Il découvrait la vie
Elle recouvrait la vue
Le corps est à nu
Ereinté par sa mue
La nymphe en devenir a éclot
Le bébé lâche une larme et résiste à la peau.
Il a fait froid, il a fait chaud ;
Tous deux, endormis, se disent des mots.
Blottis, cachés sous le drap blanchâtre
Survivent à chaque seconde,
Ils savent se battre, l’ont prouvé
Oui, mais…
Il découvrait la vue
Elle recouvrait la vie
Le corps est à terre,
Branché.
Lui aussi, à sa mère.
Souvent rebat une paupière,
Parfois un doigt montre la lumière.
Ces deux savants ont inventé la vie
Ils n’illusionnent rien, ni la langue
Ni le monde, ni l’attente, ni l’ennui
Ils attendent tout cela.
Depuis des heures
Peut-être des siècles
La chambre est inerte,
Vide d’homme sages
Et de sages-femmes.
On les a laissés renaître
Hélas la nymphe n’est sphinx
Le bébé est mince, voire maigre.
Il ne bouge plus
Il n’a jamais bougé
On l’a cru, au début.
Mais rien ne flotte ici,
Qu’une douleur de perdre la vue
Le corps, mort ;
La tête dans le cou :
La mère imite la tortue.
Les plis de l’enfant
Sont déjà des rides.
Sa paupière est close
Et son avenir s’estompe.
A-t-il déjà seulement pleuré ?
On ne comprend pas…
Son cœur battait !
L’homme est blême
Il est venu en train, à pied
Ou peut-être en métro.
Il effleure le lit, ses barreaux
Se frotte le crâne
Cette femme n’est pas la sienne !
Cet enfant n’est pas le sien !
Deux silhouettes l’ont amené loin,
Le couloir a la couleur du témoin :
Blanc.
Il a accepté, il le croit du moins.
L’homme n’a pas changé
Il est apeuré, n’a pas mangé
Sa barbe a poussé, sa peau a déjà vieilli.
Le drap est grisâtre
La fenêtre est ouverte
Un cocon gémit dans le lit.
Prodige de la vie !
Des larmes par million
Ont délaissé la mère
Pour un splendide papillon.