Je me souviens parfaitement pourquoi je me suis intéressé à elle. Un intérêt, devenu une passion qui n’a jamais cessé depuis ce jour où ce qui peut sembler un détail a en partie déterminé ma vie. Un jour, plus précisément un mercredi chez mes grands-parents maternels, car chaque mercredi, nous allions manger chez eux avec ma mère lorsque j’étais enfant, mon grand-père nous parle de sa mère, et dit à mon adresse que sa mère était noble. Je ne me rappelle plus des mots exacts qu’il a employés, mais je me rappelle encore parfaitement du sentiment de fierté excessive qui m’a habité. J’avais l’impression d’être mêlé à la grande Histoire de France. Je le reconnais aujourd’hui, c’est assez puéril, mais normal quand on est un enfant. C’est la raison pour laquelle je me suis alors pris de passion pour les rois de France, la noblesse et par extension de l’Histoire. J’avais toujours aimé qu’on me raconte des histoires, et je me suis dit que l’Histoire était sans doute la plus passionnante de toutes ? Si depuis ce fameux jour, et même depuis mon enfance ces sentiments ont disparu, je n’en reste pas moins passionné par l’Histoire et le gotha. Mais les rois ne sont plus le seul sujet qui m’intéresse, d’autres sont venus s’ajouter, à l’image des grandes découvertes, des transports, de la sexualité ….
C’est de cette manière que j’en suis venu à m’attacher au patrimoine et à préférer partir en vacances avec mes grands-parents qui me faisaient découvrir les châteaux et monuments emblématiques du pays, plutôt qu’avec mes parents qui ne s’en préoccupaient guère.
Cela m’a permis d’avoir une matière fétiche au collège et au lycée. En dehors du fait que j’y avais d’excellentes notes, c’était aussi la seule qui m’intéressait. J’ai même fait de courtes études d’Histoire avant de me professionnaliser dans les archives après m’y être un peu frotté avec la généalogie.
C’est également à cette époque-là que j’ai commencé à trouver de l’intérêt à la généalogie. Alors que j’avais trouvé cela barbant enfant lorsque j’avais accompagné mes grands-parents aux Archives Départementales de Corrèze, je m’y suis mis quelques années plus tard. Puisque mon grand-père travaillait sur sa famille, j’ai décidé de faire la généalogie de mes grands-parents paternels. Papy m’a alors appris comment faire et aidé dans mes premières recherches dans les Côtes d’Armor et le Lot-et-Garonne. Je suis d’ailleurs assez fier de moi, car même s’il y a encore quelques trous, j’ai assez bien avancé dans la construction de mon arbre généalogique. Mais ce n’est rien comparé au cousin de mon grand-père. Celui-ci est remonté jusqu’en 1403 en ligne directe. Il est même allé beaucoup plus loin en ligne indirecte, c’est-à-dire par les femmes. S’il a pu aller aussi loin dans le temps, c’est avant tout parce que les sources sont plus nombreuses pour la noblesse. Il a ainsi retrouvé l’ancêtre dont la famille a tiré son nom, un écuyer espagnol arrivé en France au XVe siècle. Je dois reconnaître que lorsque je l’ai découvert adolescent cela m’est monté à la tête et que j’ai viré pro espagnol. J’ai récemment complété mon arbre généalogique avec les recherches du cousin de Papy. Si dans les premières pages, il n’y avait rien de surprenant, la suite m’a proprement estomaqué. J’ai non seulement découvert que j’avais des racines dans toutes les régions de France, mais que je descendais aussi d’un grand nombre de monarques français et européens, de Louis VI le Gros, d’empereurs germaniques, byzantins, de rois de Hongrie, de Norvège, de princes russes, de ducs de Bretagne… . Mais que dans mes veines coulaient également le sang de grands personnages, dont les plus marquants sont sans doute, Charlemagne, Guillaume le Conquérant et Aliénor d’Aquitaine. Je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à le réaliser, en particulier lorsqu’il s’est agi d’Aliénor d’Aquitaine. Cela me semblait fou d’avoir pour aïeule une femme pour laquelle je me passionne depuis le début des années 2000 et le livre « Le lit d’Aliénor ». Ce travail de complément de mon arbre m’a permis de prendre du recul sur mes origines. Si je suis fier d’avoir de tels ascendants, je sais aussi pertinemment que je ne suis pas le seul loin de là et qu’un bon nombre de mes autres ancêtres est issu du monde paysan, dont je suis tout aussi fier.
Je n’ai malheureusement pas eu le temps, ni le courage de dire à mon grand-père tout ce qu’il m’avait apporté. Quand j’y repense, c’est assez paradoxal, car enfant, je le trouvais ennuyeux, rigide et gris. Peut-être en effet, n’était-il pas très souple, mais il n’était pas sans cœur comme je le croyais enfant. Il était simplement secret comme je l’ai découvert plus tard.
Aujourd’hui, je réalise comment un détail aussi insignifiant que le fait de découvrir que l’une de mes arrière-grand-mères était noble a pu aussi que cela puisse paraître déterminer une partie de ma vie.