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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La lecture, cet enchantement révélateur

Auteur Sujet: La lecture, cet enchantement révélateur  (Lu 681 fois)

Hors ligne Shendo

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La lecture, cet enchantement révélateur
« le: 28 Décembre 2023 à 10:44:59 »
Je crois n’avoir jamais porté un réel plaisir à la lecture. Ceci était vrai, avant mes… vingt-cinq ans ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, j’avais déjà terminé ma licence de lettres, c’est pour vous dire à quel point mon imposture faisait discrètement l’étalage de son étonnante vitalité, surtout quand on sait que la mention bien me fut adressée.
   J’ai su lire très tôt. C’est en classe de CP que nos chers professeurs s’évertuent à nous enseigner l’assemblage de lettres ? Cet assemblage appelé alphabet. Ah ! L’alphabet. Savez-vous le réciter mécaniquement ? Moi, oui. Nul en maths, je sais aussi vous donner la racine carrée de 81. Il est vrai que, sans être surdoué pour un sou, ma jeune mémoire semblait être pourvue d’une élasticité suffisante pour m’amener à comprendre ce qui nous servirait toute notre vie. J’étais déjà un pragmatique. Le reste, je préfère l’éluder. J’ai redoublé deux fois. J’ai loupé mon baccalauréat professionnel (et l’ai repassé en candidat libre sous l’impulsion paternaliste) ; rien ne me prédestinait à quelconque étude supérieure. Ainsi sont lancés les dés. Je les ai longtemps cru pipés. Mes parents aussi. Mais, il fallut se rendre à l’évidence : le petit n’était pas fait pour les études. Trop stressé. Trop imparfait. On veut le cadrer, il n’aime pas ça ! A quoi servent ces conseils de classe ? Bref, les emmerdements d’un jeune con pensant tout connaître des plaisirs intellectuels. Pendant un temps, après avoir exalté cette modeste introspection — je n’ai même pas encore trente ans après tout —, je me suis détesté. D’avoir été aussi arrogant, sûr de moi, distant avec la bonne note ; tout ça sous prétexte d’une plume que mes potes n’avaient pas.
   Quand j’ai découvert la brillance que revêtait la lecture, j’ai pu voir la véritable luminosité de l’âme. De toutes ces âmes vagabondant au sein d’un seul et même monde, respirant le même air et vivant les mêmes épreuves. Moi qui ai toujours été curieux de connaître la position que prennent les gens pour dormir ; la quantité de dentifrice qu’ils mettent sur leur brosse à dents (est-elle souple ?) ; la manière qu’ils ont de lire une information ou de la souligner ; vers quoi la main se dirige-t-elle naturellement dans le rayon hygiène… Bien que cette alliance de mots soit saugrenue, j’assume être un épicurieux. J’en suis même fier. Finalement, je l’ai toujours été, sans jamais l’avouer à qui que ce soit, parce que je craignais que personne ne s’attarde sur ce que je croyais être de la pure anecdote. Il n’en est rien. En cela, la lecture a pu remplir ma curiosité de l’autre. Madame Bovary m’a bien fait rire, je l’ai trouvée touchante. Claude Lantier, quant à lui, m’a attristé, il a suscité chez de moi cette inexorable dose de pitié, que l’on ne veut ressentir uniquement sur les choses tragiques de la vie. Pour lui, c’était la nullité de son oeuvre. De son vivant, tout du moins. D’ailleurs, là est toute la tragédie de l’art. Ces deux oeuvres, je les ai lues à des époques différentes, des lieux différents, au travers une mentalité et d’objectifs différents. Pourtant, elles m’ont appris à être plus humain, à accepter mes failles et à cultiver mes qualités. Chateaubriand et ses multiples pérégrinations ont rendu ma vie plus douce ; je n’étais ni à bord d’un bateau pourchassé par les balles, en plein milieu du Nil ;  ni gagné par la fièvre au moment de décamper pour partir toujours plus loin, toujours plus haut. Non, moi je lisais ces aventures depuis mon balcon, jouxtant campagne et cyclistes longeant la lys. Tout ça, en 2023. Rendez-vous compte du chemin parcouru.
   Et puis, la lecture m’a saisi à des moments inexplicables de ma vie. Je me suis arrêté en plein vol, net, pour contempler la déflagration culturelle qui passait sous mes yeux. A cet instant précis de votre existence, vous dites : « Merde, c’est donc bien réel ? Les gens en parlent aussi ? Le monde contient véritablement tout cela ? » Elles sont approximatives, ces questions. Pourtant, vous, qui lisez, vous les avez ressenties. Au plus profond de votre être, en votre for intérieur, ces questions ont abouti à d’immédiates réponses ; sonnant le glas intense de l’émerveillement, à la fois personnel et collectif. La communion avec autrui se fait seul, n’est-ce pas paradoxalement beau ? La lecture apporte cela. Elle vient chercher le fruit, que vous avez semé depuis vos cinq ans, ou depuis l’aube. La lecture n’a guère d’emprise sur vos convictions. Elle peut les effleurer, mais jamais ne les jugera. Loin s’en faut, elle vous rendra fier de l’être parfaitement imparfait que vous êtes, ce en jonglant avec ses personnages. Ils sont braves ces héros. Tragiques. Comiques. Ils s’en vont en guerre contre je-ne-sais-quoi. Des causes qui vous remettent d’aplomb, ou vous mette du plomb dans l’aile. Ces crises démentielles, ces politiques du XIXe siècle, ces pièces tranchées ou ces casques tombés. L’aventure n’est même pas à un centimètre de vous. Elle est en vous.
    La première fois que j’ai pris un livre dans mes mains — je ne pourrais malheureusement plus décrire l’émotion exacte que j’ai ressentie ce jour-là —, je me souviens d’un toucher doux. Un toucher doux combiné à un son singulier ; mélange de frottements, issus d’un matériau noble, mais pas inaccessible, comme l’or par exemple. Je crois me souvenir que les vertus du papier étaient si nombreuses qu’il pouvait contenir mes joies et mes peines. Souvenirs pesés, c’est faux, je l’ignorais. C’est ainsi que la lecture agit désormais à la manière d’une réminiscence qui a toujours été là, au creux de moi, avant ma naissance. Un don inné, une maison dans laquelle j’ai toujours habitée. Peu avant ma mort — si je ne sais rien, je sais encore moins son jour et son affaire —, j’espère avoir terminé un livre. Peu importe lequel. De quoi retourne-t-il, qu’est-ce qu’il adviendra, a-t-il eu du succès ? ces explications n’auront plus rien de rationnel pour une âme délavée. Elle aura connu les couleurs de la vie, par le prisme de la lecture, notamment. Elle en aura été contente, et l’une de ses volontés consistera simplement dans l’hypnose qu’elle procure, juste avant le grand saut.

Hors ligne Cendres

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Re : La lecture, cet enchantement révélateur
« Réponse #1 le: 28 Décembre 2023 à 19:14:10 »
Merci pour le partage de ton texte.

Faire des études de lettres sans aimer lire  doit être vraiment pas plaisant.
Je n'ai pas grand-chose à dire de ton texte. Il explique un raisonnement, et une démarche, et aussi ton goût a la lecture.
C'est bien expliqué et ton texte se lit facilement.

Tu as fait une faute de frappe ici. Tu as oublié une majuscule.
"De quoi retourne-t-il, qu’est-ce qu’il adviendra, a-t-il eu du succès ? ces explications n’auront plus rien de rationnel pour une âme délavée."
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Shendo

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Re : La lecture, cet enchantement révélateur
« Réponse #2 le: 29 Décembre 2023 à 10:14:09 »
Bonjour Cendres,

Bien qu'elle fût compliquée, j'ai adoré la licence de lettres. J'adorais écrire, fort heureusement. Néanmoins, si je pensais que mon goût pour l'écriture compenserait mon manque flagrant de lecture (et donc de connaissances littéraires), je me trompais allègrement. Je dirais que j'ai commencé à apprécier mes lectures à partir de la troisième, et donc dernière année.

Ce que j'ai voulu dire, c'est que beaucoup d'enfants pensent ne pas aimer la lecture. Parce qu'elle nécessite un investissement, de l'effort au début, la lecture n'est pas aussi simple que l'on peut le penser... Surtout dans une société où les divertissements et les sources de distraction sont nombreux.


 


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