Il est de notre tradition familiale le dimanche précédent la Noël de nous rendre dans une ville voisine pour en voir les illuminations, l’animation de sa foire où jaillit le rire des enfants, son chapiteau où, renouvelés tous les ans, des tableaux mettant en scène des fées, des rennes, des lutins rigolards enchantent les badauds de tout âge. Cette fois les rues étaient quasi désertes, les manèges fermés, le mistral qui avait soufflé fort dans la nuit avait renversé les sapins à la neige factice, une biche en carton gisait dans un square les quatre pattes en l’air et je pris soin de la redresser ce qui changea peu de chose à la désolation de ce décor qui se voulait festif.
Il faisait beau pourtant, le vent était tombé, l’air était doux pour la saison et les terrasses des cafés auraient dû être bondées comme les années précédentes, mais cette fois-ci pour cause de covid leur accès étaient interdits. La municipalité, jamais à cours d’imagination, y avait installé de gros nounours en peluche pour remplacer la clientèle. Des nounours attendrissants dans des attitudes très réalistes. L’un d’eux lisait son journal en solitaire, deux autres se serraient amoureusement, un autre, satisfait, étalait son gros ventre de bourgeois, d’autres encore étaient en conversation, une maman nounours tenant dans ses bras son tout petit lui donnait à boire un bol de lait.
Ils étaient devenus les acteurs d’une fête dont nous n’étions plus, nous autres humains, que les figurants. Ils annonçaient en quelque sorte le monde de demain. où ce ne serait donc ni les singes ni les chiens qui nous supplanteraient mais ces aimables nounours, et l’on ne pouvait douter à voir leur bonhomie qu’ils sauraient vivre pacifiquement, à coup sûr mieux que nous, sans angoisse, benoîtement, avec nonchalance, à mille lieux de nos prétentions destructrices.