Parfois en ouvrant un vieux livre qui dormait dans sa bibliothèque, on découvre un pétale de rose ou de tulipe, un pauvre pétale aux couleurs délavées, fin et fragile comme une aile d’insecte.
On ne sait quelle main féminine (car elle ne peut être que féminine), l’a glissé là comme un défi au temps.
Une jeune fille rêveuse, suppose-t-on, qui au retour d’une promenade ne put se résigner à le voir s’abîmer et disparaître dans l’humus.
Celui-là survivra, pense-t-elle, celui-là au moins sera épargné. Et il l’est en effet même si ce n’est que sous la forme d’un squelette.
Après l’avoir tourné très délicatement entre nos doigts (on le sait si fragile), l’avoir porté à nos lèvres pour un vague baiser, l’avoir humé espérant sottement qu’il ait conservé un reste de parfum, qu’en faire si ce n’est le remettre à sa place, refermer le livre et le rendre à sa nuit.
Et peut-être en vient-on à songer à cette main inconnue. À se demander si elle est encore de sang et de chair, ou bien, à l’égal de ce pétale, qu’un squelette dormant oublié sous la terre.