Voici un court texte pour répondre au défi des "Dis-moi dix mots". À titre indicatif, l'explication de
gage de ce fameux défi (
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=35629.0) :
Chaque année, le ministère de la culture propose dès septembre, une liste de dix mots.
Ils serviront au cours de l'année scolaire à mettre la langue française à l'honneur à travers des jeux d'écriture, des concours, des exercices dans les écoles ou les médiathèques.
Tout est là
Cette année, le thème étant "Dis-moi dix mots qui (ne) manquent pas d'air", les dix mots sont :
aile, allure, buller, chambre à air, décoller, éolien, foehn, fragrance, insuffler, vaporeux
Les graines de la mangeoireC’est à l’aurore que je prends mon envol. Je quitte le cosmos vaporeux des songes pour la brute réalité qui enchaîne mes mâtinés. Mes iris dévoilés, je m’appuie sur mes pattes et m’élève d’un demi-mètre. L’épiderme décolle, centimètre par centimètre, du cuir de mon divan. Je m’élance alors, chaque pied écrasé par le châtiment de leur poids.
Devant le congélateur, j’en ressors le festin, poursuivant mon exode vers le micro-onde. Je contemple l’allure fière et digne de ces ailes barbecue. Ils valent bien plus que ce que je peux leur offrir. Ils auraient mérité le berceau d’un vrai four. J’aurais troqué sans attendre les ondes synthétiques pour le réconfort naturel d’un foehn torride. La sonnerie retentit, le repas est servi. Je m’installe à table, prêt à déguster. Je m’arrête cependant à mi-plongée.
Je baisse la tête vers mes tibias. La douleur insupportable m’a frappé en plein vol. Ces instants d’altitude réveillent une lutte acharnée que mes veines ont depuis longtemps perdue contre la gravité. Mes jambes prêtes à exploser m’informent de leur malaise. Cette peau, qui n’a jamais arrêté de buller, me hurle sa souffrance.
La fragrance me rappelle à l’ordre. Les épices croustillantes m’insufflent leurs espoirs. J’en reviens à l’important, au céleste qui me fait face. Mon bec s’empare de la première bouchée. Je savoure la noblesse de cet être éolien. Il migre jusqu’à la chambre à air qui m’encercle la taille. J’en oublie l’Homme et renais de mes cendres. Je quitte les limitations terrestres pour le monde des cieux. Pour qu’enfin, à ces hauteurs, rien ne puisse m’atteindre, si ce n’est les échos d’un rot rédempteur.