1er chien : Tu me fais goûter ton os ?
2e chien : Fais-donc, je t’en prie… Mais je te préviens, il n’est pas fameux.
1er chien : … ?
2e chien : C’est pas un vrai, ils ne me donnent plus que ça… Allez, vas-y goûte.
1er chien : (il goûte).
2e chien : Alors ?
1er chien : Il y a mieux en effet.
2e chien : Comme tu dis, en fait, je ne le grignote que pour entretenir ma dentition. ( Il retrousse ses babines). Tu as remarqué comme j’ai de belles dents ?
1er chien : (pas très convaincu) Oui, oui …
2e chien : Autrefois, mes os venaient du boucher, un brave homme le boucher, il m’en gardait toujours… des coriaces et qui avaient du goût, d’un seul, j’en faisais ma semaine. Et toi, au fait, qu’est-ce qu’on te donne ?
1er chien : Oh ! moi, à part le Canigou…
2e chien : Ah ! le Canigou… remarque que c’est pas mauvais, mais ça lasse.
1er chien : Oui, ça lasse.
2e chien : Tu vois, ce qu’on devrait faire, c’est partir tous les deux, on irait chasser les lièvres, traquer les sangliers, tu imagines les os que ça doit avoir un sanglier !
1er chien : Et sûr que pour ce qui est de la chair, ça doit être drôlement plus goûteux.
2e chien : Allez, on y va ?
1er chien : Chiche, on y va.
Mais ils restent en arrêt quelques instants, le museau en l’air, indécis, attirés à présent par une bonne odeur d’urine, Ils reniflent tous deux, très concentrés, ils ne partiront pas, ils ont oublié.
Ce soir, ils remueront leur queue de satisfaction en mangeant leur pâtée dégueulasse, et les humains la leur.