Des larmes de sel
La mère tend à l’enfant sage une fleur
Des champs, il ne peut qu’ouvrir bien grand les yeux.
Ah ! quand l’indicible invente le bonheur,
Les mots lourds s’enlisent dans le sol boueux.
Les petits bateaux transportent à manger
Au monde avec le miraculeux pétrole.
Mais dans le golf d’Ormuz ils sont tous figés,
Parce que la guerre n’est pas un guignol.
Tiens ! ils l’ont cloué sur deux planches en croix.
Souviens toi de cette histoire originelle.
Sous les bombes, eux, ils bloquent le détroit.
Trois jours plus tard Dieu descend dans nos prunelles.
Les goélands gris rasent les toits des villes,
Le ventre rempli de nos déchets humains.
Ah ! que n’est-on ce voyageur en exil,
Qui glane l’imprévu sur les grands chemins.
Les désespérés, nihilistes et autres
Pauvres enrichissent les marchands de drogues.
Les petites mains, elles, sans patenôtre,
Dans des mares de sang, partent à la morgue.
La femme âgée termine son canevas.
Elle se dit, puis-je en commencer un nouveau ?
Car, entre les doigts de la Mort au-delà,
Elle craint laisser son ouvrage en cadeau.
Sur le téléphone on capte la planète.
Dans leurs filets nous retiennent les réseaux,
Comme un poisson pris dans la nasse, c'est bête,
On crève, vite, asphyxié du cerveau.
J’écris un e tout rond pour le féminin.
C’est un symbole fort pour s’y reconnaître.
Parfois l’e s’invite dans le masculin.
Pour s’y retrouver suffit pas d’une lettre !
Le soir on entend le bruit faible des pages,
Du livre, qu’on tourne dans le feu des lampes,
La pensée qui trottine, pleine d’images,
Qui donnent pour vivre d’excellents exemples.
Les arbres en avril s’habillent de feuilles,
Sauf celui, malingre, encore calciné.
Il demande à son compère plein d’orgueil,
Pourquoi, moi, chancreux, on m’a exterminé ?
Ils ont déboulonné Hugo. Du passé
Faire table rase. Dans le caniveau,
Pourtant, parle encore le décapité,
Une Légende des Siècles comme il faut.
Tu flanques fort un coup de pied à ton chat !
La journée entière le remord te ronge.
La conscience te couvre de ses crachats.
Puis le chat réclame un câlin sans mensonge.
La mère tient l’enfant dans ses bras devant
La belle école en flammes, en temps de guerre.
Faudra tout recommencer ! dit-elle au vent.
Des larmes de sel coulent de ses yeux fiers.