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Auteur Sujet: Du langage  (Lu 1819 fois)

Hors ligne Grégor

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Du langage
« le: 04 Avril 2022 à 15:41:56 »

Je reprends ce texte ancien afin de pouvoir conduire mes éventuels lecteurs sur le chemin philosophique que j’ai entrepris. Il a été écrit avant que je ne me plonge dans la lecture de Hegel, qui contredit, du moins en partie, la thèse que je défendais alors, notamment dans les premiers chapitres de sa Phénoménologie de l’Esprit.
En effet, nous avions souvent critiqué, dans des textes encore antérieurs, l’énoncé théorique par rapport à la praxis, l’une engageant le Monde et l’autre tendant vers la Nature. Mais nous voudrions revenir à quelques paroles banales et essayer de les analyser, toujours dans cette même perspective.
Par exemple l’énoncé : « cette table est bleue ». Que se passe-t-il ? Nous attribuons la bleuité à cette table. Ce que cette table est totalement, le déictique « cette » indiquant qu’elle est devant nous, est focalisé sur l’attribut qu’on lui donne de bleu. Mais quel est l’être total de cette table ? Est-ce la somme des attributs qu’on peut lui donner ? Elle semble, cette somme, être infinie, et sans doute qu’elle n’est pas encore connue. En effet, cette table est composée d’atomes, eux-mêmes composés de particules encore plus élémentaires, dont il reste encore beaucoup à découvrir. Pourtant, cette table est bien là, devant nous. Au niveau ontologique, elle est un étant dont on dispose. Mais là encore, la somme de tout ce qu’elle peut être pour nous est infinie. Elle est une table de jeu, une table à manger, une table pour écrire etc. Lorsque nous jouons à un jeu, par exemple, elle est un support qui n’attire pas notre attention, qui reste concentrée sur le jeu. Souvent la table est là pour nous, sans se faire remarquer, modeste support, sur lequel on peut compter. Le langage nous permet de dire à quoi sert la table. Pourtant, dans l’énoncé théorique, cet être de la table, comme objet du monde, a tendance à disparaître, au profit de la nature de la table. La nature de la table est ce qu’elle est en elle-même. Qu’elle serve à jouer aux cartes, par exemple, ce n’est pas sa nature, mais plutôt sa fonction. Comment définir la nature de la table ? C’est à partir de là que l’on peut commencer à essayer de la déterminer. Nous allons essayer de la définir totalement par le langage, comme si en définitive, le langage était capable de recréer intellectuellement la totalité de cette table. Est-ce possible ? Peut-être qu’un jour l’être humain sera capable de comprendre totalement la composition de la table, depuis ses plus petits éléments. Il aura donc une image intellectuelle de cette table parfaitement adéquate à la table réelle. Quelque chose est apparu sous notre plume d’un peu étrange : le terme d’« image intellectuelle ». Quand nous disions « cette table est bleue », nous n’avions pas en vue une « image intellectuelle » de la table mais cette table réelle devant nous. Mais à partir du moment où nous avons voulu déterminer la nature de la table, nous avons rompu le lien avec la table réelle. En effet, ce serait un peu facile, si quelqu'un nous demandait ce qu’est cette table, de répondre en la désignant : « c’est cela ». Seul celui qui est devant la table pourrait comprendre ce que l’on veut dire et notre dire serait un pur montrer. C’était déjà le cas dans l’énoncé « cette table est bleue ». Le sujet, « cette table », avant d’être caractérisé comme bleu, était pris comme totalité posée devant moi. Mais ce simple montrer est insuffisant pour l’énoncé théorique, qui finalement, semble être uniquement du côté de l’attribut : il comprend qu’elle soit bleue, « mais encore ? » demande-t-il. Est-ce que sa couleur permet d’en définir la nature complète ? L’image intellectuelle de la table réelle se forme peut-être ainsi. L’énoncé se coupe de la fonction déictique du langage. Il ne s’agit plus de montrer simplement ce qui est, comme dans le langage ordinaire, mais de voir si d’après le seul énoncé, on arrivera à représenter adéquatement la chose dont on parle. L’énoncé devient vrai, quand la chose pensée est en adéquation avec la chose réelle et faux quand il est inadéquat. Le vrai et le faux naissent à l’intérieur de l’énoncé sur la nature des choses. Il n’existe pas de vraie fonction de la table. À la rigueur on parlera d’impossible : impossible de faire démarrer cette table aujourd’hui ! La catégorie qui n’est pas du tout envisagée, quand on analyse la nature d’une table, est celle du possible. À quoi peut bien servir une table ? Là aussi, comme lorsqu’on éprouve la véritable angoisse de la mort, ce possible est dans nos sociétés relié à la catégorie subjective. Mais qu’est-ce que cela veut dire « subjectif » ? Nous pouvons maintenant tenter une explication : ce qui n’est ni vrai, ni faux, dans un énoncé théorique sur la nature des choses. En réalité, cela risque de faire beaucoup. Par exemple, cette table réelle, qui est devant moi et que je désigne, est de l’ordre du subjectif. Mais nos prouesses énonciatives et ce que j’appelle parfois la métaphysique moderne, ont tellement façonné dans nos imaginaire l’idée d’une réalité objective et vraie, qu’on en oublie le monde, dit « subjectif », et qui est pourtant premier dans l’ordre ontologique.
Nous avons essayé de rendre hommage à ce modeste support de tant de moments heureux de notre vie, qui aura bien mérité son nom de table. Et peut-être avons-nous eu l’audace de renverser la table métaphysique de notre temps, la tabula rasa de Descartes, afin de conférer à cette table bleue toute sa dignité de table.

Mais nous rencontrons alors le problème suivant : l’énoncé, pour être vrai, doit être adéquat à la chose réelle, l’énoncé théorique n’est donc pas totalement coupé de la chose même. Quelle est la nature de cette adéquation ? La réalité semble n’intervenir dans le processus théorique que pour confirmer ou infirmer l’énoncé. La réalité n’est donc pas première, mais elle est seconde, dans l’ordre ontique. Alors que dans le langage ordinaire, qui montre seulement les choses, la réalité des choses est première, ontologiquement. Certains nous opposeraient peut-être que la réalité n’est pas donnée, une fois pour toute, mais que l’homme construit sa réalité. Sa connaissance théorique lui permet de transformer la réalité, donc l’énoncé théorique ne se contente pas de se référer à une réalité déjà là, mais, au contraire, modifie la réalité. Pour nous, l’énoncé théorique est purement théorique. Son application pratique est d’un autre ordre. On passe de l’ordre ontique à l’ordre ontologique. On ne peut pourtant pas nier que l’ordre ontique de l’énoncé théorique influence l’ordre ontologique, en modifiant le monde et le rapport de l’homme à son monde. C’est indéniable. Pourtant nous maintenons que la vérité ontologique de l’être-au-monde de l’homme est première par rapport aux vérités ontiques secondes de la théorie. Quelle que soit leur influence sur la « réalité » de l’homme et même sur la réduction du monde à du réel.
Qu’est-ce que le réel ? Quand une théorie veut s’assurer de sa propre rectitude elle teste le réel. Nous pourrions tenter une première définition du réel comme ce qui peut être testé. En quoi consiste un test ? Un test consiste à vérifier une hypothèse. Nous ne connaissons pas très bien la logique traditionnelle. Nous allons donc faire simple. Soit, par exemple l’hypothèse suivante : tous les A sont B. Cette induction soulève un problème, déjà repéré par Hume, celui de savoir, dans quelle mesure, nous pouvons affirmer que tous les A sont B, par exemple, que tous les cygnes sont blancs, sans avoir préalablement observé tous les A. Popper répondrait que l’hypothèse est scientifique dans la mesure où elle est falsifiable. Tant qu’on n’a pas trouvé de cygne noir, l’hypothèse « tous les cygnes sont blancs » est non pas vraie (ce qui est impossible à dire) mais corroborée. À partir des inductions, il est possible de faire des déductions, c’est-à-dire, de prédire le réel. Si tous les cygnes sont blancs, j’en déduis que chaque cygne, que je rencontrerai pendant ma balade, sera infailliblement blanc. Le réel est ce qui peut être prédit avec certitude. Nous disons avec certitude afin d’évacuer les prédictions des charlatans. Mais ce qui ne peut pas être prédit avec certitude, la liberté humaine par exemple, est-il donc en dehors du réel ? Le réel répond donc parallèlement aux prédictions théoriques. La parole qui se contente de montrer ce qui est là, en revanche, n’est pas encore un énoncé théorique. Pourtant, lorsque nous désignons quelque chose, nous disons bien quelque chose, d’après les « connaissances » que nous avons de cette chose.
Ici, nous rencontrons un problème. Nommer quelque chose, est-ce avoir une connaissance ? Est-ce « connaître » quelque chose que d’en parler ? Pour certains cela ne fait aucun doute et voici un exemple qu’ils pourraient prendre : quelqu’un voit un ours blanc dans le zoo de Vincennes et dit « cet ours est blanc ». Il disait cela dans les années trente, mais aujourd’hui avec les progrès de la génétique, nous savons que cet ours blanc, en réalité, n’a pas l’ADN d’un ours blanc, mais qu’il est, par exemple, à moitié grizzli. Nous devons cet exemple à Léna Soler. Donc conclusion, nous nommons l’ours, que nous voyons, en fonction des connaissances de notre temps. Cette démonstration nous semble parfaitement correcte (même si l’exemple est un peu bancal). J’ai lu quelque part que l’art du géomètre était de raisonner juste à partir de figures fausses, parfois, celui du philosophe est aussi celui de raisonner juste à partir d’exemples improbables. Mais le langage, qui se contentait de montrer cette malheureuse moitié d’ours polaire, est devenu, dans nos esprits, un énoncé théorique. Qu’importe que la génétique retrouve de l’ADN de cochon d’Inde dans notre ours blanc, qu’on appelle un chat un chat, ou autrement, peu importe même les mots, les enfants se contentent parfois de montrer du doigt ce qui les émerveille au zoo, l’essentiel c’est que l’ours soit là. Ontologiquement parlant, c’est que l’ours soit là, qui compte. Trop vite nous croyons que le langage recouvre le phénomène qu’il désigne, alors que souvent, il se contente de le montrer. On se demande si les vêtements de mots, dont on a habillé le phénomène, lui conviennent ou s’ils correspondent juste à une mode d’habillage, qui évolue en fonction de la connaissance. On ne se demande même plus si la mode actuelle qui consiste à tout habiller de concept scientifique est vraiment la bonne. Elle semble si indubitable, que dans l’exemple que nous avons pris, la dénomination « ours blanc » n’a pu être faite qu’en fonction des connaissances zoologiques des années trente. Pourtant le mot « ours » ne renvoie pas uniquement à une connaissance, il est aussi un animal symbolique, un personnage de conte, par exemple, et notre imaginaire est peuplé d’ours fantastiques. Ce sont aussi ces ours merveilleux que nous voyons. Alors certes, la connaissance scientifique, que nous avons des choses, influence notre manière de voir le monde. C’est indéniable. Ce n’est pas seulement le réel (la somme des choses prédictibles) qui est agrandi par la connaissance théorique, mais bien notre être-au-monde qui est enrichi par elle. Donc, oui, le monde est encore en attente, il n’a pas été totalement découvert. Quand nous parlions de totalité donnée pour nommer ce qui est là, nous ne voulions pas dire que tout était déjà donné, dans le sens où il n’y aurait plus rien à découvrir. Sans doute que le mot totalité a été mal choisi, nous l’avons employé en référence à Kant et à sa notion d’espace comme totalité donnée. C’était pour faire comprendre que le monde se donne comme totalité pleine et entière. Pour reprendre un exemple de Husserl : si je regarde un arbre je le vois sur l’horizon du monde (le ciel, le jardin par exemple). Sans ce monde sur lequel l’ « objet » que je regarde se détache, je ne verrais pas l’objet. Nous avons ajouté le temps en essayant de suivre la leçon de Heidegger. Je ne suis pas prisonnier du présent et d’un rapport immédiat à l’objet et au monde. Au contraire, je suis toujours tourné vers l’avenir et mon passé me hante. Cependant nous ne voulions pas mettre un terme à cette totalité donnée. Au contraire, c’est une totalité infinie. Ne serait-ce que parce que notre rapport au monde se conjugue au futur, il n’est jamais borné à être ce qu’il est là, immédiatement. Il est tout ce qu’il peut être et dans ce possible s’inscrit aussi les possibles connaissances théoriques à venir. D’ailleurs quand nous montrons, en parlant, nous pouvons très bien dire : « regarde, l’ours va à l’eau. » Nous montrons ainsi quelque chose qui n’est pas là, immédiatement. Pourtant notre dire est bien une manière de montrer que l’ours va se mettre à l’eau.
Pourquoi cette distinction entre parole qui montre et énoncé théorique ? Simplement afin de montrer que les deux sont enracinés dans l’existence humaine et plus précisément dans le là, où se donnent les choses. Ce là n’est pas immédiat, il est ouvert au présent, au futur et au passé. Nous avons tendance à supprimer ce rapport ontologique aux choses et à ne considérer que les énoncés ontiques, dans la mesure où ils sont corroborés par le réel. Nous essayons de montrer notre ouverture au là : notre Da-sein.

Nous disions, au début de notre texte, que la lecture de Hegel nous avait apporté un autre éclairage sur le langage.
Pour Hegel, la vérité est du côté du langage, ce que nous avons appelé l’énoncé théorique et non du côté de ce qu’il nomme l’intuition, la pure manifestation des choses et des êtres.
Ce qui nous a paru intéressant chez cet auteur, c’est qu’il redéfinit la logique.
En effet, la logique traditionnelle promeut la Loi de non-contradiction et du Tiers exclu.
Pourtant lorsque nous disons que « A = A », soit nous ne disons rien et ce que nous disons équivaut à l’être ou au néant, puisque nous ne déterminons absolument pas notre propos, soit nous disons que le second A, disons A’, est identique au premier A, tout en étant différent.
A est donc à la fois A’ et non-A’.
Du coup la Loi de non-contradiction d’Aristote (« Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps au même sujet ») est sous cette perspective, fausse.
Nous pourrions dire l’inverse : Il est nécessaire que le même attribut n’appartienne pas au sujet et en même temps lui appartienne.
Tout se joue en vérité sur cette notion d’« appartenir ».
Ce que semble vouloir dire Aristote, et qui reste vrai, est qu’un sujet ne peut pas contenir en lui deux attributs contraires. Ainsi, Paul ne peut pas être malade et en bonne santé au même moment.
Mais ce que nous dit Hegel, c’est que la maladie n’est pas Paul et que pour pouvoir être identifiée à ce dernier, elle doit être différente de lui.
En réalité, nous pouvons attribuer une quantité infinie d’attributs à un sujet.
Ce sujet est ineffable. Paul est ineffable.
Pourtant ce niveau, qui est celui de la perception, où nous considérons des choses ineffables, n’est encore qu’un moment de la vérité, il n’en est pas le stade ultime et absolu, pour Hegel.
Nous pensons une chose en elle-même, comme une unité ineffable de propriétés sensibles qui, elles, peuvent être dites. Par exemple, si je vois une pomme rouge, la rougeur est manifeste, la forme circulaire aussi et nous savons ce que nous disons. Mais la pomme elle-même reste un mystère. Elle est l’ensemble de ses propriétés mais ne se réduit à aucune en particulier. Elle est une totalité.
Mais l’erreur de ce niveau de la vérité, que constitue la perception, va devenir manifeste lorsque l’on va chercher ce qu’est la chose, non pas en elle-même, mais par rapport aux autres choses.
Chaque chose n’est ce qu’elle est que par rapport aux autres choses qu’elle n’est pas. Le rouge de la pomme n’est rouge que par rapport aux autres couleurs qu’il n’est pas. Si tout était rouge, le rouge que nous verrions ne serait plus notre rouge, celui qui n’est ni bleu, ni vert, ni jaune.
Finalement, la vérité d’une chose singulière est dans le fondement qui suppose l’interaction entre toutes les choses.
Ce fondement est à la fois l’ensemble des choses et leurs relations réciproques.
Chaque chose partielle n’est donc pas la vérité mais le tout, lui, l’est. Mais chaque chose implique en elle le tout : elle peut réagir avec n’importe quelle autre chose.

Avec Hegel, nous voyons donc une autre définition de la vérité.
Avant de faire appel à lui, nous pensions la vérité comme étant essentiellement de l’ordre du phénomène (ce qui nous apparaît). Et nous pensions que l’énoncé théorique était second et ne recouvrait pas complétement cette vérité première du phénomène. Sans doute avions-nous raison de le faire et j’espère que les arguments que nous avons déployés étaient suffisamment convaincants.
Pourtant, ce que nous appelions alors « énoncé théorique » était celui d’une logique encore traditionnelle.
Avec Hegel, nous avons appris une autre forme de logique.
Celle du tout et des parties. Des choses finies et de l’infini (in-fini, au sens de ce qui n’est pas limité).
Cet infini n’est pas un infini abstrait, au-delà des parties finies.
Il est, comme la substance de Spinoza, immanent aux choses finies.
On peut le penser comme un principe d’organisation de tous les phénomènes, ce qui leur donne un sens.
De ce fait, le langage pris comme un pur montrer est insensé.
Nous avions essayé de pallier cette difficulté en disant que le fait de montrer, par exemple, un ours, n’était jamais un rapport immédiat, mais temporel.
Hegel a beaucoup réfléchi sur cette notion de médiation.
On pourrait peut-être dire, mais je m’avance sans doute un peu trop, j’espère que mes lecteurs attentifs me pardonneront certaines audaces (qui ne sont que le fruit de mon immaturité intellectuelle), que, pour Hegel, cette médiation est celle de l’infini ou du tout, présent dans chaque partie.

Une fois que nous avons accompli ce pas hors de la logique traditionnelle, celle de l’entendement, qui découpe le monde en parties indépendantes les unes des autres, indifférentes les unes aux autres et au tout, qu’au contraire leurs relations manifesteraient, nous en arrivons à la question qui nous semble essentielle, la principale contradiction, quasiment irréductible, celle de l’opposition entre la liberté et la nécessité.
Ou pour le dire autrement, l’opposition de la science et de la morale, du comment et du pourquoi, du « qu’est-ce ? » et du « que faire ? », de la vérité scientifique et des valeurs.
Hegel voit, dans ce qu’il nomme la raison, un premier pas vers une résolution de ce conflit. La morale pratique en effet, tente d’inscrire ses valeurs dans la réalité. Inversement, la réalité devient mienne par la science, qui traduit ce qui est, en pensée.
Nous avions dit, dans un autre texte, que la connaissance servait la liberté, nous donnant plus de pouvoir et que leur opposition de principe n’était pas un affrontement, où les progrès de l’une provoquaient un recul de l’autre, mais au contraire, que la science était au service de la liberté et que ses progrès marquaient l’avènement d’une liberté plus grande.
Pour le dire autrement, une liberté qui n’aurait que des idées inadéquates, à propos des lois de la réalité, ne serait qu’impuissance. Or, qu’est-ce qu’une liberté impuissante, sinon une chimère ?
Inversement, connaître sa liberté, c’est envisager sa responsabilité et cette prise de conscience nous engage à mieux connaître notre situation afin de répondre à cet appel.
Liberté et nécessité se renforcent l’une et l’autre.
Nous avons pour l’instant uniquement dégagé l’aspect formel du problème, le contenu de celui-ci est désespérément vide.
Notre seul gain est d’ordre logique, nous avons vu que même si l’étude de la morale et celle de la réalité s’opposent dans leurs principes méthodologiques, la vérité de cette opposition est dialectique, chacune existant par rapport à l’autre.
La dialectique est donc vraiment le grand progrès apporté par Hegel, même si Platon avait déjà commencé à développer cette idée dans Le Sophiste.
Nous avons essayé de montrer comment elle pouvait s’appliquer à un problème, qui pour nous est majeur, à savoir, celui de l’opposition entre la liberté (ou la morale) et la nécessité (ou la science).
Or, nous avons vu que le terme d’« opposition » était particulièrement délicat.
Certes, la liberté n’est pas prédictible, on ne peut donc pas l’étudier comme un phénomène, au sens que donne Kant à ce terme. On ne peut pas en faire l’expérience (mis à part en nous-mêmes).
Il n’est donc pas de connaissance scientifique possible de la liberté.
Pourtant, la relation qu’elle entretient avec la connaissance est fondamentale.
Cette opposition n’est donc pas une opposition brutale.
La dialectique est généralement ce qui permet de ne pas penser en utilisant des oppositions brutales.
Comme dans notre exemple des couleurs, le bleu ne s’opposant pas brutalement au rouge, comme si l’une pouvait être ce qu’elle est sans l’autre.
Cette complémentarité dans la différence (ou identité dans la différence) est ce que nous nommions : l’expression de l’infini dans le fini.
Cela signifie que chaque chose est déterminée par son autre (ou ses autres) et que cette empreinte d’altérité dans tout ce qui est, est la véritable empreinte de l’infini.
Nous avons utilisé le mot « infini » mais dans d’autres textes nous parlions d’Absolu.
Le terme in-fini est intéressant car, comme nous l’avons dit, il est ce qui n’est pas fini (le grand autre du fini).
Absolu, qui signifie étymologiquement « séparé de », pourrait aussi convenir, car l’autre est ce qui n’est pas précisément dans la chose, qu’on ne peut pas trouver en elle.
Mais à condition que cette séparation ne soit pas une séparation brutale et que cet infini ne soit pas au-delà du fini.
Loin d’être séparé des choses finies, l’Absolu constitue leur être aussi fondamentalement que leurs attributs, qui ne sont rien sans l’ensemble des autres attributs qu’ils ne sont pas.
Ainsi, la liberté n’est rien sans la nécessité.
Une expérience isolée n’est rien non plus : elle n’a aucune signification en elle-même.
Seul l’Absolu semble vrai, parce qu’il inclut en lui le fini.
Je comprends que le terme d’Absolu fasse peur et que beaucoup de gens considèrent que c’est un mot prétentieux, voire dangereux (surtout entre les mains de fanatiques).
Je considère, pour ma part, qu’il est une exigence : une exigence de sens et de vérité.
Renoncer à penser l’Absolu, de mon point de vue, c’est renoncer à penser l’autre.
C’est s’isoler dans des oppositions brutales.
Mais bien sûr je peux me tromper, ce n’est qu’une simple opinion et je ne demande qu’à en discuter, posément, calmement, dans le respect mutuel, afin que chacun puisse progresser.


Hors ligne Dot Quote

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Re : Du langage
« Réponse #1 le: 04 Avril 2022 à 16:23:22 »
wow, c'est dense
salut Grégor
ravi de compter grâce à toi, sur l'écriture réflexive

je reprends ta conclusion en toute conscience qu'il t'a fallu une porte de sortie plus ou moins unique pour les si débordantes problématiques que tu soulèves : l'absolu fait dans les discours, assez peur oui, notamment sous l'argument que tu traites, celui de la liberté et de ces liens avec le domaine scientifique de la certitude : on n'aime pas trop à ce que les choses soient fixées, imparables, et en vrai je crois c'est une bonne solution aux problèmes de certitudes trop sûres... oui l'absolu ; personnellement je vois ce qui est mené sur ce front, qui se déploie bizarrement avec déni : nombre de publications journalistes se défaussent de leur rapport à l'absolu en prônant le relativisme, et pourtant ne s'empêchent pas de s'exprimer en généralités, avec le pronom 'on' notamment, qui appelle le commun, le général, et d'autres formules qui tentent de rallier le public à leur vision qu'ils souhaiteraient assez vraies pour que consensus se fasse, pour leur plus ahurissante contradiction aveugle... à ce concept, ce qui se joue de métaphysique est pour moi assez bien illustré par la bougie de descartes, et s'agit avec un opérateur fonctionnel toujours souligné en rouge par l'ordi, le terme 'soritique' qui s'illustre bien par l'expérience de pensée qui consiste à définir un chauve, comme on peut tenter de définir ta table : un cheveu suffit-il à ne pas être chauve ? il est naturel de penser que qmm, un mec avec un seul cheveu, on va souvent le qualifier de chauve alors que bon... mais alors combien de cheveux peut-on se permettre en chauvinerie ? là tout le point soritique : la frontière est floue, jamais ne sera-t-elle autrement que du ressort de la phéno... j'ajouterais pour reprendre tes références, que hegel affirme que la pensée la plus claire s'exprime avec les mots, tandis que bergson considère d'autres formes d'intériorités et d'extériorisations, comme inaliénables à la pensée, ce qui éloigne d'une théorie pure mais ouvre une sortie par autre chose que le savoir, qui seul n'explique pas tout, et auquel il est d'usage d'enchaîner une action... ontologie, déontologie, le cap que beaucoup hésitent à mettre en place sans risque

tu as parcouru ton texte avec une certaine tendance à la transduction, ne faisant fi pour autant des autres formes d'organisation de la réflexion comme peuvent l'être le sophisme que combattait la pensée qui prit le pas en grèce antique, ou justement, la dialectique d'hegel... c'est surtout ça que j'ai envie de montrer, ici tu t'adaptes relativement bien au contexte révolutionnaire pour l'échange de rationalité que constitue le web, et la teneur mi-dionysiaque mi-apolinienne qui tisse une toile fragile mais confortable autour de ton expression, est pour moi ce qui ferait ta force ici et en ces temps

pour le reste, je n'ai ni les diplômes, ni l'envie de trop creuser, nécessaires à un développement professionnel de ton ambition réflexive, du coup je demande pardon pour l'aspect un poil nonchalant que je t'apporte, mais je sens qu'un sourire non-prise-de-tête pourrait nous faire avancer à notre rythme la préhension de ces interrogations stratosphériques existentielles...

au plaisir
.

Hors ligne Grégor

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Re : Du langage
« Réponse #2 le: 04 Avril 2022 à 20:42:23 »
Bonsoir Dot Quote,
Tout d'abord, je suis content d'avoir un message sur ce texte.
Parce que j'en ai eu beaucoup pour le précédent, qui était de moindre facture, mais j'ai bien peur d'en avoir beaucoup moins pour celui-ci.
Je trouve que c'est dommage parce que j'ai essayé d'être plus rigoureux.
Pourtant, tu as raison, si j'ai bien compris ton emploi du mot "transduction", mon texte n'est qu'une traduction, une vulgarisation.
Donc même si j'essaie de travailler sérieusement, je ne me prends pas non plus pour un philosophe.
Je suppose que pour un vrai philosophe de métier, mon texte paraîtrait très peu rigoureux.
J'avais d'ailleurs la crainte, juste après l'avoir posté, que quelqu'un détruise mes arguments.
Mais je m'étais dit, par anticipation, que ce serait peut-être le moyen de progresser, pourvu qu'un tel détracteur veuille aussi donner des avis constructifs.
Alors je suis très content de pouvoir discuter avec quelqu'un qui ne veut pas à tout prix me prendre la tête.

Pour les sorites, cela m'a rappelé des souvenirs.
Je crois que c'était une émission du Gai savoir, sur France Culture et il me semble bien que c'était à propos de Bergson et peut-être aussi de Zénon d'Élée.
C'est assez incroyable, comment un argument en chaîne, qui semble parfaitement valable, peut devenir absurde.
Ce qui nous manque, c'est le passage d'un état à un autre.
Quand devient-on vieux, par exemple ?
Une seconde avant nous ne l'étions pas et une seconde après nous le sommes devenus ?
C'est absurde.
Et pourtant, nous ne pourrions jamais devenir vieux si aucune seconde n'amenait jamais pour nous cet état.
Donc, bonne nouvelle, nous ne vieillissons pas.
Cela donne à réfléchir.
Je crois que chez Bergson, il y a une différence importante entre le temps et la durée.
La durée, si je me souviens bien, c'est justement ce temps du passage.
Alors que le temps est une mesure arrêtée, un temps spatialisé.
Vous me donnez envie de relire ce texte.
Il est curieux, que justement, cette durée soit une relation (un passage) entre des temps coupés les uns des autres.
Un peu comme l'entendement fini coupe les choses les unes des autres dans mon texte.
L'autre paradoxe auquel je pense est celui de Zénon d'Élée, à propos de la fameuse flèche qui n'atteint jamais sa cible, car si l'on peut diviser à l'infini la distance qui la sépare de sa cible, le temps de franchissement de cette infime portion de distance, si court soit-il, sera toujours quelque chose, une certaine unité de temps, qui multipliée par l'infini, sera elle aussi infinie.
Donc la flèche n'atteindra jamais sa cible.
Il me semblait que j'avais résolu ce paradoxe mais je ne parviens pas à me souvenir de la manière dont je m'y étais pris.
Je crois que le problème est également celui du passage.
Il va bien falloir, à un moment donné, que la flèche passe d'un endroit à un autre.
On ne peut pas diviser à l'infini la distance qui la sépare du lieu suivant.
Sinon elle ne bougerait jamais et il n'y aurait même jamais aucun mouvement.
Il faudrait que je regarde ce que Hegel appelle le faux infini.
Bref, c'était intéressant comme approche.
Je vous remercie pour votre message.
Cordialement


« Modifié: 04 Avril 2022 à 21:19:44 par Grégor »

Hors ligne Dot Quote

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Re : Du langage
« Réponse #3 le: 06 Avril 2022 à 19:23:09 »
re, Grégor

en vrai ui sans nullement prétendre au carcan académique professionnel, je crois que nous pouvons jouir ici d'un échange que j'aime en l'équilibre d'un sérieux et d'un fluide, en humains qui n'aurions besoin de scinder le discours d'une émotion, au profit d'une fluidité au partage renvoyé entre nous, réellement sans contrat ou frivolité abusés...

je pensais que 'dialectique' désignait une méthode de réflexion, il me semble bien que c'est ça d'après le wiki, après j'ai l'impression que le terme est presque passé général pour parler de la science du truc plutôt que sur une méthode unique, tu as justement cité celui qui apparemment inventa le terme, zénon d'élée, et il est passé jusqu'à celle d'hegel, le fameux contradicteur-réunisseur 'thèse-antithèse'... sophisme, maïeutique, rhétorique, l'éristique, sont d'autres manières de faire avancer les mots, les idées, les pensées, je ne sais pas trop qu'est-ce qui vaut quoi, mais justement le contexte que j'avais retenu du mot 'transduction' est de celles qui m'apparaissaient le mieux pour fluidifier une conversation dans son sens efficace, ou substancifier du vide, je saurais pas mieux dire...

en ce qui concerne l'éducation, j'aurais depuis un moment, mis le truc au pluriel : parents, état, religion, emploi ? quelques juridictions fermées qui nécessitent capacité à les aborder par l'enseignement d'un autrui, mais début millénaire, avec l'Histoire qu'on a, j'ai l'impression la mare est vaseuse, faut que ça décante... des générations tests qui en prennent un peu plein la gueule c'est le pire

à suivre...?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dialectique
.

Hors ligne Grégor

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Re : Du langage
« Réponse #4 le: 06 Avril 2022 à 23:30:19 »
Bonsoir Dot Quote,
Parfois je ne comprends pas ce que vous dîtes, comme dans le premier paragraphe, puis en le relisant quelques fois, je comprends mieux.
Je crois que vous utilisez parfois dans votre style, de tentatives, que je qualifierais de poétiques.
Vous parlez d’un équilibre entre sérieux et fluide. Est-ce ce que vous appeliez dans votre précédent commentaire Dionysiaque et Apollinien ? Je pense naturellement à la Naissance de la Tragédie de Nietzsche.
« Scinder le discours d’une émotion », je ne comprends pas.
Pour transduction, visiblement je me suis trompé, mais je ne comprends pas ton interprétation.
Pour la dialectique…
Je vais essayer de parler vrai, sans chichi.
Mais du coup, mon point de vue sera peut-être partial, incomplet etc.
La dialectique, que j’ai apprise (ou essayé d’apprendre) chez Hegel et uniquement chez lui, est une fluidité de la pensée.
Le meilleur exemple est l’organisme.
Dans l’organisme, les différentes parties ne sont pas organisées de façon rigides.
Elles sont en vue d’un certain tout (l’équilibre général du corps :  sa survie).
Du coup chaque partie a une certaine marge de manœuvre.
Une certaine agilité.
Mais en fonction de ce tout, elle pourra (cette partie) modifier son comportement.
Nous disons que la partie est informée par le tout (qui pour être un tout doit être aussi informé par ses parties).
Quel rapport avec la dialectique ?
La dialectique est une façon d’aborder le tout.
C’est la manière dont des parties séparées (du moins en apparence) peuvent agir en vue du tout.
La thèse ne comprend son antithèse que lorsqu’elle voit le tout (la synthèse).

Sinon, pour moi, dans ma vie « réelle », je dirais que cette fluidification de la pensée m’a permis de ne plus m’offusquer de pensées différentes.
Quel est leur rapport au tout, faut-il se demander ?
À partir de là, on peut commencer à penser.
Parce que ce n’est pas non plus un résultat mais une tâche qui commence…
Voilà la déception qui attend ceux qui pensaient, en me lisant, atteindre la vérité rapidement, voire sans effort.
Tous nos plus beaux efforts en requièrent d’autres…

Sinon, pour l’éducation, j’avoue que mon propre texte me débecte.
J’en ai trop parlé, cela m’a valu trop de commentaires.
On retient notre attention sur un point jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus.
Je suis content de ne plus avoir de commentaires sur ce texte.
Pourtant, j’ai appris beaucoup de tous ces commentaires.
Maintenant il faut que cela décante.

L’éducation, c’est surtout une question de rigueur au quotidien.
Je le vois en tant que parent.
C’est pour cette raison, je pense, que Confucius disait que l’on n’éduque que par l’exemple.
En réalité que voulait-il dire ?
Certainement, que les hypocrites, au quotidien, perdent leur masque.
On peut tromper son monde sur quelques minutes heureuses.
Mais quand on fréquente quotidiennement une personne, comme on dit, ses travers ressurgissent.
Parce que ses travers sont l’expression d’une certaine habitude, impossible à dissimuler sur le long terme.
Ainsi celui qui n’apprend plus, que prétend-il enseigner ?
L’avantage de certains professeurs est qu’ils changent d’élèves tous les ans…
Ainsi, ceux-ci ne se rendent pas compte que le programme qu’ils suivent est le même depuis des lustres et qu’il n’y a pas grande gloire pour leur professeur à le maîtriser.

Dans mon texte sur l’éducation, je voulais m’adresser à ceux qui ont le goût d’apprendre, aux aventuriers de l’esprit…
Mais pratiquement personne n’a compris ce texte.

La dialectique est une manière d’avancer et de mener cette aventure de l’esprit.
La plupart des discussions sont stériles, ceux qui discutent n’avancent pas.
En réalité, ils n’ont aucune méthode.
J’ai essayé d’enseigner une méthode, afin qu’au moins les discussions ne soient pas toujours aussi vaines…

Cordialement





« Modifié: 07 Avril 2022 à 23:03:36 par Grégor »

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Re : Du langage
« Réponse #5 le: 07 Avril 2022 à 00:26:15 »
une question m'assaille alors en ces lieux, déterminisme de nos horcruxes ici-bas : jusqu'où les drapeaux en idéosphère se doivent-ils d'êtres invoqués ? il m'apparait évident que gloser sur de la théorie pure en termes de philosophie historique, ça irait mieux ailleurs, alors qu'ici l'écriture prime c'est un cool confort pour ne pas trop perdre un fil conversationnel 'humain', je n'ai que ce qualificatif pour ce qui m'apparait axé avec toi et que j'apprécie, autant que ça commence à me faire des raisons de penser que ça pourrait être cool, ui, ce qui lie oui d'un tout, les deux arts opposés, le tout humain, ici toi et moi, sans que ça fasse trop tampon de diplôme ni pour autant wtf this bullshit, j'sais même pas que rajouter à donc toute l'étendue de ta lecture d'hegel, car je vais me prendre la tête, mais te lire toi c'est cool donc pour cette solution, ce tout qui apparait comme manquant de cohésion parfois je crois te lire pour le propos digressif sur l'éducation... car surtout ici le langage, perso je m'affole d'un truc avec, je te le partage : après l'Histoire, c'est quoi ? parce que autant passer de l'avant-écriture aux premiers alphabets, ça résonnait chelou j'pense, mais le numérique... ? le langage y est associé indéfectiblement avec les notions de cryptage, d'énergie, de durée, qui sont sûrement chamboulées depuis le phénomène qui pour quelques millénaires de considérations, ce truc de tout récemment en humanbeing... plus de questions que de réponses, ahah, mais au final heu bin... c'cool de partager autour du texte que j'ai relu suite à ta réponse à laquelle il serait contre-productif de répondre de chaque point d'épingle, so...

:)
.

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Re : Du langage
« Réponse #6 le: 07 Avril 2022 à 09:43:41 »
Bonjour Dot Quote,
Tu parles de l'étendue de ma lecture de Hegel, mais je suis à peine capable de déchiffrer certains passages de sa main.
Pour l'essentiel j'ai lu des cours sur Hegel.
Donc je suis loin d'être un professionnel de la chose.

L'exemple qu'il prenait pour la dialectique c'est celui du bourgeon et de la fleur.
D'une certaine manière : le devenir.
Le bourgeon est déjà la fleur, car il ne donnera pas, par exemple, un oiseau.
Pour autant il ne l'est pas, d'ailleurs pour la devenir, il doit disparaître, être nié.
La mort du bourgeon, c'est l'antithèse négatrice du bourgeon.
Mais la solution ou le dépassement du bourgeon, c'est la fleur, qui est aussi, d'une certaine manière, le bourgeon, mais est aussi l'antithèse du bourgeon (sa mort), elle est la réunion des deux : le tout.
La fleur est un dépassement du bourgeon, ce qui signifie que le bourgeon est conservé dans la fleur et qu'il y trouve même sa raison d'être.
L'idée c'est d'appliquer cette image aux raisonnements.
De faire en sorte qu'une thèse soit dépassée, sans être niée, dans un tout plus vaste et supérieur, grâce au travail du négatif.

Pour le numérique, mes notions sont très élémentaires.
J'ai un peu essayé d'apprendre Python, par curiosité, mais je ne suis pas allé très loin.
J'ai aussi lu un livre fascinant de Steven Pinker, Comment fonctionne l'esprit, où il défend la thèse d'une théorie computationnelle de l'esprit,  c'est-à-dire, que l'esprit fonctionnerait comme un ordinateur très sophistiqué, avec des 0 et des 1 comme base de la pensée.
J'ai écrit à ce propos, tu me donnes envie de publier ce travail, mais j'essaie de ne pas publier plus d'une fois par semaine afin de ne pas envahir ce forum de mes textes.

Je connais par contre un peu mieux les langages pré-historiques.
J'ai un peu étudié la philologie à la fac.
Par exemple, le grec ancien.
On retrouve chez Homère des traces de grec mycénien.
Les récits d'Homère sont donc sûrement très anciens.
Ils peuvent donner une idée de ce que peut être une littérature orale.
Loin d'être une littérature rudimentaire elle est au contraire extrêmement élaborée.
Formellement, elle atteint un degré de perfection incroyable.
Le contenu est aussi très riche.
Nous avons sans doute une fausse image de ces époques très anciennes.
La culture pouvait y être extrêmement raffinée.
Et on savait très bien s'exprimer.
Le fait de devoir retenir des récits par coeur, incitait aussi à ne pas retenir n'importe quoi.
Et finalement, peut-être que tout l'art poétique de la versification n'est qu'un moyen mnémotechnique. Bien sûr, il n'est pas qu'un moyen, c'est peut-être sa "cause" historique, mais cela ne rend pas compte de ce qu'est le vers métrique, il est tellement plus. Il embellit le langage en le rendant difficile et en le contraignant.

Socrate n'a jamais voulu écrire.
Platon lui fait dire, dans le Phèdre, que le langage écrit est dépourvu de défense. On peut complètement trahir la pensée d'un auteur, sans que celui-ci ne puisse répondre de ce qu'il voulait dire.
Il y a aussi cette idée que Socrate ne savait rien. Il n'avait donc rien à écrire, seulement, il savait interroger les autres et les faire accoucher de leurs idées.

Quant à moi, certes, quand je vois des commentaires (ailleurs que sur ce forum) où les gens s'insultent pour un rien, je me demande pourquoi il a fallu de telles prouesses scientifiques, tellement de millénaires d'efforts, de tradition, de prouesses géniales, afin de permettre à deux imbéciles de s'insulter copieusement... C'est un peu triste. Mais d'un autre côté, cela permet de nouvelles recherches passionnantes dans bien des domaines.

La technique est-elle un simple outil ?
Heidegger pensait que non et je suis en train de relire (avec bien des détours, donc très lentement) son texte sur la question de la technique afin de savoir ce que je pourrais en penser.
J'ai déjà un petit avis sur la question.
Je crois que Heidegger a eu tort de trop condamner la technique.
Mais je voudrais revoir ses arguments afin de savoir ce qu'il a vraiment critiqué.

Voilà, une réponse beaucoup trop longue, je m'en excuse.
Cordialement


Hors ligne Dot Quote

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Re : Du langage
« Réponse #7 le: 07 Avril 2022 à 12:18:07 »
yoyoyosalut Grégor,

je sais pas jusqu'où pourraient mener ces déambulations, après tout la marche, qu'elle soit promeneuse et pensive ou terrestre par les pieds, était et devrait rester vantée comme il m'ouï parvenu d'être les trucs de quelques des auteurs que tu as l'air de côtoyer, qui ont qmm commencé une bonne partie d'ouverture du savoir cumulé occidental, on traiterait de leur sort qu'ils seraient encore là ! je laisse de côté ce que, idem, m'ouï atteint une certaine histoire de bourgeon comme tu l'as bien rendue, mais que je ne saurais approfondir en une théorie lexicale pure, en pratique je crois avoir au moins quelques éléments de base pour penser chaque chose autour d'un axe d'opposition de l'étant, si je peux reprendre un terme moderne que je ne saurais citer de certitude... est-ce heidegger justement ? l'étant que constitue l'être dans ce qu'il se meut dans le temps, le devenir nietzchéen ? je dois avouer que par géométrie conceptuelle j'ai une lourde tendance à trop mixer les concepts et les manières d'y référer, mébon...

la question du numérique est pointue, il me semble qu'il y a quelques années encore, les capacités technologiques constituaient un mur dans ce que la sf promettait à ses manières historiques depuis un siècle encore, environ : la promesse de la compréhension du langage humain, et par effet, la capacité à le faire reproduire par une machine, ce que turing permettrait d'assurer d'un point de vue sécuritaire et informatif : déceler par son discours s'il s'agit d'un humain ou d'un programme... arrivent les algorythmes, le big data, et tout ceci n'est sûrement pas par hasard à lier au fait qui a retenu mon attention au portail SHs dans l'amphi où j'étais mi-surpris-mi-pas-surpris d'entendre qu'une des trois ou quatre branches de la psycho universitaire, c'était... l'IA ; wè, j'crois ils arrivent à... enfin c'est presque un piège qui se resserre, en tant que la com, l'information, j'sais pas comment dire que l'une psyho nourrit l'autre et inversement et que du coup c'est une grosse barrière historique qu'on peut constater chez ceux qui parviennent à parler à leur téléphone, y'en a... la sf d'après-guerre était pessimiste, on a que des préjugés comme quoi l'ia va nous terminatorer le derrière, mais me semble que avant ça c'était plus optimiste, moins blessé comme qui dirait... toujours est-il qu'après avoir désespéré ou espéré être pigés par les machines, heu... elles répondent, de là à dire si quoi que d'esprit ? déjà y'a une frontière c'est la vie : comme le dit l'un de l'autre justement, nous on est 'orgas', en face c'est 'méca', rien que ça, ils ont pas ce qu'on se disait être la vie, l'anima de l'autre encore autre, pis pourtant tu lui parles étout un robot ajd sait plus ou moins... s'exprimer ? répondre ? que de questions sur l'usage pratique de... la langue ? la personne ? l'échange ? de quoi ? fiou huhu faudrait qu'on y pige un truc à tout ça et le but du jeu j'crois en philo, c'est d'aller y gratter !

mais qmm, c'est bien le travers de la philo occidentale : toujours le fin mot quoi merde ! donc c'toujours aussi cool de déambuler free auprès de ce texte de toi que cette fois je n'ai pas relu pour plutôt digresser, ce qui au final n'est ptetr pas la solution la plus respectueuse des lieux... c'qmm pas si simple je trouve, de laisser toutes les portes ouvertes pour que les mailles du filet soient de taille, et pourtant y'a en moi un lourd sentiment du ridicule moi-même face à l'ambition de taillader ce roc qu'est la pensée organisée humaine...

à l'un des hypothétiques arpentat ?
des traces...

!
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