne me tomberait pas sur la tête. Toujours tournée vers l’avenir, goûtant chaque instant en y trempant les doigts. Bon ou mauvais, cela ne comptait pas, tant que l’on avait la chance de survivre.
C’était exister.
***
Le conflit qui se préparait me mit dans tous mes états. Je sentais la prophétie m’écraser de tout son poids. Et si elle ne se réalisait qu’au terme de ma vie ? Je traînais déjà mes vingt années avec peine. Il me faudrait plus que la patience pour tenir debout. Contrairement à mon emblème, je n’étais pas faite de cette sève-là.
Heureusement, la vue du cerisier ballotait mes jours. L’air du pays me revenait en mémoire.
sakura sakura
no-yama mo sato mo
mi-watasu kagiri
kasumi ka kumo ka
asahi ni niou
sakura sakura
hana-zakari *
Doux souvenirs, berçant mon enfance d’une voix nostalgique. Au loin, une brise légère secoua les branchages du cerisier et ses fleurs s’éparpillèrent en une pluie de pétales.
*
Cerisiers, cerisiers,
Sur les collines verdoyantes et les montagnes
Aussi loin qu'on peut voir.
Est-ce du brouillard ou des nuages ?
Parfum dans le soleil du matin.
Cerisiers, cerisiers,
Fleurs en pleine floraison