De nos jours, je le déplore, il n’y a plus guère de vétérinaires dignes de ce nom, j’entends par là de vétérinaires qui soignent indifféremment tous les animaux, du plus grand au plus minuscule, du plus doux au plus féroce, du domestique au plus sauvage.
Il leur fallait déployer, il est vrai, à la fois un grand courage et une grande abnégation. Courir la savane, par exemple, pour aller extirper une épine insidieusement plantée dans la patte d’une lionne ; plonger dans un marigot pour soigner la carie d’un crocodile ; grimper au sommet d’un séquoia pour greffer des plumes à un perroquet vieillissant qui n’en avait plus guère…
Et s’il ne s’était agi que de cela ! passe encore. Mais quelle patience, quelle minutie devaient-ils déployer pour confectionner une attelle à une pauvre araignée qui venait de se fracturer une patte en dégringolant de sa toile ; pour appliquer un collyre à une mouche qui ne voyait plus que d’un œil ; pour remettre en place avec une extrême précision les écailles démises d’une aile de papillon.
Et s’il ne s’était agi que de cela ! mais plus bas encore dans l’échelle de l’évolution, opérer une amibe qui en se contractant trop brusquement s’était faite une hernie, une grosseur maligne dont elle souffrait atrocement. Quant aux vibrions, on sait ce qu’il en est, à force de se tortiller frénétiquement, un nœud est vite fait, quelle adresse fallait-il alors pour en libérer la minuscule bestiole !
Non, non, de nos jours, c’est un métier où on se laisse beaucoup trop aller à la facilité. Soigner les vaches, les moutons, le petit chat à sa mémère, les poules, les oies, les toutous… Ah ! oui, c’est tellement plus facile et plus rémunérateur. Mais les vétérinaires d’antan, les purs, les durs, les désintéressés, allez, montrez-m’en un seul !
Dès lors comment s’étonner de la disparition alarmante des espèces animales ? Disparition qui sera bientôt suivie de la nôtre si rien ne change.