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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le panache

Auteur Sujet: Le panache  (Lu 1455 fois)

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Le panache
« le: 08 mars 2021 à 16:29:36 »
J’étais attablé, enserré, comme attaché, entre ma rugueuse belle-mère, mon beau-père peu amène et ma femme trop affable qui comblait son vide par un déversoir de mots. C’est notre grand tralala du lundi soir : un repas bourgeois en « famille » dans le restaurant le plus cher de Lyon, « La fourchette d’or ». Il porte d’ailleurs bien son nom : on ose à peine toucher les couverts. La lumière pleut, faisant étinceler toutes les dorures d’une décoration art déco. On se croirait dans un des salons de la reine Catherine II de Russie. Pas question de rire ici, de chanter ou de boire un peu trop. Pas de tolérance pour le moindre écart ou éclat. Il faut maintenir l’étiquette, quoi qu’il en coûte. Comme si personne ici ne se retrouvait tous les matins sur son trône à couler un bronze.
L’ennui de ma vie me rattrapait. Je sombrais dans la morosité, allais piquer du nez dans mon assiette de homard farci aux truffes et oursins quand, tout à coup, un homme est entré dans le restaurant. Il était impeccable, dans un costume qui paraissait fait pour lui. Et pourtant, il tranchait dans ce décor de cols blancs collés montés et culs serrés. Comme s’il transpirait, eh bien… le panache. Il s’est assis à la table qui lui convenait, comme ça, sans rien demander. Ma femme alignait les banalités, moi les allers-et-venus robotiques de ma fourchette – d’or, bien sûr – entre mon assiette et ma bouche, ne pouvant détacher mon regard de cet homme. Il s’est rapidement écrié : « Serveur ! Champagne ! » Celui-ci s’est exécuté, n’osant pas même se permettre un regard d’étonnement. Les autres clients, eux, ont tous redressé la tête. Deux secondes de silence. Puis le grand tralala a repris.
L’inconnu détonant a enchainé les commandes, se bâfrant, s’extasiant avec force interjections d’admiration gustative. L’inverse de la discrétion bourgeoise qui se croit anoblie par ses privilèges financiers. L’inverse de l’étiquette qui m’étouffait tant, moi le prolétaire parvenu promu par un beau mariage avec une blonde bien choisie. Et puis, il s’est levé, glissant un « Au revoir à tous !» avec un petit salut de la main, et il est parti. A-t-il même payé sa note ?
Dès qu’il est sorti, je les ai entendu, à toutes les tables voisines, baver leur indignation. Vraiment, ce n’était plus ce que c’était. Les gens ne savaient plus se tenir. On laissait entrer n’importe qui ! Chez nous ! Comment être tranquilles dans des conditions si déplorables ? Et je me suis pris à rêver : secouer ma belle-mère, hurler sur mon beau-père, prendre ma femme, là, sauvagement sur la table, devant tout le monde, puis les laisser là, dans leurs beaux couverts dorés, le cœur creux, l’âme vide et le corps mort. Reprendre ma vie, l’habiter enfin. Mais j’ai trinqué avec eux, j’ai opiné à leurs plaintes dégueulasses, j’ai courbé l’échine sous le poids de ma lâcheté. Décidément, le panache n’est pas l’apanage des riches.
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Re : Le panache
« Réponse #1 le: 08 mars 2021 à 19:41:22 »
je pose les bases morales du truc :

y'a un ressentiment pas mal utilisé, c'est un euphémisme, ta prose m'apparait en contexte, luxuriante et ténébreuse, doucement agrippée à son agressivité lexicale, celle qui m'a fait premièrement sourire en fin de premier paragraphe après une intense magnétisation face à la densité de ce qui est assez évident pour moi : ton propos, qui m'apparait principalement comme relevant du pamphlet proto-communiste, et j'aime, heu attention hein, j'suis apolitique mais, je crois qu'on ne se trompe pas en voyant que la fin est méticuleusement délibérée

je me suis décidé à commenter, seulement au nom de ce paragraphe qui vient, mais tout le reste n'est pas mon accessoire ; à propos du panache ; je lie le terme à Edmond Rostand évidemment, c'est sa substance totall tatoll pour le Cyrano qui lui est explicite ! philosophons si tu le souhaites ? le second est-il le fantasme du premier ? ou le premier est-il la plus pure incarnation qu'il approche encore plus par le second, de l'idéal du terme panache ? huhu...

je n'ai pourtant pas tant ressenti ce panache, il lui faudrait un aspect crassou, presque animal, mais digne, non ?  salement propre, joyeusement désolidarisé, outrageusement à contre couraant, c'est ainsi que je décrirait ce qui relève du panache, mais en fait je considère l'anachronisme trop important, il te faut un terme pour ton caractère qui est pas mal dans... un truc qui affirme ce panache, oui, assez, mais pas trop non plus car il le dépasse, il n'est pas le reflet étymologique d'un siècle passé, non, tu l'as bien mis à la sauce... commune ?

je veux dire : j'entends presque mon  imaginaire souffler des bruits de voiture, citadins de grande ruelle, je vois un pigeon passer devant la fenêtre, et du gris du gris, c'est étrange pour y trouver du panache et zut je pensais pas penser tant de truc après ma justification pour cette interv x')

on laisse tomber donc, l'idée que en fait sisi : je crois que si gloire suit panache, tu suis gloire si pas déjà suivie... oualah par exemple mieux

et puis alors j'ai... une petite remarque un peu timide :
tu aurais mis cette sensibilité lexicale que je me sens trop lointain en tant qu'homme pour envisager qu'il en soit autrement, au service d'un protagoniste féminin... que tu aurais pu également te défaire du cliché de l'amoureuse rêveuse d'une vie d'un aladdin libre, et en faire un rapport purement humain tel qu'il apparait ici baisé car j'ai un peu l'impression que certaines figures archétypales sont volontairement mélangées ici, ce qui est adroit, d'où que je me dis que tu gérerais tant bien du propos masculins que féminins, et en fait le problème c'est que cette tendance à mettre des hommes pour pas soulever l'émule, tu saurais mieux la dépasser que tu crois, j'espère en tout cas

heu mince...
j'ai étaled

bizdubazu
.

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Re : Le panache
« Réponse #2 le: 08 mars 2021 à 19:42:05 »
Merci pour ton texte.

Moi aussi je n'aime pas les repas qui ne termine pas, mais ton personnage se plaint, mais d'avoir une vie du a sa condition favorisé.
Il devrait relativiser et se dire que beaucoup de monde n'ont pas les moyens de manger dans ce genre de restaurant ou juste manger ce qu'il a dans son assiette.

Je n'ai pas de tristesse ou de peine partager pour ton héros. Il a  une vie privilégié.

Ton texte est bien écrit et se lit facilement.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
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Re : Le panache
« Réponse #3 le: 08 mars 2021 à 21:20:06 »
Merci tous deux pour vos commentaires  :).

Dot Quote,
Oui, c'est un pamphlet, sûrement bien gauchiste. Je t'avoue que pour moi, le personnage incarnait bien ce panache, tel que tu le décris (évidemment lié à Cyrano mais pour moi pas cantonné à son siècle), soit "salement propre, joyeusement désolidarisé, outrageusement à contre courant". C'est bien comme cela que je le voyais mais apparemment, cela ne se perçoit pas pleinement à la lecture. Ce serait donc un point à retravailler.
Pour ta dernière remarque, je ne perçois pas pleinement ce que tu veux dire : me conseilles-tu d'opter pour un personnage central féminin ? Je pense que oui, en m'invitant à ne pas rentrer dans le cliché de la femme riche rêvant d'un bad boy ? Peut-être n'ai-je pas réussi, coincée dans ma condition de femme, à incarner le personnage masculin que j'ai choisi ?

Cendres,
Le héros n'est pas à plaindre, effectivement. Ce n'était pas mon objectif. Mon idée était plutôt de prouver que l'argent et la possession ne font pas le bonheur, de critiquer cette caste financière dominante. Je voulais montrer aussi quelqu'un de coincé car finalement, attaché comme il est (par lui-même) à sa situation, il n'a pas le courage de changer même s'il étouffe.

Merci encore d'être passés par là et d'avoir commenté ce texte.
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Re : Le panache
« Réponse #4 le: 08 mars 2021 à 23:05:13 »
je lui ai trouvé des airs tellement altruistes, ouverts simplement sur un intérêt qui ne renierait pas sa masculinité envers ce personnage à panache, que je l'ai trouvé évidemment rédigé par une femme ; et en fait, autant justement tu pourrais oser casser plus de codes oui avec des prota féminins qui même ont le panache... mais que j'adore aussi ce côté chez toi un peu Anne Rice : pour moi c'est elle qui écrit le plus beau masculin depuis écrivaine...

pour la politique je vais pas loin moi par contr ephilo politique un peu plus...

encore merci pour ce texte
.

 


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