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Auteur Sujet: Le grand écart (Jean Cocteau)  (Lu 2572 fois)

Anlor

  • Invité
Le grand écart (Jean Cocteau)
« le: 03 Novembre 2014 à 11:31:36 »
J'ai retrouvé ma PAL parisienne il n'y a pas longtemps, il y avait ce livre dedans depuis un an ; du coup j'ai lu, et je me suis demandé pourquoi je ne l'avais pas fait plus tôt.




Il s'agit d'un roman assez court, écrit par Jean Cocteau en 1922.
Le grand écart, c'est celui que va devoir faire Jacques, jeune homme fraichement débarqué dans une pension parisienne entre sa vie d'enfant, sa sensibilité et la vie d'adulte avec les désillusions et les souffrances qu'elle comporte. C'est l'histoire d'un jeune gars un peu paumé qui trouve pas vraiment sa place. C'est l'histoire d'un amoureux. C'est l'histoire d'un type qui a du mal à faire l'équilibre entre sa moitié sombre et sa moitié lumineuse et qui se laisse submerger par les deux.

Citation de: lettre de Cocteau à sa mère, juillet 1922
« Le personnage n’est pas moi, mais il me ressemble par certains côtés. Ce sera un cœur riche et pur mêlé aux bassesses d’une ville et qui marche au bord comme les somnambules au bord d’un toit. Une sensibilité qui désire dans le vague, trouve un jour une réponse courte et se dépense comme s’il s’agissait d’un amour éternel. En somme, les “confessions d’un enfant du siècle” sous une forme très simple et très vivace » (lettre à sa mère).

Mon avis : j'ai adoré. L'histoire, pourtant très simple, le style, les dessins (car oui, l'édition de Stock inclut des illustrations de Cocteau himself, c'est cool). J'ai dévoré ce livre en quelques heures et je n'arrive pas trop à savoir ce que j'aurais envie de lui reprocher. Après, je suis partie prenante : c'est le type d'écriture que j'aime et le genre de thème qui me parle, à voir si d'autres sur le forum seront du même avis  ^^

Un extrait (c'est le tout début) :
Jacques Forestier pleurait vite. Le cinématographe, la mauvaise musique, un feuilleton, lui tiraient des larmes. Il ne confondait pas ces fausses larmes preuves du coeur avec les larmes profondes. Celles-là paraissent couler sans motif.
Comme il cachait ses petit larmes dans l'ombre d'une loge ou seul avec un livre et que les vraies larmes sont rares, il passait pour un homme insensible et spirituel.
Sa réputation d'homme spirituel venait d'une rapidité d'esprit. Il appelait des rimes d'un bout à l'autre du monde pour les joindre de telle sorte qu'elles parussent avoir rimé toujours. Par rimes, nous entendons : n'importe quoi.
Il poussait brutalement les noms propres, les visages, les actes, les propos timides, et les envoyait au bout d'eux-mêmes. Cette manière lui valait la réputation de menteur.
Ajoutons qu'il admirait les beaux corps et les belles figures, à quelque sexe qu'ils appartinssent. Cette dernière singularité lui faisait prêter de mauvaises moeurs ; car les mauvaises moeurs sont la seule chose que les gens prêtent sans réfléchir.
N'ayant pas l'apparence qu'il eût souhaitée, ne répondant pas au type idéal qu'il se formait d'un jeune homme, Jacques n'essayait pas de rejoindre ce type dont il se trouvait trop loin. Il enrichissait ses faiblesses, tics et ridicules jusqu'à les sortir de la gêne. Il les portait, volontiers, au premier plan.
À cultiver une terre ingrate, il avait pris quelque chose de dur qui ne s'accordait guère avec sa douceur.
Ainsi, de mince qu'il était, s'était-il fait maigre ; de nerveux, écorché vif. Coiffant difficilement une chevelure jaune planté en tous sens, il la portait hirsute.
Du reste, cette apparence, aussi anti-artificielle que possible, procurait les avantages de l'artifice, masquant un goût bourgeois de l'ordre, un désintéressement maladif qu'il tenait de son père et la mélancolie maternelle.
Si un des habiles, féroces chasseurs parisiens le dénichait, il devenait simple de lui tordre le cou. On le démoralisait d'un mot.


Hors ligne Meilhac

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Re : Le grand écart (Jean Cocteau)
« Réponse #1 le: 03 Novembre 2014 à 11:58:15 »
Merci beaucoup Anlor.  :)
ça donne envie.  :)

 


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