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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Rêve de fillette

Auteur Sujet: Rêve de fillette  (Lu 1046 fois)

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Rêve de fillette
« le: 06 Décembre 2025 à 17:59:36 »
                                                            Rêve de fillette

L’azur développe son ruban au-dessus des flots qui ne sont pas violets mais plutôt d’un anthracite ourlé de dentelle d’écume dès que le flux jette la vague sur les rochers lisses comme la dalle qui recouvre les centres urbains entre les immeubles où les habitants se croisent, s’arrêtent, discutent ou jouent à vélo ou sur des planches de skate que la jeune génération fait rouler à des vitesses d’enfer, frôlant les grands-mères qui s’aventurent cabas en main sur la dalle pour s’approvisionner au super market, sur ces dalles de marbre aucun oiseau ne fait escale, ou pause, aucun désir de refuge ne les traverse après leur longue migration les conduisant d’un hémisphère à l’autre, un exil que les turbulences du climat leur imposent, sur la dalle de roche lisse que la mer invariablement lèche de ses flots crémeux,

il y a ici une voyageuse dans sa pèlerine blanche et sa bouche oblongue sertie d’un bec jaune qui s’ouvre de temps à autre pour articuler nombre de phonèmes dont les observateurs et autres promeneurs s’échinent à comprendre le message, particulièrement la silhouette frêle d’une personne accoudée au parapet de pierre qui borde le remblai sur plusieurs centaines de mètres de la station balnéaire,

elle a les cheveux au vent tel un drapeau d’or qui ornerait son visage juvénile en train d’écarquiller ses paupières, ses yeux, ses narines rosies par la bise cinglante qui n’empêche pas la voyageuse en pèlerine blanche de piétiner la dalle de roche lisse dans moulte directions, en poussant immanquablement un phonème criard comme si elle interrogeait le vent, l’espace, les maisons côtières et l’immensité anthracite du ciel qui commence à se déchirer en lambeaux rosâtres puisque c’est le début du jour et que la juvénile personne n’aurait pour rien au monde manqué cet instant pour assister au spectacle des voyageuses en pèlerine narguant de leurs cris fantasques le silence matinal, parce que le ventre vide, parce que la solitude, le dépaysement, parce que le malaise en cette période où les courants chauds débusquent les courants froids glissant vers d’autres zones et que plus rien dans l’atmosphère des voyageuses en pélerine n’est comme avant,

voilà ce qui interroge la fillette sur le remblai quand elle approche son iris bleu de l’œil noir d’une voyageuse aux ailes pliées sous la pélerine, alors qu’elle boitille sur la roche lisse de laquelle émerge en langues visqueuses des lanières d’algues et de varechs odorants, charnus, salés pour la restauration goulue des voyageuses qui de leur bouche proéminente en pince crochue, dépiautent sans ménagement sur la roche luisante que le soleil naissant caresse de ses premiers cheveux rayonnants,

et les ménagères sortent de leur maisonnée, panier au bras pour se diriger vers la place du marché Arago et se penchent sur les étals de langoustes, homards, tourteaux, pendant que dehors dans le ciel éblouissant les voyageuses rasent de leur ventre pansu les toitures des immeubles et villas coquettes, en déclamant leurs phonèmes stridents que la fillette ne cesse de suivre dans le dédale des ruelles, les pattes à ergots des voyageuses allongées sous leur ventre neigeux, des occasions lumineuses parfois  font que l’une d’elles se pose sur une fontaine, une statue, la carrosserie fuselée d’une voiture et elle regarde l’effervescence humaine autour d’elle, une agitation indifférente aux voyageuses à plumes et pélerine qui rhétoriquent si loquacement des phonèmes mystérieux que la science cherche pugnacement à comprendre,  que la fillette entend, ressent dans son cœur qu’elle ouvrirait telle une cage pour ces voyageuses du ciel qui ne sont que vol ou chorégraphie géante au-dessus des frontières océanes,

mais voilà que le concert du monde sur les places publiques des villes effraie, intrigue, disperse les voyageuses qui toquent de leur bouche pointue les cheminées, les fenêtres, les portes de bois qui restent closes à leur détresse, que leur corps profile de la plus élégante façon quand il se perche sur un encorbellement de façade où se balancent aux séchoirs les linges mouillés des hommes à la piteuse carcasse, sans ailes, sans plumes ni pélerine, sans bouche saillante en bec, sans le jargon magnifique des cris qui habitent les nuages, ou  simplement une gouttière qui accueille provisoirement ces musiciennes de l’espace, pour un concerto criard éphémère mais qui longtemps encore résonne dans la mémoire des humains aux chemises ordinaires qui se balancent aux séchoirs sur les encorbellements pierreux,

mais c’est un dimanche d’hiver, quand la ville est encore endormie, tout semble figé dans le vent glacial, les Sablais trainent dans leurs pantoufles et leur robe de chambre, sauf la fillette  déjà sur le remblai avec sa doudoune  couleur fuchsia  et son bonnet coquelicot sur les blés soyeux de sa chevelure, elle s’enhardit sur la dalle brillante de la roche lisse à la rencontre  d’une voyageuse en pélerine, celle que le hasard a choisi de faire trottiner vers elle, gauchement, sur ses pattes parcheminées en éventail, c’est à elle que la fillette tend la main, tandis que la voyageuse lui répond par une aile qu’elle déplie de son buste, qu’elle laisse tomber avec un phonème limpide et presque musical disant « Prends là, je te la donne », ce que l’enfant fait sans hésitation, la voici maintenant pourvue d’un aileron de plumes immaculées qui l’oblige aussitôt à se pourvoir d’un second, une aile ne peut se passer de sa jumelle, et dans sa doudoune fuchsia ses bras sont devenus appendis volant à splendides rémiges, « Ne  reste plus que ta doudoune à échanger » dit la voyageuse, « Prends ma pélerine de neige » elle dit, éblouie par la métamorphose de la fillette semblable de mieux en mieux aux volatiles enchanteurs de nos rivages, mais le tête, comment y substituer celle d’un oiseau, avec celle-ci la fillette devra penser autrement, souffrir et aimer comme cela lui a toujours été inimaginable, penser comme une mouette, communiquer avec le monde, la nature, les esprits comme une mouette, utiliser un verbe nouveau fait de clameur, de criailleries, de vocalises étranges d’une cantatrice qui a perdu sa voix,

la voyageuse maintenant regarde la fillette comme dans un miroir, elle se reconnaît alors qu’elle n’est plus, devenue créature désossée qui a fait don d’elle-même à l’enfant, là dans ce décor rocheux de la plage, un dimanche matin d’hiver, tandis que carillonnent les cloches de l’église Saint Pierre annonçant la messe de dix heures où les fidèles lentement s’’asseyent sur les bancs et les chaises de paille, la fillette au corps d’oiseau vient se joindre aux croyants, espérant leur regard et leur approbation sur sa nouvelle vêture animale, le prêtre arrive dans la sienne d’or et de passementerie liturgique, la fillette se perche sur un dossier de chaise, mais elle ne voit que têtes baissées, mains jointes et lèvres marmonnant de secrètes prières, elle agite vivement ses ailes, pousse plusieurs cris déchirants du genre « je suis une mouette, je suis une mouette » mais la foi a ses raisons, elle se voue à l’esprit invisible sur la croix, personne ne voit la mouette mythique qui se loge dans le rêve éthologique d’une fillette, une mouette sait-elle dire Ainsi soit-il ?

« Modifié: 16 Décembre 2025 à 16:00:44 par LOF »
Lof

Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Rêve de fillette
« Réponse #1 le: 08 Décembre 2025 à 15:53:25 »

 J'aimerai bien avoir un avis sur mon texte.
 Merci.
Lof

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Re : Rêve de fillette
« Réponse #2 le: 08 Décembre 2025 à 21:26:26 »

 J'aimerai bien avoir un avis sur mon texte.
 Merci.

Merci pour le partage de ton texte, voici mon humble avis.

[L’azur développe son ruban au-dessus des flots qui ne sont pas violets mais plutôt d’un anthracite ourlé de dentelle d’écume dès que le flux jette la vague sur les rochers lisses comme la dalle qui recouvre les centres urbains entre les immeubles où les habitants se croisent
Je trouve cette phrase trop longue, tu devrais mettre des ponctuations.
Tu as aussi celle-ci.
les maisons côtières et l’immensité anthracite du ciel qui commence à se déchirer en lambeaux rosâtres puisque c’est le début du jour et que la juvénile personne n’aurait pour rien au monde manqué cet instant pour assister au spectacle des voyageuses en pèlerine narguant de leurs cris fantasques le silence matinal

Je n'aime pas laisser des avis négatifs, donc je préfère ne pas en laisser, mais comme tu souhaites en avoir un. Sache que cela ne reflète que mes goûts et je ne suis pas une littéraire ou autre.

J'ai trouvé ton texte long, très descriptif et il ne se passe pas grand-chose. Je l'ai lu jusqu'au bout, mais je n'ai pas accroché.
Mais comme tu sais, cela n'est qu'un goût personnel. Ce qui ne plaît pas a une personne, peut plaire à une autre.

Tu écris bien, tu as un style littéraire académique. Tu écris des beaux textes, mais je ne suis pas happée par sa lecture, désolée.
Lis des autres avis avant, car je ne suis pas spécialiste.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Joachès

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Rêve de fillette
« Réponse #3 le: 11 Décembre 2025 à 09:59:31 »
Ton texte est très descriptif et poétique et du coup j’ai un peu de mal à saisir l’histoire.

Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Rêve de fillette
« Réponse #4 le: 12 Décembre 2025 à 09:50:13 »
 Merci pour vos commentaires très utiles.
 L'histoire est simple ; une petite fille rêve de devenir une mouette, sur la plage des Sables d'Olonne.
 Elle se transforme en mouette, puis elle va à la messe de 1oh. Mais dans une église on ne voit que le Christ sur la croix.
  De par le style d'écriture, le sujet n'apparait pas tout de suite, c'est comme le motif dans le tapis, il faut un peu le chercher.

 Si vous avez le temps de relire le texte, peut-être que vous verrez des choses autrement.
« Modifié: 12 Décembre 2025 à 12:49:10 par LOF »
Lof

Hors ligne Dian

  • Aède
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Re : Rêve de fillette
« Réponse #5 le: 16 Décembre 2025 à 14:48:35 »
Il y a une certaine poésie et un rythme particulier dans ce texte assez désarticulé. J'ai l'impression d'une sorte d'écriture automatique qui en soi est intéressante mais pas complètement maîtrisée.

Dian
« Modifié: 26 Décembre 2025 à 09:00:19 par Dian »
Derrière les nuages, le soleil. Derrière le soleil, d'autres soleils.

Hors ligne Dian

  • Aède
  • Messages: 162
Re : Rêve de fillette
« Réponse #6 le: 17 Décembre 2025 à 10:18:49 »
Deux ou trois suggestions.
Ici un tiret :
"- sur ces dalles de marbre aucun oiseau ne fait escale, ou pause, aucun désir de refuge ne les traverse après leur longue migration les conduisant d’un hémisphère à l’autre, un exil que les turbulences du climat leur imposent, sur la dalle de roche lisse que la mer invariablement lèche de ses flots crémeux,"
Là peut-être un nouveau paragraphe (séparer les descriptions) :
"Les pattes à ergots des voyageuses allongées sous leur ventre neigeux, des occasions lumineuses parfois  font que l’une d’elles se pose sur une fontaine, une statue, la carrosserie fuselée d’une voiture et elle regarde l’effervescence humaine autour d’elle, une agitation indifférente aux voyageuses à plumes et pélerine qui rhétoriquent si loquacement des phonèmes mystérieux que la science cherche pugnacement à comprendre,  que la fillette entend, ressent dans son cœur qu’elle ouvrirait telle une cage pour ces voyageuses du ciel qui ne sont que vol ou chorégraphie géante au-dessus des frontières océanes,"
Ce passage peut poser problème. "Et elle regarde l'effervescence", qui regarde ? La fillette ? La répétition de "voyageuses" par contre peut s'admettre compte tenu de la tournure incantatoire.
En fait peu de choses à changer, j'ai bien relu ton texte et je l'ai trouvé envoûtant et intéressant du point de vue littéraire.
Beau travail.

Dian


« Modifié: 25 Décembre 2025 à 14:07:13 par Dian »
Derrière les nuages, le soleil. Derrière le soleil, d'autres soleils.

 


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