Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 Juin 2026 à 13:03:03
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mon cher maître – scènes de la vie d'avocat – la douane

Auteur Sujet: Mon cher maître – scènes de la vie d'avocat – la douane  (Lu 718 fois)

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 242
e texte suivant, sous forme de dialogue, est extrait d'une longue série dédiée au monde de la justice. Plus précisément, il s'agit de scènes, de fragments, extrait d'un exercice professionnel que je pratique de longue date. Comme il se dit à la telloche, toute ressemblance avec une histoire vécue dans la vraie vie ne serait que pure coïncidence… quoi que.  Le héros qui, quant à lui, ne met pas totalement étranger, répond au nom un tantinet ridicule de « Barnabé », patronyme qu'il arbore non sans fierté.






–  la douane


Barnabé dans son bureau fait asseoir une personne

Barnabé – Bonjour Monsieur.

Camille – pas encore, pas encore. Bonjour maître !
   
Barnabé – je vous demande pardon
Camille – vous m’avez dit : « Bonjour Monsieur » et moi je vous réponds « pas encore »

Barnabé – vous voulez dire…

Camille –   je suis une dame. !

Barnabé (manifestement gêné) –, je suis désolé.

Camille –, ne vous excusez pas j’ai l’habitude
Barnabé – quand même, quand même, j’aurais dû…

Camille – non, je vous dis. C’est plutôt un compliment..

Barnabé – et vous venez me consulter… pour quoi ?

Camille – à votre avis ?

Barnabé – je… et bien, disons… un problème… de harcèlement, enfin peut-être… quelque chose comme ça.

Camille – ça aurait pu, mais ça j’ai dépassé. Non, je veux changer de genre.

Barnabé – changer de genre, changer de genre, vous voulez dire que…

Camille – peut-être me suis-je mal exprimée.

Barnabé –. Pas du tout, pas du tout. C’est que, c’est la première fois.

Camille – ça tombe bien, pour moi aussi (il/elle éclate de rire accompagné par Barnabé qui, quant à lui rit un peu jaune).

Barnabé – enfin, je voulais dire dans ce sens-là, parce que sinon, dans l’autre sens.

Camille – dans l’autre sens ?

Barnabé – oui, , je veux dire, un homme qui est devenu une femme, j’ai failli une fois…

Camille – alors vous êtes spécialisé dans ce type de procédure

Barnabé – ah oui, oui. En fait, non pas du tout.

Camille – c’est pas grave, je vous expliquerai

Barnabé – nous allons constituer un dossier. Je vais devoir vous poser quelques questions, sans doute indiscrètes, mais ne le prenez pas mal, c’est pour la… la bonne cause. (Il tapote sur le clavier de son ordinateur). Votre nom ?

Camille – –Envers, Camille Envers

Barnabé – en vers ?, Comment ça s’écrit ? En «  En verre » ? En deux mots ? Le contraire de « en prose »

Camille – mais non, en un seul mot. Envers, comme « envers et contre tout » ou encore comme « à l’envers ». À l’envers, comme moi, quoi !

Barnabé – d’accord votre prénom ? Ah oui, Camille.

Camille – oui, Camille ! Camille, comme Camille.

Barnabé – ah, ça au moins, un prénom mixte. On aura pas besoin de changer.

Camille – bien sûr que si ! J’en ai marre de ce prénom ambidextre.

Barnabé – vous voulez dire ambigu.

Camille – je veux dire ambi, tout ce qu’il y a d’ambi, ambigu, ambivalent, en bicyclette, ambidextre, je veux un vrai prénom, un prénom qui annonce la couleur.

Barnabé – vous y avez réfléchi ?

Camille – ouais, Charles, comme le roi d’Angleterre.

Barnabé – ah , c’est bien ça, c’est ambitieux, mais c’est bien … Si ça ne vous fait rien, pour l’instant, je vais mettre Camille parce que je n’ai pas trop le choix. Mais entre nous ce sera « Charles. dans le courrier que je vous adresserai, je mettrai Monsieur « Charles Envers ». Votre profession

Camille – douanier.

Barnabé – étonnant !

Camille – quoi, qu’est-ce qui est étonnant ?

Barnabé – et bien votre profession, que vous soyez douanier.

Camille – ah bon, et pourquoi ?

Barnabé –vous n’avez pas fait le rapport ? Douanier ! La frontière, le passage d’un territoire à l’autre. Ça ne vous parle pas ?

Camille – J’avais pas trop pensé à ça, mais si vous le dîtes.

Barnabé– maintenant que nous nous connaissons mieux…

Camille – si vous le dîtes. Que puis-je pour vous ?

Barnabé – pouvez-vous me confier les raisons profondes qui vous incitent à changer de… de genre.

Camille – vous me voyez en robe à fleurs et hauts talons ?

Barnabé – oh vous savez, bien maquillée… les drag queens, au petit matin, en pyjama, vous pouvez pas savoir

Camille – ah, par ce que ça vous est déjà arrivé un drag queen en pyjama au petit matin ?

Barnabé – c’était juste pour dire. Tout n’est qu’une question d’apparence.

Camille – pardonnez-moi cette question, Maître Barnabé, mais lorsque vous étiez femme, est-ce que…

Barnabé (l’interrompant) – commença, lorsque j’étais femme ? Mais j’ai toujours été un homme.

Camille –  Voyez-vous ça, et bien moi aussi. J’ai toujours été un homme, sauf que le bon Dieu m’a foutu des lolos sur la poitrine et qu’il a oublié ma bistouquette dans un tiroir. Vous voyez que l’apparence ça compte.

Barnabé –– vous n’avez jamais eu envie d’avoir des enfants ?

Camille – des enfants ! Quelle horreur ! (Elle rit)

Barnabé – je vois.

Camille –. Mais je plaisante. Le désir d’enfant n’est pas le privilège de la femme, que je sache.

Barnabé – je voulais dire des enfants que l’on porte.. que seule une femme…



Camille – on dirait que ça vous a manqué

Barnabé – peut-être, d’une certaine manière. Aussi, quand je vois quelqu’un qui veut se priver d’une telle expérience., Il me vient l’impression d’une sorte de gâchis.

Camille – soyons clairs, Maître Barnabé. Dans votre corps et votre tête d’homme, vous que dame nature n’a pas trahi, vous pouvez vous payer le luxe d’une nostalgie de ce type. Mais moi qui me vois affubler d’une physiologie que je déteste, je ne veux en rien lui donner la moindre justification. Vous comprenez, ma physiologie entière est une erreur.

Barnabé – je comprends, je comprends je suis désolé. Mais, pardonnez-moi encore cette question : qui vous dit que vous trouverez votre salut dans un corps masculin qui ne sera rien d’autre que le produit d’un artifice chirurgical ?

Camille – je me demande si j’ai sonné à la bonne porte.

Barnabé –Aurais-je dit une bêtise ?.

Camille – ce qui me gêne, voyez-vous, dans votre discours, c’est cette notion d’artifice.,  non, ce que j’attends de tout mon être, c’est une mise en conformité. L’artifice, c’est dame nature qui me l’a infligé d’emblée, à ma naissance .

Barnabé – mais alors, quelle différence entre ce que vous êtes aujourd’hui et ce que vous serez demain ?? Qu’attendez-vous de la justice ?

Camille – qu’elle me rende justice, précisément.

Barnabé – par ce que vous estimez avoir été lésée ?

Camille – et comment !

Barnabé – vous exagérez !? Lorsque je vous ai aperçu, voilà 10 minutes, spontanément, je vous ai dit : « Bonjour Monsieur » et vous m’avez même répondu que vous en aviez été flattée . En quelque sorte, vous l’avez déjà conquise votre identité.

Camille – mais vous ne comprenez donc pas que je ne veux pas être homme par effraction, clandestinement, me balader dans le beau monde en craignant qu’à chaque pas, l’on chuchote derrière moi parce que je suis une contradiction vivante.

Barnabé – vous ne craignez pas que quoi qu’il en soit, on chuchote dans votre dos ?








Camille – vous avez sans doute raison à une différence près : lorsque la justice aura consacré mon identité masculine, ce sont ceux qui riront de moi qui seront en effraction.

Barnabé – en infraction, vous voulez dire.

Camille – comme vous voulez ; les deux peut-être. J’ai toujours ressenti les moqueries des autres comme une effraction profonde à mon intimité.

Barnabé – mais la vie entière est une effraction. La naissance est une effraction. L’amour est une effraction. La mort est une effraction.

Camille – la naissance et la mort, je vous l’accorde mais l’amour ! Pas l’amour, quand même.

Barnabé – avez-vous jamais été amoureux, enfin, je veux dire amoureuse Avez-vous déjà aimé ?

Camille – pour être franc avec vous... Vous êtes mon avocat, n’est-ce pas ?

Barnabé – c’est à vous d’en décider.

Camille – OK, alors vous êtes mon avocat ! Et l’on doit tout dire à son avocat,

Barnabé – attention quand même. Je ne suis pas habilité à vous donner l’absolution.

Camille – ne vous réjouissez pas trop vite, je ne vais pas vous confesser un péché.

Barnabé – ne craignez rien ! Ces murs ont tout entendu et moi, je finis toujours par tout oublier.

Camille – mais puisque je vous dis que je n’ai pas de péché à me faire pardonner. D’ailleurs à bien réfléchir, je ne crois pas en commettre…

Barnabé – un petit peu quand même. Au moins le péché d’orgueil !

Camille – si vous voulez. Mais ne m’avez-vous pas demandé s’il m’ était arrivé de tomber amoureux.

Barnabé – vous avez raison. Alors ?

Camille – eh bien,  je ne sais pas.

Barnabé – comment ça, vous ne savez pas ? Mais, c’est une de ces émotions fondamentales à côté de laquelle on ne peut passer. Lorsque l’on tombe amoureux, on le sait. Si vous dîtes ne pas savoir, c’est que…

Camille – que je ne l’ai pas été, c’est ce que vous voulez dire.

Barnabé – oui, quelque chose comme ça. Aussi, comment pouvez-vous affirmer que l’amour n’est pas une effraction ? Je crois pouvoir dire que c’est la plus délicieuse des effractions mais une effraction quand même

Camille –, expliquez-moi.

Barnabé – comment vous dire ? Vous êtes là, tranquille, chez vous et, tout à coup, vous vous apercevez que plus rien n’est pareil ; les couleurs, les lumières sont différentes. Les sons deviennent plus mélodieux. Vous avez l’impression que les  arbres et les  animaux vous parlent et que le monde est une merveilleuse mécanique dont vous êtes le rouage essentiel.

Camille – tout ça ! Alors, non. Je ne crois pas, si c’est ça l’effraction.

Barnabé – oui, une double effraction. Vous entrez dans un monde nouveau et, réciproquement, ce monde entre en vous.

Camille – mais, comment voulez-vous que ça marche pour moi ? Je suis dans une armure, vous entendez, une armure dans laquelle je suis né, alors, votre histoire d’effraction, c’est pas pour moi.

Barnabé – et vous pensez... Vous pensez que la justice va servir d’ouvre-boîte ?

Camille – à vrai dire, j’en sais rien, peut-être juste ouvrir le haume, que l’on voit mon visage et que je puisse de temps en temps sentir sur mes joues le vent de la vie, entendre les arbres et les oiseaux me parler.

Fin




cent fois sur le métier...

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 028
Re : Mon cher maître – scènes de la vie d'avocat – la douane
« Réponse #1 le: 08 Mars 2025 à 09:13:16 »
Merci pour ton texte, qui est un dialogue

Ayant lu dans ton précèdent texte la raison de tes fautes de frappe, je ne vais pas les relever, car je ne le savais pas.

Je ne savais pas qu'il fallait voir un avocat pour faire ce genre de démarche, je ne voyais que la cote médicale.
Mais changer de sexe dans son travail, ça peut poser des problèmes, souvent les gens perdent leur emploi.

La discussion entre tes deux personnages est plutôt une réflexion psychologique que judiciaire.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 242
Re : Mon cher maître – scènes de la vie d'avocat – la douane
« Réponse #2 le: 11 Mars 2025 à 10:46:02 »
Cette histoire singulière est authentique comme l'était la profession exercée par la personne. Quant au dialogue que nous avons eu, à l'exception des considérations juridiques, il n'était pas très éloigné. Merci de ton passage, Cendres.
cent fois sur le métier...

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.024 secondes avec 23 requêtes.