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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Réponse des compositeurs

Auteur Sujet: Réponse des compositeurs  (Lu 405 fois)

Hors ligne Arsinor

  • Aède
  • Messages: 240
Réponse des compositeurs
« le: 02 Novembre 2024 à 00:41:24 »
Réponse des compositeurs


Jean-Sébastien Bach, 1720
Cher Nicolas, j’ai tout juste eu le loisir de feuilleter votre série de miniatures. J’espère que vous me le pardonnerez. En parcourant votre ouvrage, j’y ai vu une certaine diversité et un format homogène d’une musique à l’autre. En revanche, je n’y ai vu nul contrepoint ni enchaînement harmonique original. Je ne peux que vous suggérer de demander d’autres avis, le mien présentant un intérêt fort limité. Si vous consentez à l’analyser, je vous envoie ci-joint une modeste toccata écrite tout à l’heure, qui, je l’espère, vous permettra de progresser. Et n’oubliez pas une chose : si mon activité ne me permet pas de vous prendre comme élève, sachez que je dis à ces derniers, chaque jour que Dieu fait : « Travaillez, travaillez, et vous ferez aussi bien que moi. »

Wolfgang Amadeus Mozart, 1790
Mais où avez-vous trouvé des mélodies et des rythmes pareils ? C’est grotesque ! Vous croyez-vous révolutionnaire ? De musique, s’il en existe des traces dans votre recueil que j’ai appris par cœur sans le vouloir, elles sont complètement maladroites, rocambolesques, sans équilibre. Messina est un nom italien mais est-ce un nom d’emprunt ? Êtes-vous Turc ? Chinois, peut-être ?

Frédéric Chopin, 1830
Cher petit frère, vous me donnez du « maître », mais je n’ai rien à vous apprendre. Votre sensibilité est en phase avec les fleurs et les couchers de soleil, avec la pluie au crépuscule et avec les chants de la Nature. Elle parle de ce qui est beau et de ce qui est l’essence. Composez puisque vous aimez composer et puisque vous aimez. De grâce, oubliez ce Beethoven que vous croyez devoir imiter à tout prix. On veut que ce soit un génie, mais ses symphonies sont insupportables. La dernière fois que Franz Liszt m’y a entraîné, j’ai dû quitter la salle de concert et je me suis brouillé avec lui ! Malgré mon succès, je ne me montre plus guère en public, comme vous l’avez remarqué. Voyez-vous, vous enviez mon succès, mais c’est prendre la chose par le mauvais côté : il faut écrire ce que vous aimez et non pas écrire pour être aimé. Connaissez-vous le sens de ce mot d’inspiration ? La muse du chant descend sur vous et vous inspire le meilleur de vous-même qu’on ne peut qu’alors restituer aux Autres. Vous regardez la Lune et une mélodie vous vient aux lèvres, qui convient de coucher aussitôt sur le papier. Méditez, promenez-vous dans la Nature à la tombée du jour : le reste n’est qu’affaire de soupirs et de croches posés sur les cinq lignes.

Jules Fontana, 1850
Monsieur, votre opus 8 est le seul qui soit acceptable de me montrer, tant vous faites dans les autres opus, comme tant de contemporains, du sous-Chopin. Autant j’essaie de faire avancer l’histoire de la musique par mes activités, autant vous partez sur des audaces harmoniques qui n’en sont plus, tant elles sont étrangement agencées.

Erik Satie, 1890
Cher Monsieur « Nicolas Alexandre Messina », votre volume est gigantesque, grandiose et il faut absolument que je vous demande un peu d’argent pour payer mon loyer. En échange, je vous enseignerai les codes du Tout-Paris : il suffit de dire n’importe quoi aux éditeurs et de délirer correctement devant le public. Vous en êtes parfaitement capable.

Arnold Schönberg, 1920
Monsieur Messina, soyez mille fois remercié de m’avoir élu juge de votre volume plaisamment intitulé en français « Œuvre complète et autres pièces et piécettes ». Je me suis trouvé peu sensible aux quatorze premiers opus qui m’ont semblé très peu complexes au regard des maîtres évidents que vous essayez à raison d’imiter. Cependant, je suis stupéfait de constater que ma Méthode de composition dodécaphoniste ait trouvé un écho en France et que vous ayez eu le goût de l’appliquer à votre travail, alors que Paris est tout à son Stravinsky et à son Ravel. L’opus 15 de votre album s’intitule : « Neuf Miniatures sérielles » : comme moi à mes débuts, vous vous faites la main avec des miniatures avant d’attaquer des partitions sérieuses. Votre Prélude est étonnant, la Berceuse est une merveille, et la Mélodie est bien tournée, l’accord de Tristan, comme citation de ce qui fait craquer le système tonal, est bien amené. Les autres miniatures n’ont pas cette beauté. Continuez dans cette voie, complexifiez le discours jusqu’à le rendre dru, expressionniste, savant. Cherchez l’extraordinaire, l’inouï. Gardez le piano, cet instrument vous va très bien… Je ne peux que vous souhaiter une bonne relecture de mon Traité de composition et d’étudier mes œuvres ainsi que celles de mes élèves les plus doués. Je serais très heureux que vous m’envoyiez un opus 16 allant dans ce sens, plus ambitieux et mieux pensé.
En vous remerciant de l’intérêt que vous portez à la culture allemande, j’espère que la musique viendra au secours des hommes de nos deux pays, pour qu’elle y établisse la paix une fois pour toutes.
Amicalement,
Arnold Schönberg

Pierre Boulez, 1970
Bonjour, nous avons bien reçu l’an dernier votre album de compositions. Nous sommes au regret de ne pas faire suite à cet envoi.
Cordialement,
Le secrétariat de l’Ensemble Intercontemporain

Thierry Huillet, 2000
J’ai bien reçu votre recueil que j’ai lu à moitié. Il n’est pas si facile à exécuter, vous écrivez un peu comme les classiques et vos textes sont tissés de chausse-trappes techniques pour les mains comme pour les doigts. Vous dites sans modestie mais avec une vraie lucidité que vos morceaux sont pleins de subtilités cachées, et je trouve que vous devriez aller plus loin dans ce sens. Cependant, n’oubliez pas l’essentiel, qui est la ligne générale du discours.
Apprenez à présenter votre recueil : l’ordre chronologique n’est pas forcément le bon. Beaucoup de « piécettes », je me permets ce mot puisque vous l’employez, sont de qualité bien inférieure à d’autres. Bien que réellement amusants, et l’humour est sans doute votre atout principal, les « Divertissements » portent, hélas, bien leur nom. Ne sont-ils pas trop, justement, anecdotiques ?  Vous ne pouvez pas mettre en premier ce que vous appelez votre opus 1 n°1 composé à 12 ans. Pour cet âge-là, c’est étonnant… mais vous savez que Brahms avez donné l’honneur de l’opus 1 à une sonate pour piano en disant : « Quand vous vous présentez devant le monde, il vaut mieux montrer le front. »


Thierry Escaich, 2030
Bonjour Nicolas, j’ai bien lu votre album que je vous remercie de me l’avoir envoyé. Il fourmille d’idées et votre science fait mieux que poindre. C’est étonnant de la part d’un autodidacte ! En revanche, à cause de son amateurisme, comme vous vous en doutez et je vous le confirme, il n’a aucune chance d’être joué par des professionnels. Je vous propose de monter à Paris et de vous prendre comme étudiant dans ma classe de composition. Vous n’aurez pas trop de difficultés a priori pour passer les épreuves à l’entrée. Voici un lien vers la classe de composition du CNSMD* et surtout n’arrêtez pas de composer !
Bon courage,
te


* Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse


Hors ligne marécage désolé

  • Aède
  • Messages: 165
Re : Réponse des compositeurs
« Réponse #1 le: 02 Novembre 2024 à 09:10:22 »
bonjour nicolas/arsinor

il aurait été bienvenu de mettre des liens youtube pour pouvoir écouter les morceaux dont il est question.

fais tu seulement de la musique instrumental, ou travailles tu aussi avec la voix et le texte ?

"En vert et contre tout."

 


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