Il avait retrouvé l’endroit sans trop de difficultés, les broussailles en étaient seulement plus épaisses. C’était un rocher plat en contrebas d’un sentier que peu de randonneurs empruntaient, un sentier perdu dans le massif de l’Esterel. C’était là qu’il avait passé des journées entières, nu au soleil, des journées toutes emplies de ferveur mystique.
La vue y était grandiose, un vallon sauvage, et au loin, la frange bleu de la mer. Le silence profond du lieu n’était troublé que par le passage d’un oiseau, quelque appel mystérieux de bête, le vol d’un bourdon. Il attendait là un miracle, une révélation, une ouverture, il ne savait trop quoi, une libération… Et quelquefois, il s’était senti effleuré par cet inconnu, l’espace d’un court instant. Le soir venu, il s’en retournait, vaguement ivre, un peu déçu, mais il lui restait encore quelques journées à espérer… Son mini-bus l’attendait à une centaine de mètres sur un terre-plein qui servait de parking. Il y prendrait un repas frugal, s’assiérait les jambes croisées pour une dernière méditation, mais ne tarderait pas à s’endormir.
Il se fraya un passage entre les buissons épineux. Non, décidément, rien n’avait changé, rien sauf lui-même. Il se prit à sourire de son ancienne naïveté. Oui, il avait joué au yogi, au mystique, il était jeune alors. Il n’avait rien renié pourtant, sa foi aux mystères de l’esprit était intacte, seulement à présent, il les savait inaccessibles. Alors, à quoi bon rester là, à se laisser aller à cette vieille nostalgie. Il rêva pourtant que son mini-bus l’attendait comme autrefois sur le parking. « Illusion, tout n’est qu’illusion », se répéta-t-il plusieurs fois, s’amusant de cet adage pour s’empêcher d’être triste. Il avait un long chemin à faire pour rentrer chez lui. C’était une belle journée de juin, toute pareille à celles qu’il avait connues.