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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Je suis un fabriquant de lucarnes

Auteur Sujet: Je suis un fabriquant de lucarnes  (Lu 919 fois)

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Je suis un fabriquant de lucarnes
« le: 30 mai 2024 à 10:56:54 »
           
                  Je suis un fabriquant de lucarnes

Quelque chose de meilleur doit arriver.
C’est l’espoir.
Un feu dont chaque branche est la mère nourricière.
Je suis un fabricant de lucarnes.
Je garantis la fiabilité des bords de ma lucarne.
Les quatre bords.
Mais qu’est-ce que je vois par ma lucarne ?
L’espoir.
Je ne garantis pas que je vois l’espoir.
C’est comme un cheval aveugle qui vous conduit dans la nuit.
Une forêt en hiver qui attend le printemps.
Une bibliothèque dont on ne lira pas tous les livres.
C’est l’espoir.
J’ai bien préparer les quatre côtés de ma lucarne.
Ils sont solides.
L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir,
comme le toit envolé d’une chaumière dont on aurait construit les murs,
comme un papillon dont on ne connaît pas la couleur des ailes.
L’espoir, cette incertitude qui galvanise notre attention.
Le paysan regarde le ciel chaque soir.
L’étudiant prépare longuement ses examens.
Le malade attend le diagnostic du médecin.
Les ouvriers en colère rencontrent leur patron qui ne cède rien.
J’aime une femme mais je ne sais pas si elle m’aime.
Au bord de la mare on voudrait entendre le coin-coin des canards.
Sur une bicyclette il faut tenir fermement son guidon.
J’ai retrouvé mon vieux fusil rouillé, il marche encore.
C’est l’espoir.
Son contraire, c’est le désespoir,
qui nous amène qu’un ciel noir.
Je m’agenouille, j’implore, je prie, j’espère.
Au-delà des quatre bords de ma lucarne,
je ne suis plus le maître.
Les nuages cachent la pleine lune.
J’ai bien creusé le lit de ma rivière,
pour que la rivière y coule un jour.
L’espoir,
c’est le soleil de ma peur de n’avoir pas assez préparé les conditions pour espérer.
Il se mérite, l’espoir.
Il se prévoit, l’espoir.
On le pressent, on l’imagine à la limite de nos possibilités.
Ce serait comme le vol d’un oiseau à la portée du naufragé.
Le repentir d’une sorcière avant qu’on allume le bûcher.
La toile vierge du peintre avant qu’il réalise son œuvre.
C’est peut-être aussi un train sans locomotive.
Une cantatrice qui chante derrière le rideau.
Une lampe de chevet qu’on n’éteint jamais.
Pourquoi pas aussi la présomption d’innocence pour l’assassin.
L’espoir n’est pas toujours bienveillant pour les deux partis.
Le perdant n’avait pas bien anticipé le lit de son espoir.
L’espoir se couche où ça l’arrange.
Cette foutue espérance, elle n’a pas de morale.
Peut-être que la lucarne de mon voisin,
celle qui brinqueballe de tous côtés,
c’est par elle que l’espoir va lui sourire.
A un certain stade les algorithmes ne sont plus calculables
par mon esprit.
Alors j’invente une fenêtre qui s’appelle le hasard ou la chance.
J’ai bon espoir, dit une comédienne, en désespoir de cause,
en regardant par la fenêtre le chemin qui disparait dans la brume,
comme dans les histoires mélancoliques de Tchékhov.
C’est l’oasis dans le désert,
la balançoire à laquelle il faut impulser l’élan,
l’appel des ensevelis par le tremblement de terre,
la danse d’une robe sur le mollet des filles,
l’espoir du résistant parce qu’il résiste.
Chaque jour je consolide ma lucarne avec des clous nouveaux,
une peinture nouvelle et pimpante.
Je grimpe sur mon escabeau et je regarde par ma lucarne.
Il faut se dresser, se tenir debout,
dans le joli cadre faire bonne figure.
Est-ce moi qui cherche un espoir,
ou est-ce lui qui me surveille attendant son heure ?
De lassitude je quitte mon observation et ouvre ma porte.
Mais je me heurte à la paroi d’une autre porte infernale,
au fronton de laquelle je lis ;
« Abandonnez toute espérance, vous qui entrez ».
Le désert est sans oasis.
La sorcière ne s’est pas repentie.
On éteint toutes les lampes de chevet.
L’assassin est coupable.
Le résistant ne résiste plus.
Sous les décombres du tremblement de terre les appels se sont tus.
Je regarde soudain une fleur devant moi, sans avenir,
et je me sens apaisé.

« Modifié: 30 mai 2024 à 15:33:05 par LOF »
Lof

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Re : Je suis un fabriquant de lucarnes
« Réponse #1 le: 05 juin 2024 à 16:10:22 »

  L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Lof

 


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