Texte avec les dix mots de la francophonie de cette année...
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Et Alice courut, courut, courut derrière le mammifère aux oreilles flasques. Ses pas,
synchrones avec le tic-tac de la montre à gousset. Et une fois n'est pas coutume, elle
bascula dans le terrier. Deux grands yeux tout aussi bleus, mais divergents de ceux d'avant.
Deux grands yeux avides, méconnaissables et différents.
"Ô doux songes de mon enfance
Quelle tiraillante impatience
Dans laquelle j'ai escompté
En supportant le temps passer"
Ainsi Alice tomba, tomba, tomba dans le terrier. Dans un déjà-vu tourbillonnant, les portes
défilèrent devant ses yeux où les années-lumières se comprimèrent pour se multiplier. Elle
atterrit sur le carrelage glacé. La poignée du tas de ferraille qui servait de porte à ces
quatres murs la dévisageait d'un air inhospitalier. La porte était à sa taille, elle ne chercha
pas la potion Rikiki. Elle ne remarqua donc pas la fiole, étiquetée, posée plus loin.
"Buvez-moi. Buvez-moi dare-dare, ou les âmes pleines d'espoir, le regretteront tôt ou tard."
La porte s'entre-ouvrit. Alice s'excitait, les yeux dilatés, d'impatience elle tremblait :
"Ô doux refuge ; tu m'as laissée victime du déluge,
Plus de demi-tour ; je vois déjà la lueur de l'avant-jour,
Fleurs, Chapelier, Chesire ; retrouver de quoi rire."
La porte était à présent grande ouverte. Mais aucune lueur ne vint toucher ses joues. Elle
regarda autour, se fit éclabousser de boue. Le cœur du conducteur, aussi terne que le temps
nuageux. Alice tourna la tête, se fit bousculer. Le passant trépignait qu'il ne pouvait pas
lambiner, que cette gourde devrait se bouger. Les bruits du trafic étouffant couvraient les
bougonnements des citadins. Entre deux dalles crasseuses se tenait une marguerite faible
aux pétales fins, seule à combattre la brise des rues. Les fleurs artificielles décorants la
chemise qu'arborait une femme grincheuse à la poitrine disgracieuse, semblaient narguer
Pauvre Marguerite de leur faux sourire. Au bout de la même rue, une homme à l'étroit dans
son uniforme buvait avec torpeur un thé sans saveur supposé le tirer, à travers l'hivernage
de la vie. Un chat maigre au poil triste vagabondait dans ces mêmes quartiers. Affrontant les
secousses de la ville, ses miaulements rythmaient les angoisses des civils engourdis. Alice,
dressée sur ses minuscules pieds, comprenait. Comprenait que son pays, était au
plus-que-parfait. D'un temps révolu, dépassé. Cette ville, méritait-elle les belles fleurs, les
thés chauds et même, ce brave chat errant ? Puis Alice se demandait ; et elle, méritait-elle un
refuge ? ... Elle leva les yeux, vit le lapin traîner des pattes dans l'avenue, disparate parmi la
foule.
"À quoi tout cela peut-il bien servir,
À quoi bon courir ?
Je suis déjà en retard, en retard, en retard, en retard..."