Musiqué
D'albes fils, imperceptibles coulures d'oreilles, instillaient dans mon esprit le premier mouvement d'une sonate.
Clair de lune.
Et la musique allait ailant mes pensées tandis que j'étais convaincu de traverser une ville.
Elle avait de plus en plus d'empire sur les constructions qui épaississaient jusqu'aux amauroses le connu de ma déambulation - immeubles, maisons, boutiques, tavernes, cathédrale -
De même qu'un métal peut être porté à incandescence par une chaleur intense, de même le ravissement de la musique les portait à transparence.
Les portes et les fenêtres s'étaient évaporées. Les façades se décontenançaient par degrés pour se muer en de très minces feuilles hyalines. Les arêtes et les angles maintenaient des lignes minimales, ennuagées d'une indéfinissable couleur où toutefois se filigranait le cyan.
Et je pouvais percevoir une lumière, étrangère à l'étoile aussi bien qu'à la lampe, infiniment émerveillante et véritable de son désir de chemin, tout horizon transgressé.
Chaque note du piano virtuose faisait ondoyer les lignes en proportion de son ampleur. Il devint manifeste qu'à partir d'un certain volume sonore elles se seraient évanouies...
Mieux encore, il était clair, il était incoercible que la musique, émouvant, éclatant relais des géométries fourbues, irait subrogeant la ville tout entière où, dès lors, le pas subtil, la cheville étincelée, j'aurais, affranchi des saturnales harasseuses, des vieux spleens, des repères qui étriquent, et de la destination inexorablement recommençante, atteint à l'escapade absolue.
De l'atelier d'Élexie