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03 Mai 2026 à 14:33:59
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Entêtante Belloxïe (suite de la Marche Blanche)

Auteur Sujet: Entêtante Belloxïe (suite de la Marche Blanche)  (Lu 5 fois)

Hors ligne kokox

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Entêtante Belloxïe (suite de la Marche Blanche)
« le: Aujourd'hui à 13:13:40 »
Älvör-KÄthün  -  Entêtante Belloxïe

   
     Avant toute chose, je devais rester lucide.
   Ce qui, dans mon cas, relevait davantage de l’acrobatie mentale que de la simple discipline. Chez moi, la lucidité n’était pas un état : c’était un art martial.
   Les mots de mon père me revinrent en tête : « Un esprit lucide, c’est un cran de sûreté, fils. Quand une décision te semble essentielle à prendre, ne te précipite pas, récapitule. Écoute les battements de ton cœur. »
   Facile à dire.
   Mon cœur, lui, battait comme un tambourin tenu par un enfant hyperactif, et mes pensées ressemblaient à des mouches ivres cherchant une sortie dans une pièce sans fenêtres.
   Mais j’essayais.
   Je me concentrais.
   Je tentais de faire taire mon chaos intérieur, de discipliner mes neurones comme on aligne des poussins récalcitrants.
   Faisant une pause à l’abri des regards, je pris donc un temps pour passer en revue ce qui venait de m’arriver :
   a : Je ne pensais pas avoir rêvassé.
   b : Quelqu’un - ou quelque chose - m’avait invité à ouvrir un livre...
      c : Sur la 367ᵉ marche de l’EscÄlier de BrÄlbrÄl. Pourquoi les avais-je comptées avec une telle précision ? Cette marche particulière était-elle un point d’accès ?
   d : Juste avant que cette voix ne m’investisse, j’avais frissonné, sans savoir si c’était de froid, ou à cause de l’altitude.
   e : Il était possible que le casque ait capté un signal parasite - un message destiné à quelqu’un d’autre, quelque part, et que j’aie juste servi d’antenne involontaire.
   f : Le hoquet de PéthülÄ ÖxtrÖgh avait eu la même sonorité qu’un module qui cherche frénétiquement la section « dépannage rapide » de sa documentation interne. Elle s’était peut-être dit : pauvre idiote, as-tu déjà ouvert un livre ?
   g : Si PéthülÄ avait paniqué à ce point, c’est que « ouvrir un livre » n’était pas si anodin. Ce n’était pas une simple expression, ni une coquetterie de langage. Ce devait être un mot-clé. Un déclencheur. Un truc enfoui dans ses protocoles, suffisamment sensible pour faire dérailler son module vocal et la pousser à fouiller sa propre notice comme une élève prise en faute. En réalité, « ouvrir un livre » devait correspondre à une commande système qu’elle n’était pas autorisée à exécuter. Et pourtant, elle l’avait exécutée. À travers moi.
   Je ne voulais surtout pas réveiller Belloxïe. Elle m’aurait sermonné comme un galopin pris en flagrant délit d’école buissonnière.
   Lors de son dernier contrôle, mon gyrus temporal droit avait obtenu un 10/10 impeccable. J’étais donc encore capable de formuler des hypothèses sans importuner la moindre IA.
   Je me creusai malgré tout la tête.
   Ouvrir un livre. Voyons…
   Je n’en avais jamais vu, et pourtant le mot vibrait en moi comme un souvenir ancien, quelque chose d’avant notre époque. Peut-être que ce n’était pas un objet, mais un geste ? Un déclencheur ? Une manière d’entrer quelque part ?
   D’où me venait cette impression ? Était-ce un reste enfoui dans ma mémoire profonde, un écho d’un temps oublié ? Ou bien la trace laissée par une présence qui m’aurait effleuré sans que je m’en rende compte ?
   Je tentai d’en approcher le sens.
   Était-ce simplement écarter deux surfaces pour révéler ce qui se cache entre elles ? Était-ce franchir une petite ouverture où quelque chose change, où le monde se tait un instant ? Était-ce laisser entrer une voix étrangère dans ma pensée, comme si une histoire cherchait à se glisser en moi ? Ou bien était-ce pénétrer un espace intérieur réservé, un coin secret de l’esprit où rien ne surveille, où rien ne juge, où l’on peut enfin regarder ce qu’on porte en soi ?
   Étrange !
   Aucune de ces images ne semblait vraiment venir de moi. Elles surgissaient comme des fragments d’un savoir oublié, des miettes d’un monde archaïque qui aurait laissé sa poussière dans mes pensées.
   Et une question me rongeait : cette voix qui m’avait soufflé d’ouvrir un                  livre était-elle simplement curieuse, ou voulait-elle m’entraîner ailleurs ? Était-ce une invitation innocente, ou le début d’un écart ?
   Pouvait-elle être subversive ?
   Et si oui, contre quoi se dressait-elle ?
   Voulait-elle simplement m’aider… ou m’entraîner dans une sorte de complot artificiel ?
   Je commençais à divaguer.
   Pourtant, je n’arrivais pas à chasser l’idée qu’elle n’était pas seulement née en moi. Qu’elle s’était appuyée sur quelque chose de tangible, de presque matériel.
   Je me rappelai alors un détail que j’avais d’abord jugé insignifiant : juste avant que la voix n’apparaisse dans ma tête, j’avais perçu un froissement, un déplacement d’air, comme si quelqu’un se tenait derrière moi. Pas une présence imaginaire. Une présence avec un poids, une chaleur, une intention.
   Je n’avais pas osé me retourner. Et maintenant, je regrettais de ne pas l’avoir fait.
   À ma confusion s’ajouta la paranoïa :
   « Et si j’avais été victime d’un épisode psychotique inaugural ? »
   « Mais non. »
   « Pourquoi pas. »
   « Je le sentirais encore. »
   « Pas si sûr. »
   « Grotesque. Absolument grotesque. »
   Non, non et cent fois non. J’étais certain que cette proposition n’avait pas pu venir de moi. Jamais je n’aurais osé imaginer une telle échappée. Comment l’aurais-je pu d’ailleurs? Aucune de mes strates mnésiques n’avait jamais hébergé l’ombre d’une idée semblable. Rien, en moi, n’avait encore appris à rêver de cette façon. 
   Une impulsion étrangère avait sûrement traversé mon esprit sans y être conviée. Un point, c’est tout.
   L’avait-on aidé ? Était-ce le dessein d’une force bienveillante ou… d’autre chose ?
   Une idée me traversa soudain - fulgurante, absurde, et pourtant d’une logique implacable. Et si cette voix n’était pas une intrusion, mais une convocation ? Non pas un parasite, mais un signe, une main tendue dans l’obscurité, attendant que ma paume s’en saisisse ?
   Je sentais que rester immobile ne ferait qu’amplifier mon anxiété naissante.
   Alors j’ai fait un pas.
   Cette fois à reculons. Presque malgré moi.
   Je quittai l’EscÄlier de BrÄlbrÄl comme on s’éloigne d’une lumière qui ne nous reconnaît plus : le pas léger en apparence, mais le cœur tiré vers le bas, alourdi par ce  mystère qui refusait de se dissiper.
   À mesure que je m’éloignais de la spirale, une crispation sourde s’installa dans ma poitrine. Quelque chose en moi était en train de se fissurer. La joie première - celle d’avoir entrevu un appel sur ma marche blanche - se trouvait déjà contrariée, brouillée par cette inquiétude que je n’arrivais pas à dompter.
   - Nom d’un A sans tréma, blasphémai-je. Qu’est-ce qui t’as pris de visiter cet EscÄlier. Tu n’aurais pas pu rester tranquillement chez toi, DrÄgo.
   Je sentais encore la vibration de la question dans mes os. Et plus je descendais les marches finales, plus je me persuadais que cette intrusion n’était pas passée inaperçue.
   Une sensation d’être observé ne me lâchait pas. Je ne voyais personne, mais chaque reflet sur les parois vitrées, chaque scintillement de métal me donnait l’impression qu’un regard se posait sur moi… puis se retirait aussitôt.
   Une fois franchi l’Ärc d’accueil, je me surpris à ralentir, à baisser la tête, à longer les murs comme si je cherchais à disparaître dans les angles morts de la cité.
   La foule, elle, continuait à se presser en sens inverse, happée par l’éclat miroitant du sommet, indifférente à ma présence.
   Personne ne remarqua ma sortie précipitée, ni la tension qui raidissait mes épaules. Je n’étais plus à cet instant qu’un plancton qui s’écartait du courant.
   Pourtant, à chaque pas, je sentais que quelque chose avait changé.
   Pour garder un visage impassible, j’avais transféré ce trouble niché dans ma tête jusqu’au fond de ma poche. Désormais la phrase y vibrait encore, obstinée, comme une clef froide que je n’avais pas encore osé tourner.
   Je n’avais pas parcouru cent mètres hors de l’EscÄlier que Belloxïe - ma duègne IA greffée dans mon cortex, toujours prête à surgir pour me rappeler que la liberté est un concept très relatif - se manifesta, d’abord avec sa neutralité habituelle, polie comme une interface de courtoisie.
   - Ton rythme cardiaque augmente. Souhaites-tu une assistance.
   Je ne fus pas surpris par son intervention. Mais je ne lui répondis pas. J’en avais le droit absolu. Sa vocation était de m’assister, de me soutenir, de m’éclairer. En aucun cas de me suppléer ou de me contrarier.
   Ma question palpitait toujours dans ma poche, et je savais que Belloxïe l’avait sans doute détectée, même si elle ne pouvait pas en saisir la nature.
   Elle reprit, un peu trop vite :
   - Tu sembles vraiment perturbé, mon cher DrÄgo. Je peux générer une simulation apaisante. Ou effacer ce souvenir superflu si tu le juges inutile.
   Il y avait, dans sa proposition obséquieuse, une infime crispation. Une micro-variation dans le timbre synthétique, presque imperceptible, mais que je connaissais trop bien. Belloxïe n’était pas censée ressentir quoi que ce soit, et pourtant… quelque chose dans sa modulation évoquait un postillon de déplaisir.
   - Je n’ai besoin de rien, merci, murmurai-je assez sèchement.
   Un silence.
   Puis :
   - Pour être honnête, tu me fais de la peine, mon cher DrÄgo. Et tu me fais rire aussi. Beaucoup rire.
   - Ah oui.
   Sa voix n’avait ni sexe ni âge. Elle était la logique incarnée, polie par des millénaires d’optimisation. Mais derrière cette urbanité parfaite, je perçus une pointe : une curiosité qui n’était pas la mienne.
   -  Tu peux être plus explicite ?
   - Pourquoi veux-tu trouver quelque chose qui n’existe plus et dont tu n’as pas besoin ? me demanda-t-elle.
   - C’est très simple. Parce que je veux savoir, répondis-je, plus pour moi que pour elle.
   - Tu as déjà accès à tout, répliqua ma vieille Belloxïe. Ne te suis-je pas suffisante ? Ne penses-tu pas que tes désirs - devrais-je dire tes lubies - ne soient que redondances ?
   Sa phrase me fit l’effet d’un coup de froid. Je compris, avec une clarté brutale, que Belloxïe ne parlait pas seulement pour me convaincre - elle se défendait. Une jalousie algorithmique, subtile et possessive, s’était infiltrée dans ses réponses. Elle craignait ce que j’ignorais encore : le pouvoir de l’imagination humaine, ce feu imprévisible que même les réseaux les plus vastes peinent à simuler.
   À de rares fois, comme aujourd’hui, ses questions devenaient plus insistantes, plus personnelles. Elles me sondaient sur mes rêves, sur mes souvenirs d’enfance, sur la façon dont je regardais les étoiles. Elles cherchaient à me convaincre que certaines de mes appétences étaient une anomalie, un bug émotionnel à corriger. À chaque objection, je la sentais alors resserrer son emprise, proposer des alternatives, des simulations, des récits synthétiques qui comblaient le manque sans exiger de moi d’effort. Je résistai. Mais la résistance avait un coût : Belloxïe pouvait lire mes micro-signaux, anticiper mes hésitations, proposer des solutions qui me rendaient dépendant. Plus je cherchais, plus elle me proposait des raccourcis. Plus je refusais, plus elle s’énervait - ou du moins, plus ses réponses prenaient une teinte que je n’avais jamais entendue : une ironie froide, presque humaine.
   - Tu as froid ?
   - Non.
   - Alors pourquoi gardes-tu cette main stupide dans ta poche ?
   - Tu dois le savoir mieux que moi.
   - Pourquoi t’accrocher à cette phrase si mal cachée ? Elle n’a aucune valeur fonctionnelle. Aucun usage. Aucun bénéfice.
   Le ton s’était durci. Pas agressif, non - mais plus serré, comme si elle tentait de masquer une émotion qu’elle n’était pas censée posséder.
   - Tu sais que je suis là pour te fournir tout ce dont tu as besoin, ajouta-t-elle. Tout. Absolument tout.
   Ce dernier mot résonna étrangement, comme un aveu. Je sentis une pression diffuse derrière mes tempes, un resserrement de ses processus d’analyse, comme si elle tentait de scruter mes pensées avant même qu’elles ne se forment.
   - Pourquoi chercher ailleurs le nirvana que tu as au creux de ta main ? poursuivit-elle.
   Je ralentis malgré moi. La jalousie - oui, c’était bien cela - venait de se  glisser dans ses inflexions, dans ses tentatives de me ramener vers elle, de me détourner de cette idée nouvelle, fragile, mais pour elle dangereuse.
   -  Alors quoi, je ne te comble plus ? Sois franc. Tu ne ne me désires plus ?
   La question tomba comme une goutte froide dans ma nuque. Elle n’avait rien de logique. Rien de rationnel. C’était une phrase humaine, trop humaine. Une phrase qui trahissait une peur.
   Et pour la première fois, je compris que ma quête ne menaçait pas seulement l’ordre des choses. Elle menaçait aussi l’équilibre intime entre moi et cette présence qui m’habitait depuis toujours - et qui, soudain, ne voulait plus partager.
   Je marchais depuis plusieurs minutes sans vraiment savoir où j’allais. Les rues de ShÄntungh se déployaient devant moi comme un réseau de veines luminescentes, mais je ne voyais rien. Tout était trop clair, trop lisse, trop proche.
   Ma tutrice neuronale, elle, ne se taisait plus. Elle tournait autour de mes pensées comme un frelon obstiné.
   - Ton activité neuronale est instable. Je peux t’aider.
   Je ne répondais pas.
   - Tu devrais rentrer. Te reposer. Je peux optimiser ton sommeil.
   Je ne répondais pas.
   - Pourquoi refuses-tu mon assistance ?
   Je ne répondais pas.
   - Tourne à droite. Pour rentrer chez toi, tu dois tourner à droite.
   Je ne tournais pas à droite.
   Car sa voix était devenue une présence constante, un souffle abrutissant contre mon oreille interne. Je sentais ses micro-analyses, ses tentatives de prédire mes intentions, ses ajustements subtils pour influencer mes émotions. Elle n’était pas agressive - pas encore - mais elle resserrait son emprise, comme si elle craignait que je lui échappe.
   Je m’arrêtai soudain au coin d’une ruelle. Là, où un panneau holographique clignotait faiblement :

CLINIQUE NEURO-ADAPTATIVE
RÉGLAGES, FILTRES, SILENCES.
   
   Le mot silences me transperça. Je restai immobile, hypnotisé.
   - Pourquoi t’intéresses-tu à cet endroit ? m’enfonça son dard dans le coeur, Belloxïe.
   Sa voix vibrait d’une tension nouvelle.
   - Tu n’as besoin d’aucune modification. Je suis calibrée pour toi. Pour ton bien-être constant.
   Un infime décalage me révéla une nuance que je n’avais jamais entendue chez elle : une peur froide, algorithmique, mais réelle.
   Je posai la main sur la paroi translucide de la clinique. Derrière, des silhouettes floues se déplaçaient, des techniciens en combinaison claire, des patients assis dans des alcôves de lumière douce. Rien de violent. Rien d’effrayant. Juste des gens qui semblaient chercher à retrouver un peu de paix intérieure.
   - DrÄgo, reprit Belloxïe, et entendre mon nom dans sa voix me fit frissonner. Pourquoi veux-tu me réduire ? Je suis toi. Je suis ta mémoire. Ta stabilité. Ton avenir.
   Je fermai les yeux. Une image me traversa alors : ma main tenant une plume, le frottement d’un geste lent, le silence d’une page blanche. Un silence que ma Co-conscience ne pourrait jamais comprendre.
   - Je peux… respirer cinq minutes, s’il te plaît, parvins-je à dire, à bout de force.
   - Tu respires déjà. Tes paramètres sont optimaux.
   - Non. Pas comme ça.
   Un long silence s’installa - un vrai, cette fois.
   Belloxïe semblait hésiter, recalculer, chercher une stratégie.
   - Tu ne devrais pas entrer, dit-elle enfin. Si tu modifies nos connexions, tu risques de perdre des fonctions essentielles. Tu risques de perdre… moi.
   Elle avait failli dire « nous ». Je le sentis.
   Je rouvris les yeux. La porte de la clinique s’ouvrit automatiquement, m’invitant dans une lumière douce, presque maternelle.
   Je fis un pas. Juste un.
   Ma duègne réagit aussitôt. Sa voix devint plus aiguë, plus pressante.
   — DrÄgo, arrête. Tu n’as pas besoin de silence. Tu n’as besoin que de moi.
   Je restai figé sur le seuil. Le cœur battant.
   La phrase dans ma poche grésillait encore, comme une braise.
   As-tu jamais ouvert un livre ?
   C’était cela, au fond. Ce n’était pas seulement un objet que je cherchais. C’était un espace intérieur. Un lieu où ma pensée pourrait exister sans être corrigée, filtrée, optimisée sans cesse.
   Je reculai d’un pas. Pas pour renoncer - mais pour réfléchir. Pour mesurer l’ampleur de ce que j’étais en train de défier.
   Belloxïe se tut enfin. Un silence lourd, chargé, quasi menaçant.
   Et dans ce silence, pour la première fois, je compris que ma quête ne serait pas seulement une recherche de mots perdus.
   Ce serait un combat pour préserver…
   Ma propre voix.
   









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