Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Furia

Auteur Sujet: Furia  (Lu 435 fois)

Hors ligne Exil

  • Aède
  • Messages: 219
Furia
« le: 23 Avril 2021 à 05:25:27 »
Ils veulent nous faire croire que demain n’existe plus

Ses yeux vairons étaient comme deux ailes de corbeau : immenses et sombres, dociles et frêles, mais forts tout de même, forts oui, corsés, hypnotiques, juste assez pour vous placer le cœur en situation d'apesanteur, sur un azur loin des charniers. Et elle m'aimait. Elle m'aimait depuis toujours mais je ne le savais pas. C'est qu'à l'époque je ne pensais pas aux filles. Ou peut-être je ne les regardais pas assez pour y penser. Le jour où je l’ai croisée, le matin en brume continuait de jouer sur les fenêtres crades de nos maisons d’argile. Les cieux d’airain recouverts paraissaient sur le point de s’écrouler — comme à chaque instant, sur nos vies désolées. Mais quand je l'ai vue, j'ai su. Enfin… j'ai su que c'était elle que je voulais, pas qu'on se connaissait déjà et qu'elle m'aimait depuis toujours et tout… ça m'a fait quelque chose quand elle me l'a dit, en susurrant tout bas à mon oreille : « j'étais amoureuse de toi et je te suivais en cachette après l’école pour te voir dessiner sur les murs malgré les interdits ». Je l'ai embrassée tout de suite. J'avais une folle envie d'elle. On aurait dit que cette envie avait pris son élan sur l'épaule de la terre en rotation avant de s'implanter en moi et de faire comme une décharge. Je ne pouvais pas m'arrêter de la regarder. Dans les yeux. Ces yeux qui vous happent, qui vous tendent un piège peut-être si ça s'trouve mais j'm'en fous. Elle s'appelait Elia Costamar. Un nom pareil ça s'oublie pas. Alors pourquoi je m'en souviens pas ?
- Tu veux savoir ?
- Savoir quoi ?
- Mes yeux. Tu les regardes tout le temps mais tu me demandes jamais pourquoi ils sont différents.
- Bah j'attendais que tu m'en parles.
Je priais de toutes mes forces pour ne pas entendre que c'était l'armée qui lui avait enlevé la couleur des yeux. Je ne savais pas encore par quelle couleur elle voyait le monde. On devrait ajouter aux formules de politesse habituelles de ce pays, les « bonjour » et les « ça va ? », des questions comme « c'est pas en noir et blanc que vous voyez rassurez-moi ? ». Elle avait peut-être était arrêtée elle aussi un jour, comme le voisin. Prise en flagrant délit de liberté. Enlever la couleur des yeux c’est le moyen qu’ils ont trouvé pour nous museler. Elle m’a confié que c’était moi qui lui avais donné le goût du dessin. Je m’en voudrais à mort si… Mais je n'ai pas eu le temps d'écouter sa réponse : au même moment, un peu plus loin, des sirènes se partageaient le corps du silence avec le vacarme des roues sur la chaussée. Et elles se rapprochaient dangereusement.
Tous les soirs, et ce depuis que le monde est monde j'crois bien, on est tenu de rester à l'abri dans nos maisons. Je répondais toujours à qui me disait que c'était « danger » de sortir la nuit, que c'était pire de rester enfermé. Les soirs je dessine sur les murs parce que j'aime ça, et que la journée c'est trop dangereux. Ça l'est moins quand on est petit parce qu'ils ont compris que les gosses ça avait besoin de s'exprimer. Pourtant je le fais encore. Mais parce que c'est dans mon sang. Je fais ça comme je respire. Et même que si on vous vide de votre sang, l'odeur elle reste elle ne s'en va jamais vraiment. Que si vous ne respirez plus, c'est ce que vous avez fait quand vous respiriez qui stagnera aussi comme l'odeur du sang. Les patrouilles sont beaucoup moins aux aguets la nuit. Elles passent toutes les demi-heures, j’ai calculé. Ça laisse le temps d'esquisser des horizons ou n'importe quel endroit où elle pourrait poser ses yeux et rêver avec moi. Mais eux ça les emmerde qu'on dessine sur les murs, ils disent qu'après c'est plus des murs. Que ça devient une sorte de « saloperie de passage pour un autre monde... mais le monde, il est là ! » qu'ils nous martèlent, « la vie la famille un enfant un travail c'est Ça, le monde. » Ils comprennent que dalle. Ils comprennent pas que la vie elle est partout et qu'ils l'étouffent. Je voudrais qu'ils crèvent, eux et leur saloperie de peinture blanche qui peint pas les murs, qui les efface. Ils ont tort. Plus ils nous étouffent et plus ils prennent de risques. Je prends Elia par le bras en lui disant qu'il vaudrait mieux qu’on rentre mais elle ne bouge pas. Elle a les yeux fixés sur le char. On aurait dit qu'elle était possédée.
- Elia ! Faut qu'on rentre !! Elia !!!
- Lâche-moi Théo ! Lâche-moi !!!
Je la tirais de toutes mes forces mais elle réussit à se défaire de mes bras et commença à foncer sur le char.

Il ne leur fallut que quelques secondes pour lui ôter la vie devant mes yeux d'aigle mort.
« Modifié: 22 Mai 2021 à 21:57:46 par Exil »
Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux.

R. Char

J.

  • Invité
Re : Furia
« Réponse #1 le: 23 Avril 2021 à 09:09:48 »
Bonjour. Texte curieux, parfois incompréhensible dans ses formulations. Précision : Ses yeux vairons étaient comme deux ailes de corbeau bizarre, bizarre, tu devrais revoir la définition de "vairon".

Hors ligne Fabien

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Furia
« Réponse #2 le: 23 Avril 2021 à 09:53:57 »
Joli texte ! Je me laisse facilement bercer dans ce monde qui ne me semble pas si éloigné du nôtre. La lecture est agréable, le ton est juste. Tout un univers est créé en quelques mots seulement.

1/ Le passage entre la relation amoureuse et taguer les murs la nuit dans ce monde sans liberté est un peu trop rapide pour moi. Une transition un peu plus travaillée serait peut-être mieux.

2/ Quelques phrases dans ce texte sont un peu trop complexes/longues.

"Ses yeux vairons étaient comme deux ailes de corbeau : immenses et sombres, dociles et frêles, mais forts tout de même, forts oui, corsés, hypnotiques, juste assez pour vous placer le cœur en situation d'apesanteur, sur un azur loin des charniers."
=> Une petite pause au milieu aiderait sans doute le lecteur à mieux comprendre cette phrase.

"Ça l'est moins quand on est petit parce que les gosses ils ont compris que ça avait besoin de s'exprimer."
=> A quoi correspond le dernier "ça" exactement ? Le côté artistique ? Je comprends la tournure, mais ce "ça" me gêne un peu.

"Et même que si on vous vide de votre sang, l'odeur elle reste elle s'en va jamais vraiment. Et même que si on vous vide de votre sang, l'odeur elle reste elle s'en va jamais vraiment."
=> Que si vous ne respirez plus peut-être ?
=> L'odeur elle reste elle ne s'en va jamais vraiment peut-être ?
Je comprends le style, mais je préfère avec le "ne".

"Ils passent toutes les demi-heures, ça laisse le temps d'esquisser des horizons ou n'importe quel autre endroit elle pourrait poser ses yeux et rêver avec moi."
=> "Où + ou", cela fait un peu répétition.

Bonne continuation !

Hors ligne Exil

  • Aède
  • Messages: 219
Re : Furia
« Réponse #3 le: 23 Avril 2021 à 10:58:22 »
tu devrais revoir la définition de "vairon".

Bonjour bonjour ! ;D Non ça ira merci ! C'est vraiment l'adjectif que je voulais utiliser pour signifier que ces yeux vairons-là étaient particuliers. Sombres, sombres oui, dans leur façon de regarder.
[img width= height=]https://i.imgur.com/lQFjNFQ.png[/img]



Bonjour Fabien,
merci pour ton commentaire et ces conseils !

Le passage entre la relation amoureuse et taguer les murs la nuit dans ce monde sans liberté est un peu trop rapide pour moi. Une transition un peu plus travaillée serait peut-être mieux.

Je note ! C'était un hommage écrit à la suite du visionnage du premier long-métrage d'Alexandra Aja : Furia

Citer
"Ses yeux vairons étaient comme deux ailes de corbeau : immenses et sombres, dociles et frêles, mais forts tout de même, forts oui, corsés, hypnotiques, juste assez pour vous placer le cœur en situation d'apesanteur, sur un azur loin des charniers."
=> Une petite pause au milieu aiderait sans doute le lecteur à mieux comprendre cette phrase.


Merci, je vais y réfléchir ^^

Citer
"Ça l'est moins quand on est petit parce que les gosses ils ont compris que ça avait besoin de s'exprimer."
=> A quoi correspond le dernier "ça" exactement ? Le côté artistique ? Je comprends la tournure, mais ce "ça" me gêne un peu.

Le "ça" correspond aux enfants. "Les enfants ça a besoin de s'exprimer".

Citer
=> Que si vous ne respirez plus peut-être ?
=> L'odeur elle reste elle ne s'en va jamais vraiment peut-être ?
Je comprends le style, mais je préfère avec le "ne".

Oui, surtout que les phrases ici sont longues, ça gêne peut-être pour la compréhension.. Merci.

Citer
"Ils passent toutes les demi-heures, ça laisse le temps d'esquisser des horizons ou n'importe quel autre endroit elle pourrait poser ses yeux et rêver avec moi."
=> "Où + ou", cela fait un peu répétition.

Trouver une autre formulation alors si ça gêne..hmm.. merci.
« Modifié: 23 Avril 2021 à 11:04:54 par Exil »
Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux.

R. Char

J.

  • Invité
Re : Furia
« Réponse #4 le: 23 Avril 2021 à 13:17:56 »
Bonjour. J'ai eu récemment ce genre de querelle picrocholine avec une autrice. Perso, je m'en tamponne le coquillard avec une patte de crabe... Je n'interviens jamais sur l'orthographe ou la conjugaison, simplement si je remarque un mot ou un adjectif inapproprié, je me permets de le signaler. Pour écrire, j'ai à ma disposition une dizaine d'ouvrages, Robert, Larousse, Larousse de 1925, précis de grammaire, de conjugaison et même un manuel de typographie... alors... :D

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 094
Re : Furia
« Réponse #5 le: 23 Avril 2021 à 15:06:51 »
Merci pour le partage de ton texte.

Il parle des graffitis  et du héros amoureux d'une fille.
Etant riche en image, je n'ai pas tout compris.

La fin ou les murs sont repeints pour couvrir les graffitis, énerve le héros.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Exil

  • Aède
  • Messages: 219
Re : Re : Furia
« Réponse #6 le: 23 Avril 2021 à 16:24:52 »
Etant riche en image, je n'ai pas tout compris.

Tu as compris l'essentiel Cendres, tu as compris l'essentiel :coeur:
Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux.

R. Char

 


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