La côte s'étend à perte de vue. Sur le rivage, l'étroitesse de la courbure peut laisser penser à l'entrée d'une gorge. L'espace minéral se calque sur les édifices en ruines qui miroitent dans l'eau cristalline . Des aiglons volent au-dessus des têtes. Comme seule à admirer ce spectacle, je me languis du temps qui passe. Ma seule envie est de crier à la laideur, non sans un quelconque désintéressement. Parce que rien ne peut s'extraire d'un état pessimiste.
Ma lenteur , mon impatience, fondent sous un amas de questions toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Pourquoi ne suis-je pas, moi aussi, à survoler l'étendue de cette comédie bien réelle ? Celle de l'absence, celle de l'ironie d'un sort. Je suis à profiter de cette étrange atmosphère et malgré cela , je n'arrive à rien . Je combats mes propres démons, à n'avoir su profiter à temps, à n'avoir su jouir des seules joies que la vie me prodiguait. Contemplative à mes heures perdues , je détestes la moindre barbarie. Grand en est le fardeau sur mes épaules. Comme foudroyée par la rancœur et le découragement. Le noir obscurcit le sang coulant dans mes veines. Je m'engouffre dans cette gorge aux multiples interprétations ! L'obscurité des idées s'épaissit, le sol se dérobe doucement puis devient subitement profond. Je me sens glisser lentement, je ne retiens rien, délestée de mon poids, je rentre au cœur de mon histoire. Celle d'une enfance perdue , cherchant la parfaite osmose entre les choses, ces choses que rien ne dérange tant leur harmonie est belle.
Songeuse, poète , je ne néglige aucune opportunité pour me délasser. Lorsque la lune atteint sa pleine forme, je redouble de vitalité et d' énergie. Cela me permet de réfléchir avec plus de possibilités et non sans dévalorisation superflue. Car l'époque est à la joie de vivre et à l'éphémère dans mon monde où l'espace devient une attraction de destruction et de méprise. Où l'homme est une bête pour lui-même. Alors je passe mon temps à fuir l'hérésie et à croire qu'il ne faut courir après l'effort si l'intention et l'intelligence sont perverties par le refus de faire de cette terre une contrée pour le salut de l'amour.
“Peace and love” reste un slogan bien ridicule aujourd'hui malheureusement. Cependant avec plein de bon sens, et de désinvolture, j’accuse ma crédulité avec un amer ressentiment. J'espère, à la force de toute mon âme, une béatitude et une repentance éternellement dévolues au respect, et une humanité plus féconde. Les aiglons ont le pouvoir de voyager au-dessus des plaines et des contrées, ils s'exposent aux morsures et à l'écoeurement…ils ont ce courage défendu des grands prédateurs qui n'ont pas encore découvert le monde. Tout en profitant de leur seule clairvoyance sur l'obscurité, ils s'indiffèrent de la lumière du jour car cette errance les accompagne vers un horizon perdu.