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Auteur Sujet: La théorie computationnelle de l’esprit  (Lu 1478 fois)

Hors ligne Grégor

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La théorie computationnelle de l’esprit
« le: 12 Avril 2022 à 09:07:33 »
Cette théorie, qui considère l’esprit humain comme une sorte d’ordinateur, et dont je commenterai ici l’ouvrage de Steven Pinker, intitulé Comment fonctionne l’Esprit, semble entrer en contradiction avec l’idée, que j’ai souvent défendue, selon laquelle l’homme n’est pas une chose, n’est pas un objet. Cependant, elle ne l’est pas.
Il est fort possible (en vérité nous n’y connaissons rien) que les progrès en informatique permettent un jour de créer ce que nous appelons la conscience et qui est le propre de l’homme. Probable aussi que la conscience que nous pensons une, soit en réalité composée de différents modules, eux-mêmes décomposables en autres éléments composés, jusqu’aux premiers maillons de la chaîne, qui accomplissent des tâches simples, voire binaires.
Pourtant si la science permettait de créer une conscience, cela ne changerait rien à la distinction que nous pouvons faire entre conscience et objet. Cette conscience créée deviendrait une personne et ne pourrait plus être réifiée, comme une vulgaire chose.
Mais l’ordinateur que je tiens dans mes mains n’est pas une personne, aussi intelligent soit-il. S’il en tombait, ce ne serait pas un drame.
Quant à la conscience une, si le mécanisme qui rend cette illusion possible est composé de multiples éléments, cette illusion n’en est pas moins fondamentale et constitutive de notre personne morale. Le dessinateur Joseph Béhé, dans sa bande dessinée (Et l’homme créa les dieux), dit que nous sommes des invités dans notre propre esprit, comparant celui-ci à un château, dont les serviteurs invisibles accompliraient toute une série de tâches, qui rendent possible notre habitation en ce monde. Ce qui, en tant que philosophes, nous a passionné, c’est justement ce fonctionnement en acte de l’esprit, non pas la structure, l’invité et non pas ses serviteurs.
Il n’y a pas là de contradiction. Mais nous devons reconnaître que cet ouvrage de Steven Pinker répond à beaucoup de questions que nous nous posions. Notamment sur le rôle de la sélection naturelle dans la création de l’esprit humain et de sa conscience. La science répond à bien des questions philosophiques et c’est une aventure passionnante que de suivre les travaux de ces chercheurs, qui offrent des réponses aux plus profonds des mystères. Pourtant, la ligne de partage entre science et philosophie reste structurante. Mieux que philosophie et science disons plutôt entre science (qui a des objets d’étude) et morale (qui s’intéresse à l’homme en tant que « sujet » ou Dasein, « être-au-monde »).
La philosophie englobe les sciences et la morale et pense les distinctions fondamentales entre les deux.
Dans l’ouvrage que nous avons déjà cité plus haut de Steven Pinker nous apprenons par exemple qu’il existe une différence génétique entre les sexes. Toute la différence viendrait de l’investissement que la femme et l’homme mettent dans leur progéniture. La femme portant l’enfant a besoin, du point de vue de ses gènes, d’un père attentif qui l’aide à prendre soin de ses enfants. L’homme, s’il est d’un côté tenu d’être attentif au développement de ses enfants afin que ses gènes soient représentés à la génération suivante, peut très bien tenter sa chance ailleurs afin d’augmenter la probabilité d’avoir des descendants, car son investissement minimal, dans la reproduction, est moindre. Cela explique pourquoi les hommes sont davantage prédisposés à être attirés par des femmes séduisantes et choisissent leur(s) partenaire(s) d’après des critères physiques quand les femmes sont davantage intéressées par le statut du conjoint potentiel et son investissement dans la relation (ce n’est pas mon point de vue, mais le résultat d’études qui ont été menées et dont le détail se trouve dans le livre de Steven Pinker déjà mentionné). Autre aspect, la jalousie des hommes s’explique du fait qu’un mari trompé peut investir de son temps et de son énergie à s’occuper d’enfants qui ne sont pas les siens. La jalousie de la femme porte plutôt sur le temps que son mari lui consacre (idem).
En définitive, ces explications théoriques sur la nature de l’homme et de la femme, si elles se révèlent éclairantes, ne peuvent pas servir de règles éthiques. Notre nature a été façonnée par l’évolution et nos gènes qui cherchent à se reproduire le plus possible (encore quand je dis "chercher", je ne parle pas exactement, c'est plutôt que seuls ceux des gènes, qui avaient la capacité de se reproduire le plus possible, ont été sélectionnés). C’est ainsi que nous sommes fabriqués par la nature. Beaucoup de nos comportements s’expliquent par la manière dont nous sommes constitués. Pourtant nous ne sommes pas totalement déterminés et nous pouvons librement suivre une éthique qui s’écartera des seuls enjeux de nos gènes. La contraception en est un exemple flagrant. Si notre nature nous pousse à avoir des relations sexuelles, nous contournons ses projets grâce aux moyens contraceptifs. Cet exemple montre que nous pouvons faire des choix et encore une fois, la connaissance de nos déterminations est une aide précieuse, si nous voulons les réaliser.
L’homme n’est jamais ce que les théories sur l’homme nous en enseignent. Pourtant, dans les faits ces théories sont corroborées et c’est même ainsi qu’elles sont élaborées, ce qui signifie que les êtres humains agissent en grande partie selon leur nature. Or, cette nature n’est ni bonne ni mauvaise, elle répond comme nous l’avons dit aux exigences de nos gènes, qui l’ont façonnée au cours de l’évolution. Nous avons le choix de lutter contre ce que nous estimons mauvais dans cette nature. L’inégalité entre les hommes et les femmes par exemple. La compétition afin d’avoir un maximum de descendants et pour ce faire d’accumuler du pouvoir et de l’argent. Nous pouvons édicter des lois qui nous permettent de nous tenir à nos engagements. En définitive, la science ne nous dit pas ce que nous devons faire mais pourquoi nous le faisons à notre insu, quand nos gènes et la manière dont notre organisme a été fabriqué par eux, pilotent toutes nos décisions. Les théories sur l’homme ne nous expliquent pas pourquoi nous devons avoir un comportement éthique. Elles n’expliquent pas nos devoirs, seulement nos actes, quand ils ne sont justement pas motivés par notre devoir. Nous retrouvons en cela la leçon de Kant : la liberté est une loi que nous nous donnons à nous-mêmes.
« Modifié: 12 Avril 2022 à 09:15:43 par Grégor »

Hors ligne Grégor

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Re : La théorie computationnelle de l’esprit
« Réponse #1 le: 13 Avril 2022 à 09:03:37 »
Merci

 


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