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Auteur Sujet: Le bagne de l'enfer.  (Lu 1830 fois)

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Le bagne de l'enfer.
« le: 02 Avril 2023 à 22:26:46 »
Bonsoir,  :)
 je suis toujours dans la thématique "nouvelle fantastique". Je poste la première partie. Si vous avez des commentaires, des conseils, relevé des erreurs, des fautes...N'hésitez pas!
Bonne lecture  ;) :bouquine:


 
                                                    Le bagne de l'enfer

  Lorsque j’appris mon transfert au pénitencier de « Tent city » le chef d’établissement de mon lieu d’incarcération s’empressa de me dire d’un air désolé. « Je n’y suis pour rien MR Brady, la décision vient de la direction du bureau fédéral ».
Voila six mois que je purge une peine de deux ans suite à un cambriolage et jusqu’à présent mon internement se déroulait plutôt bien. J’entends encore les paroles rassurantes promulguées par un geôlier lors de ma première journée de détention « Si tu te tiens à carreau mon gars avec le jeu des remises de peine dans moins d’un an tu es dehors ! »   
 Tu as raison du con ! La voilà ma juste récompense d’un comportement exemplaire. On m’expédie sans aucune explication vers le pire endroit qui puisse exister au monde : le pénitencier du comté de « Maricopa ».
 
 Durant le trajet qui me conduit vers mon lieu de détention, je m’interroge, « mais quel esprit tordu a pu imaginer d’ériger une prison en plein désert de l’Arizona ». Je ne sais plus à quelle occasion, j’ai appris l’existence de cet endroit. Par contre, je me souviens très clairement de l’expression de terreur affichée sur le visage du détenu qui m’en a parlé et de facto des paroles qu’il m’a adressées. « Prie le ciel, Man, pour qu’on ne t’envoie jamais là-bas où ne vivent que les scorpions. Ces enfoirés, ils ont réinventé le “bagne” tu te rends compte Man ! Dans cette taule de merde, tu ne casses des cailloux toute la journée en plein cagnard pour pas un rond ! ».

  À l’intérieur du fourgon cellulaire nous sommes quatre détenus les mains menottées derrière le dos. Deux gardes armés de fusil à pompes ne nous lâchent pas du regard. À l’intérieur la chaleur est insoutenable, le maigre rafraîchissement pulsé par un ventilateur ne suffit pas à diminuer la température torride. On devine qu’à l’extérieur le soleil darde ses rayons sur la carlingue du véhicule qui parcourt le désert de l’Arizona. Nous sommes assis sur un banc matelassé. Nous nous faisons face, gardiens comme détenus. J’évite les regards, j’ai appris quand prison ce simple geste suffit pour se faire buter. La tête baissée, je fixe mes sandales, les seules chaussures autorisées en détention. Après un temps indéterminé, mais qui m’a semblé interminable, nous arrivons.
 On nous fait descendre tour par tour du camion d’encasernement. Les ordres des gardiens fusent, je me prends sans aucune raison un coup de matraque en plein abdomen. Le souffle coupé je tombe à genoux aux pieds du maton. Il me hurle de me relever en me traînant par le bras.
  Je viens de pendre la crémaillère de mon nouveau lieu résidence, les genoux à terre, plier en deux en suffocant.
 Je retrouve rapidement ma lucidité et m’aligne à côté des trois autres prisonniers. En inspectant les alentours, je suis éberlué par ce que je vois au-delà des grillages et des barbelés. Se trouvent là les unes à côté des autres dans une géométrie parfaite, dressée, des tentes de Touareg en lieu et place où devraient se trouver des bâtiments bétonnés. L’implantation des casemates en toiles me rappelle les campements militaires lors de mon affectation durant la guerre d’Irak. Il y a quelque chose de surréaliste qui pourrait prêter à sourire. J’imagine un club de vacance où l’étendue désertique remplacerait l’océan et les matons devenus maîtres nageurs s’occuperaient de la sécurité des baigneurs.
  La nature m’a ainsi fait : je suis un bel homme de grande taille mesurant plus d’un mètre quatre-vingt-dix, la pratique assidue de l’athlétisme, conjuguée aux sports de combat mon taillé un corps musclé. Je peux donc m’estimer heureux de ne pas être d’apparence chétive et ridicule en découvrant les hommes qui se trouvent de l’autre côté des grilles, je suis surpris. Ils ont quasiment tous taillé comme des montagnes des Hulk aux Mike Tyson et autres titanesques musculeux. Leurs vêtements étriqués aussi sont inhabituels. Leur style me projette deux siècles dans le passé. Des pyjamas jaunes rayés de bande noire horizontale et sur leurs têtes en guise de couronnes, des calots au même design. Des centaines de Rapetous, Pieds nickelés et autres Daltons nous font face.
  Le soleil à son zénith est omniprésent. Il n’a pas besoin de briller pour signifier sa présence. La soif me taraude tellement que je comprends pourquoi certaines personnes en viennent à boire leur propre urine. Je pense que nos gardiens jaugent nos capacités de résistance, ils attendent que l’on transgresse la première des lois que se doit de connaître chaque taulard : « interdiction de parler sans autorisation ». Finalement arrive l’ordre salvateur nous ordonnant d’avancer, nous franchissons le portail grillagé, l’ultime rempart de démarcation de notre liberté perdue.
  C’est lors de la douche commune que je peux étancher ma soif, j’éprouve un tel bonheur qu’une phrase me revient en mémoire « l’eau est un don du ciel ».
 Ensuite vient la fouille corporelle où rien ne m’est épargné ; une opération dégradante intentionnelle qui se termine par un examen médical et une radio abdominale. Je ne sais pas si les trois autres prisonniers transportaient dans leurs entrailles des boulettes de drogues, je ne les ai plus revus. Ensuite, je suis référencé afin de me mettre dans la tête que ma vie d’avant, c’était la vie d’avant. Je suis numéroté et l’on m’indique que dorénavant je ne réponds plus au nom de John Brady, mais d’un simple N° de matricule : 00 962 143. Mon parcours se termine à la lingerie où je reçois la tenue réglementaire zébrée et son calot assorti, ainsi que deux espadrilles et un caleçon.
 
    Je ne le sais pas encore, mais je viens de changer de dimension.

À peine suis-je revêtu de ma nouvelle tenue que je suis conduit vers un autre gardien, chargé de me poser des bracelets. Il me relie ensuite les mollets, puis mes poignets à une chaînette et finalise l’opération en les verrouillant à des anneaux. J’hallucine, me voici enchaîné comme un vulgaire esclave d’une époque révolue. Maintenant je ne peux plus me déplacer que par petit pas rapide et rapproché.
 J’estime le nombre de nos gardiens à un pour dix prisonnier, c’est beaucoup plus qu’une prison lambda. L’explication logique qui me vient à l’esprit pour expliquer leur surnombre, sont les bivouacs en toiles facilitant les évasions, mais je pense que la raison fondamentale, c’est la dangerosité des détenus.
  J’ai appris dès mon plus jeune âge à jauger les gens sur leurs apparences. C’est pas bien, je sais, de plus c’est un délit de faciès. Néanmoins, j’ai des circonstances atténuantes. Je suis né à Chicago et pas n’importe où dans le quartier pourri de « Brighton » qui ne détient qu’un seul record, le niveau de criminalité le plus élevé au monde. Il m’a donc fallu pour survivre mettre aux clous mes a priori et m’entraîner dès mon plus jeune âge à psychojuger les gens.
 Identifier une tête de tueur ne suffit pas à cataloguer cette personne d’assassin. Il y a des monstres qui ont des visages de poupins et des têtes d’ogres aussi adorables qu’un « Shrek ». Au fil des ans lorsque notre survie en dépend on apprend inconsciemment à lire dans le cœur des gens. Les êtres humains induisent tous une aura invisible et les personnes aux grands cœurs se démarquent en dégageant un rayonnement positif. A contrario, les êtres malfaisants irradient des ondes négatives et absorbent l’énergie positive.
  Jusque là rien d’anormal, les uns se chargent et les autres se déchargent, ça reste courtois dès l’instant ou l’on respecte les lois de la nature. Or, les racailles, les fourbes ne respectent aucune règle. Ils pompent jusqu’à exsanguer, les individus qui les entourent. Et, cette symétrie parfaite qui régule le bien et le mal s’en trouve déséquilibrée.
  Pourquoi, ais-je acquis cette faculté d’empathie ? je ne sais pas, mais une chose dont je suis sure, c’est qu’elle m’a sauvé la vie à maintes occasions.
Dans une prison comme celle-ci on trouve la lie du genre humain. Le lieu où montrer un signe de faiblesse peut s’avérer fatale. La seule législation en vigueur en QHS : la loi du plus fort. Personne ne se connaît, d’ailleurs on ne cherche pas à familiariser.
Je suis emmené vers ma couche qui se trouve dans une tente-dortoir où sont disposés par rangées une vingtaine de lits superposés. Le gardien qui m’accompagne balance sur le matelas du haut, des draps, puis en me désignant la couverture me lance.
« Ne te fie pas à la chaleur ; la nuit, il gèle ! »
  Les prisonniers comme je l’ai déjà suggéré ne se connaissent pas entre eux. C’est la méthode du turn-over jamais deux personnes ensemble très longtemps, ça évite les accointances. Les gardiens eux par contre connaissent tout de notre pedigree. Donc, ils savent qu’en ce qui me concerne je ne suis pas quelqu’un de dangereux.
 Je ne reste pas les bras ballants bien longtemps. On me confie une activité sans aucun intérêt. Je transporte dans une brouette des blocs de pierres qui sont extraites d’une carrière. Nous sommes des dizaines en file indienne sous les regards vigilants des gardiens. Je m’interroge, depuis quand suis-je ici ? Les heures s’écoulent rythmées par nos vas et vient incessant, là-haut dans le ciel, le seul repère de temporalité censé nous renseigner, nous bombarde de ses rayons. Un puissant coup de sifflet stoppe les navettes soudainement. On se range tous en rang par deux, puis on avance en traînant les pieds en direction du campement.

 Sous le chapiteau on n’entend que le tintement des couverts entremêlés à ceux des chaînes, ainsi que les frottements de pieds au pas cadencé sur le sol bitumé. Les odeurs en provenance des cuisines accélèrent le trottinement des détenus qui me précèdent. Je suis le mouvement de la personne devant moi et calque mes gestes au sien. Je ne sais pas quelle pitance est déversée dans mon assiette ? Mais j’ai tellement faim et ça sent tellement bon que peut m’importe. D’ailleurs, mieux vaut ne pas le savoir.
  J’occupe une table de dix, à son extrémité un garde nous observe, il tient son arme qui repose sur son torse. La chaîne qui relie mes deux poignets me gêne pour manger. J’observe furtivement mes voisins attablés, personne ne parle à personne, c’est interdit. Je sursaute lorsque je reçois un appel du pied, suivi aussitôt d’un léger coup de coude.
  — Ne me regarde pas et écoute !
  La voix vient de ma droite et le murmure à peine audible. La tessiture semble celle d’une personne jeune. Je continue de manger et j’obtempère aux propos de l’inconnu.
  — Si l’on te repère, tu encours un grave danger à « Tent-City ». Alors, ouvre bien tes esgourdes et imprime tout ce que je vais te dire.
 L’homme marque un temps d’arrêt, puis reprend.
  — Tu dois connaître les règles qui régissent cette taule et être informé de ton statut sinon tu vas te faire bouffer en un rien de temps.
 — Comment ça me faire bouffer ?! Rétorqué-je soudainement inquiet.
Mon voisin me donne un léger coup de pied, puis m’avertit.
  — Le maton nous a repérés… On continuera cette discussion plus tard.
  — Mais, comment te reconnaîtrais-je ?
  — C’est moi qui établirais le contact.
Lorsque nous nous levons, j’évite de regarder à ma droite, je sens les yeux du garde braqué sur moi. Je prends le pas de la file qui me devance en direction de la déserte à plateaux. J’essaye de repérer parmi les centaines de détenus mon mystérieux interlocuteur, mais n’y arrive pas.
  Quand je sors du chapiteau, un vent frais me caresse le visage. Je remercie le ciel, c’est la première sensation agréable depuis mon arrivée. Je m’éloigne des groupes de prisonniers qui se sont formés et m’isole dans un angle que forme le grillage qui quadrille le campement. Je jette un regard panoramique, puis brièvement j’observe le haut d’une vigie qui nous surplombe. Je ne le vois pas, mais je devine un garde armé qui scrute avec ses jumelles. 
 Le soleil couchant sur la ligne d’horizon et la fraîcheur relative de l’air m’informe sur la fin de journée. J’aperçois quelques détenus pratiquer des exercices de musculation. Je ne sais pas où il puise cette énergie après avoir concassé des pierres en plein soleil. En ce qui me concerne, je suis vidé par le travail forcé de l’après-midi, éreinté, je me laisse glisser le long du grillage et m’assieds sur le sol aride. Un garde en m’apercevant m’ordonne immédiatement de me relever. J’évite son regard et m’exécute. Je m’apprête à partir lorsque la voix familière entendue lors du repas m’interpelle.
 — Tu dois éviter de te faire remarquer. Me lance-t-il.
 — Comment ça, je ne comprends pas ?
 — Tu dois être plus discret.
 Je me retourne et marque un temps d’arrêt en le découvrant. Il fait plus vieux que le timbre de sa voix ne le laisse penser. Son visage est émacié, ses yeux sont enfoncés dans leurs orbites. Affublé de cette tenue rayée trop grande pour lui., il s’apparente aux bagnards que l’ont peu voir sur les images d’Épinal. Je m’apprête à lui demander des précisions sur sa remarque, mais il ne m’en laisse pas le temps.
 — Écoute-moi attentivement et retiens tout ce que je vais te dire c’est important. Tu dois certainement t’interroger sur le bien fondé de ton incarcération dans cette prison de haute sécurité…
Je l’interromps à mon tour et lui demande avec véhémence.
  — D’où tiens-tu cela que je ne mérite pas d’être emprisonné ici ?
  — Je le sais, voilà tout. Tu n’as pas le profil d’un assassin. Mais passons… Il faut impérativement que tu m’écoutes sans m’interrompre.
 Agacé par le comportement énigmatique de l’inconnu, je le pousse dans ces retranchements en le houspillant.
   — Mais qui es-tu ? Et puis qui t’a parlé de moi ?
  — Ça fait deux questions. Bon, sache que tu ne seras pas plus avancé en apprenant mon nom et encore moins si tu connais la raison de ma détention. Dans une autre circonstance, nous aurions pu discuter, mais là nous n’avons pas le temps.
 Je prends au sérieux les mots prononcés par l’homme en mesurant leurs intonations dramatiques et en traduisant la gravité qui émanait de son regard triste. Balayant d’un regard panoramique les alentours, je vois les gardiens cerner par mesure de précaution, le gang le plus dangereux de la côte ouest « les MS13 ». Malgré les fers reliant chacune de nos extrémités, nous rendant totalement inoffensifs, ces membres de la mafia mexicaine demeurent redoutables.
Remarquant mon insistance à les observer, l’inconnu m’apostrophe.
   — Évite de les regarder ! me prévient-il. Ne leur donne pas un prétexte pour te liquider.
   — Je te remercie du conseil… euh..
Me voyant troublé et l’air empoté par ses dernières paroles, il rajoute.
   — Tu m'appelles Bob, ça fera l’affaire.
   — OK Bob, et… euh… qu’as-tu à m’apprendre sur ma détention que tu juges illégitime en QHS.
   — Elle n’est pas due un concours de circonstances. D’ailleurs, il te faut savoir que tu n’es pas ici par hasard, mais dans un but bien précis.
   — A oui ! Et quelle en est la raison ?
   — Tu as été choisi afin d’infiltrer le royaume des enfers.
  Je n’en crois pas mes oreilles. Ce mec à une case de vide. Sur les deux mille détenus que compte la prison. J’ai décroché le pompon, je suis tombé sur le plus givré. Il s’agit sans doute d’une espèce de témoin de Jéhova qui se croit en charge d’exorciser ce centre carcéral. Il n’a pas compris que ce n’est pas à l’eau bénite qu’il faut arroser cet endroit, mais au napalm. Je réfléchis au meilleur moyen de m’en débarrasser quand celui-ci me fait une curieuse révélation.
  — La première des choses que tu dois retenir, c’est de te méfier de tout le monde, surtout des matons. Tu ne connais pas encore les règles en vigueur et à cause de cela tu t’exposes à une descente anticipée.
   — Comment ça descendre. Que veux-tu dire ?
   — Tu risques sans y être préparé de te retrouver à un niveau inférieur.
   — Et qu’y a-t-il en dessous ?
   — L'entrée qui mène au royaume des enfers.
  J’observe attentivement mon interlocuteur afin d’y déceler un éventuel signe de folie. Aucun motif apparent ne semble indiquer un quelconque trouble psychiatrique. Néanmoins, même si je ne crois pas le moindre mot à ses élucubrations, je tiens à entendre les règles qui selon lui il me faut respecter. Peut être que dans son délire huluberluesque peut-il m’apprendre certaines choses pouvant me servir. N’ayant rien d’autre à faire je finis par lui demander.
   — Et quelles sont ces règles ?     
   — Ce ne sont pas des règles, mais la loi. Une législation appliquée depuis le commencement des temps. Elle régit le bien et le mal et quiconque y déroge est immédiatement puni, sans comparussions devant un quelconque tribunal. D’où l’intérêt de connaître ses principaux préceptes sous peine de se retrouver juger et condamner en même temps.
« Modifié: 03 Avril 2023 à 07:06:04 par flag »
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Re : Le bagne de l'enfer.
« Réponse #1 le: 05 Avril 2023 à 22:16:35 »
La suite et fin de cette nouvelle. Je ne suis pas satisfait du résultat final  :(. Je verrai bien si ça vaut la peine de la peaufiner. C'est l'avenir qui le dira  ::) Bonne lecture  :bouquine:
                                                           
                                                                                          Le bagne de l'enfer. (suite et fin).

Simulant l’intérêt, mais n’écoutant que d’une oreille distraite. Je prête attention pour la première fois au comportement étrange des matons. C’est tout d’abord leur similitude qui m’intrigue. Ils semblent tous issus d’un même moule, comme des clones, mais c’est surtout la façon qu’ils ont à se déplacer qui attire mon attention. Ils marchent les jambes arquées, tels des cow-boys. Leurs apparences aussi me semblent étranges. Car même si les visières fumées sortant du casque recouvrent en grande partie leurs visages. Je ressens une sensation bizarre, désagréable en les observant. Bob me prévient avec véhémence en me secouant le bras.
 — Je t’ai déjà signalé qu’il ne faut pas les regarder, c’est dangereux. De plus, je suis certain que tu n’as rien écouté de ce que je t’ai dit.
 — Euh… si… enfin, non pas trop. Lui réponds-je en tentant de lui faire comprendre mon désintérêt.
 — Et bien, il faut John, c’est important. Tu dois impérativement enregistrer tout ce que je vais te dire.
  En l’entendant prononcer mon prénom, je sursaute totalement surpris. Comment Bob peut-il connaître mon identité ? il a dû avoir accès, c’est quasi certain à des informations me concernant. Je le regarde dubitatif ; le découvrant sous un jour nouveau. Qui est-il ? Je m’apprête à l’interroger, mais il ne m’en laisse pas le temps.
  — La règle numéro un et de ne faire confiance à personne. Tu pars du principe que dans cette taule tu n’as que des ennemis. Alors surtout tu ne rends ou ne reçois aucun service ! La parole de saint Luc des évangiles : «  Donnez et il vous sera donné » se traduit ici, par : « si tu donnes à autrui, tu te vends un peu et si autrui te donne, tu lui appartiens ». Comprends-tu cette contre citation ? !
J’acquiesce d’un hochement de tête, mais plus par automatisme et politesse qu’autre chose puis je lui demande, intrigué.
 — Qui t’a donné mon prénom ?
 — Il m’a été transmis ainsi que ton profil.
 — Que veux-tu dire ?
 — Je suis chargé de ton apprentissage.
 — N’importe quoi ! Tu débloques, complètement.   Je n’ai pas besoin de formation. Crié-je, mais faisant fi, il m’interrompt de nouveau en fronçant les sourcils.
 — Tu dois impérativement m’écouter, j’ai très peu de temps pour te faire évoluer. Et, sans préparation tu risques de descendre trop vite.
 Je n’en crois pas mes oreilles ce « Bob » a le cerveau complètement congestionné. Cherchant à en savoir un peu plus sur cet endroit de détention inhabituel. Je décide de poursuivre en lui demandant.
  — Avant toute chose, dis-moi qui tu es ?
 — Quelqu’un en qui tu peux avoir confiance, je suis comme « Gemini le criquet » ; la conscience de « Pinocchio ». Disons que c’est la gentille fée qui m’a envoyée pour t’aider.
  — Et puis-je trouver cette « gentille fée » ?
  — Je ne peux pas te le dire ou plutôt c’est à toi de le découvrir.
  — Et tu penses sérieusement que je vais gober toutes ces salades. Lui rétorqué-je.
Sans se démonter en haussant des épaules. Il me répond tout en souriant.
  — Je ne m’inquiète pas pour ça John au fur et à mesure tu finiras par en être persuadé.
  — Tu vas avoir du mal à me convaincre.
  — Je comprends, c’est pour cela que je demande d’être attentif. Tu vois ce Chicano qui discute avec un membre des « MS13 » en face de toi légèrement sur ta gauche.
  — Celui-là ! lui dis-je en le désignant de la main.
Il m’attrape aussitôt le poignet et me reprend aussitôt.
   — Ne te fais pas remarquer. Je t’ai déjà averti !
  — OK, et qu’a-t-il de spécial ce Bandidos  ? Car hormis ces cheveux longs, je ne vois rien de particulier.
  — Je ne t’ai pas dit qu’il était spécial, il est même tout ce qui a de plus normal. À un détail près, c’est qu’il est mort !
 Je sursaute en entendant la réponse de Bob. Je me tourne enfoui ma tête entre mes mains avant d’exploser de rire. Après quelques secondes d’une hilarité exutoire, je ne peux m’empêcher de lui répondre sur le ton de la plaisanterie.
   — Bien évidemment, et le mec mort est en plein palabre avec un autre macchabée. Lui réponds-je sèchement.
  — Ta réaction est légitime John. Je t’avoue si l’on intervertissait les rôles, ma réaction serait similaire à la tienne, mais il est de mon devoir de t’ouvrir les yeux afin que tu appréhendes les événements futurs.
 Déconfit par sa certitude. Je lui lance.
  — Bon, au point où l’on en est, vas-y ! Continu à débiter ton baratin. Je ne suis plus à ça prêt. Je t’écoute ? lui lâché-je excéder.
  — Je dois aller vite John, mais en évitant de brûler les étapes. Si, je suis trop persuasif, d’ambler, tu risques de prendre peur… Tu me comprends ?
Malgré leurs connotations impératives. Il articule ses derniers mots. Je hausse les épaules et lui réponds-je..
 — Plus ou moins… Tu dois réussir à me persuader de je ne sais quoi en marchant sur des œufs.
 — C’est cela ! Je vais tenter d’être plus objectif en t’ouvrant les yeux sur ton passé récent.
 — Je veux bien de ton aide ça me permettra de résoudre mes petits problèmes d’amnésie. Réponds-je d’une intonation ironique.
Sans se soucier de la tonalité sarcastique du son de ma voix, il s’empresse aussitôt d’ajouter.
 — C’est normal John. On ne se souvient pas de sa naissance, donc il est normal que tu ne te rappelles pas de ta résurrection. J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer John. Tu es mort ! Tu t’es fait descendre par les flics sur les lieux du cambriolage, le jour de ton arrestation.
  Je le regarde avec des yeux d’un merlan frit, mon expression s’est figée. À présent, je me remémore mes derniers instants : la police me surprend en flagrant délit, mais faisant fi de leurs injonctions, je m’enfuis. Deux coups de feu retentissement, j’éprouve une brûlure dorsale atroce, puis plus rien. Je m’efforce à puiser dans le tréfonds de mes pensées, mais rien n’y fait-il me manque l’épisode qui suit le cambriolage. Quant aux élucubrations de Bob, je n’en crois pas un mot, mais les informations qu’il détient à mon sujet me troublent. Me voyant pensif, il rajoute, tentant de me persuader.
  — Le fait que dans cet endroit il y ait des fantômes n’a rien d’anormal, la plupart des gens dans le monde en côtoient à longueur de journée. Mais cette prison est inhabituelle pour cette raison ; les taulards par leurs comportements à risque sont majoritairement décédés.
   — Et, toi aussi ?
   — Non, en ce qui me concerne, je suis éternel, comme toi.
Je secoue la tête en élevant la voix comme pour prendre à témoin un éventuel observateur, puis je déblatère nerveusement. 
  — C’est dû n’importe quoi Bob ! Ne te fatigue pas, tu prêches un converti. Bon, aller je me confesse. Je suis le pape !
   — Oui en quelque sorte, c’est un petit peu ça. Bon, allez sérieusement John, il me faut continuer ta formation avant l’appel du soir. Il me pose une main sur mon épaule, puis me confie. Le monde dans lequel tu évolues maintenant n’est plus vraiment le même que celui d’avant ta résurrection. Tu es dorénavant en contact direct avec des démons, fantômes… mais surtout d’anges déchus. Ta présence ici n’est pas due au hasard. Tu as une mission à accomplir qu’il te faudra réussir parmi toutes ces entités malfaisantes, mais en évoluant au milieu « d'étourdis qu'il nous faille protéger ».
J’interromps mon interlocuteur. Je ne crois toujours pas le moindre mot de ces élucubrations, mais la discussion m’amuse.
  — Qui appelles-tu « des étourdis » ? lui demandé-je.
  — Ce sont des humains qui ne sont pas réincarnés.
  — Et qui sont les fantômes ?
 — Des entités, évoluant entre-deux-eaux retenues prisonnières dans les limbes. Mais qu’ils soient anges, démons, fantômes ou de simples étourdis. Tous ont un point commun, celui d’ignorer leurs statuts quand ils sont sur terre.
Mon interlocuteur est intarissable. Sa mythomanie alimente sans discontinuer son moulin à parole. J'exagère mon bâillement afin de lui démontrer ma lassitude. J'ai relevé au cours de sa conversation des propos contradictoires alors je tente de le piéger.
— Tu m'as dit que nous étions des immortels, puis tu m'avoues que je suis décédé. Comment veux-tu que je m'y retrouve ?
  — Je n'ai pas dit immortel, mais éternel.
Je ne saisis pas la nuance ?
  — Nous pouvons mourir.
  — Ah ! Oui je vois ! C'est fâcheux. On meurt, puis nous renaissons de nos cendres comme le Phoenix. J'aurais dû prendre une assurance vie. Réponds-je en ironisant.
  — N'importe comment, tu n'aurais pas pu la toucher sans commettre un péché. C'est du vol. Il pose sa main sur mon bras, puis me lance. Je vais bientôt  t'abandonner. Ma mission est terminée. Je vais juste réitérer la règle fondamentale : « tu ne dois rendre aucun service ni en recevoir d'autres détenus, surtout des gardiens ».
  — Je ne suis pas certain de me souvenir de tous tes conseils Bob, mais...
Je m'apprête à prétexter qu'il peut partir et que je ne le retiens pas. Quand il m'avoue une chose étrange qui m'interpelle.
  — Je  ne me fais aucun souci en ce qui te concerne. Tu vas recouvrer la mémoire très rapidement.
 Sache que lorsque nous sommes sur terre on ne se souvient pas du ciel. Pareillement à nous, les démons et les déchus eux aussi oublient d'où ils viennent. Et lorsqu'ils sont parmi les hommes, ils ne se souviennent pas des enfers.
  — À présent, il me faut te laisser John, ma formation est terminée. Il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance !
 Il m'adresse un grand sourire et je perçois dans son regard un bleu azur d'une intensité phénoménale. Tandis qu'il s'éloigne, je le vois se volatiliser peu à peu avant de disparaître.
  Je n'en crois pas mes yeux Bob vient de se dématérialiser devant moi.
  Je ne sais pas pourquoi je suis enclin soudainement d'une grande tristesse. Alors mon regard vogue vers la ligne d'horizon. Je suis fasciné par l'incandescence solaire qui embrase le ciel en ces derniers instants précurseurs du crépuscule. Tandis qu'au loin, l'obscurité s'apprête à draper les derniers rayons lumineux. Je contemple l'union qu'inexorablement va mélanger dans une même noirceur uniforme, l'immensité céleste à la terre aride du désert. Fascinés par le mélange flamboyant des couleurs mis en exergue par ce qui reste de l'astre aux mille feux, tandis que la clarté du ciel s'estompe, mes souvenirs me reviennent en mémoire. Et je me souviens de mon ordre de mission qui m'a été dévolu. Mon rôle a été de tout temps de punir la bête qui veut venir sur terre détruire la création de Dieu. Il est de mon devoir de lui faire plier l'échine de l'obliger à se prosterner et à demander pardon, puis enfin de la chasser jusqu'au au fin fond des entrailles de la Terre.

       Je brandis mon poing fermé, tenant une épée imaginaire, puis je crie en direction des cieux.
« Je suis l'archange Michel ! »
« Modifié: 06 Avril 2023 à 12:37:26 par flag »
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Re : Le bagne de l'enfer.
« Réponse #2 le: 06 Avril 2023 à 23:52:03 »
 :potichat:

Salut Flag

J'apprécie beaucoup ton style à la fois riche et corrosif. J'aimerais bien que tu écrive une suite à cette nouvelle, j'ai pas pu m'en décrocher jusqu'à la fin.
What you get is exactly what you give.

Hors ligne flag

  • Prophète
  • Messages: 763
  • Le navet ne se pèse pas au kilo mais à la tonne
Re : Le bagne de l'enfer.
« Réponse #3 le: 07 Avril 2023 à 11:47:18 »

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J'apprécie beaucoup ton style à la fois riche et corrosif. J'aimerais bien que tu écrive une suite à cette nouvelle, j'ai pas pu m'en décrocher jusqu'à la fin.
Bonjour, Kalimero
je suis très touché par tes compliments, c'est valorisant et moteur  :-[.  Je ne sais pas si cette nouvelle mérite une suite, j'y réfléchis.
bonne journée
« Modifié: 07 Avril 2023 à 17:31:30 par flag »
Dieu et la nature vont bien ensemble, ça va de paire, c'est Dieu le père.

Hors ligne Jiji

  • Tabellion
  • Messages: 55
Re : Le bagne de l'enfer.
« Réponse #4 le: 09 Avril 2023 à 14:23:38 »

J'ai été happé par ta nouvelle, et pourtant, la fin me semble un peu ...
Beaucoup de taf, de beaux synonymes, et même des adjectifs transformés en verbe, mais ça passe crème ! (exsangue par ex.) Mais la fin Grrrrrr t'as été trop vite ! On reste sur notre faim !


Merci pour cet excellent moment de lecture, peu importe ta décision de poursuivre ou non cette nouvelle, j'espère d'autres écrits. Ton texte est fluide, rebondissant, nerveux. Bravo !
Au plaisir de te lire.

Hors ligne flag

  • Prophète
  • Messages: 763
  • Le navet ne se pèse pas au kilo mais à la tonne
Re : Le bagne de l'enfer.
« Réponse #5 le: 11 Avril 2023 à 13:19:38 »
Bonjour, Jiji,
 
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J'ai été happé par ta nouvelle, et pourtant, la fin me semble un peu ...
Beaucoup de taf, de beaux synonymes, et même des adjectifs transformés en verbe, mais ça passe crème ! (exsangue par ex.) Mais la fin Grrrrrr t'as été trop vite ! On reste sur notre faim !


Merci pour cet excellent moment de lecture, peu importe ta décision de poursuivre ou non cette nouvelle, j'espère d'autres écrits. Ton texte est fluide, rebondissant, nerveux. Bravo !
Au plaisir de te lire.

Je suis déconfit par tant d'éloge  :-[ Merci à toi, c'est agréable à lire  :)
Dieu et la nature vont bien ensemble, ça va de paire, c'est Dieu le père.

 


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