Une araignée, qu’on lui pardonne, avait élu domicile dans l’orifice auriculaire de Sainte Gertrude de l’Immaculée Conception, sainte peu connue, mais fort vénérée des habitants de cet humble village.
Elle y avait tissé en toute innocence une petite toile où elle se blottissait douillettement. La statue étant de bois, ses odeurs lui rappelaient agréablement celles des granges et des forêts. Le lieu était frais en été, tiédi en hiver par les cierges qui brûlaient continûment aux pieds de la sainte, cierges qui de surcroît avaient l’inestimable avantage d’attirer toutes sortes d’insectes aussi imprudents que savoureux. Et puis, la nuit, dans le silence, elle aimait venir rêver, prier peut-être sur le petit promontoire que formaient les paumes offertes au ciel de l’imperturbable orante.
Mais il advint qu’un jour un sale gamin exigea que son papa le hisse sur ses épaules afin de déposer un gros bisou sur les joues poussiéreuses de Sainte Gertrude, les gamins ont parfois de ces idées ! On devine la suite, l’exclamation du marmot « Oh ! papa, elle a une sale araignée dans son oreille », des pleurs, des cris, puis l’intervention de Monsieur le Curé écrasant d’un doigt rageur l’insolente bébête.
Quant à Sainte Gertrude de l’Immaculé Conception, on ne peut douter qu’elle fut affligée par cette fin tragique, elle qui sans discernement avait consacré sa vie au bonheur de chacun. Il est même permis de supposer qu’elle regretta cette présence discrète et si peu exigeante quand bigots et bigotes l’accablait de leurs incessantes requêtes.